13/04/2007

La réforme de l’Etat à la machette est un échec assuré

 « Rien n’est permanent, sauf le changement »
Héraclite
Il est évident que l’Etat de Genève doit se réformer, continuellement, pour répondre au mieux aux attentes des citoyennes et des citoyens. Dans une société qui évolue à une vitesse vertigineuse, il est indispensable que le service public s’adapte rapidement. Dans ce contexte, notre Etat manque notamment d’efficacité, de souplesse, de transversalité et de transparence. Il est assurément coincé par le cloisonnement entre les départements qui empêche souvent la coopération. Sa pyramide hiérarchique excessive complique l’esprit d’initiative.
Mais, il faut savoir aussi valoriser ses points forts. Il suffit de voyager un peu pour se rendre compte de la fiabilité de notre service public. Certains pensent que pour réformer l’Etat, il faut shooter, purement et simplement, le statut de la fonction publique. Ils ont tort ! Bien que député socialiste, je vais tenter de sortir de l’approche strictement idéologique. Etant professionnellement très impliqué dans la réforme profonde d’entreprise, je vais donner un avis basé sur une certaine expertise et plusieurs expériences vécues.
Mener à bien une réforme est un acte complexe. D’ailleurs nombre d’entre elles n’aboutissent pas ou n’aboutissent que très partiellement. De nombreux spécialistes ont étudié ces échecs, pour ne pas les renouveler. Ils ont élaboré des méthodologies pour en augmenter les chances de succès. Les méthodes diffèrent, mais ont toutes des points de convergences.
La première règle pour atteindre le succès est de mobiliser les collaboratrices et collaborateurs, pas dans la rue, mais bien derrière le projet de réforme, afin que le personnel devienne acteur de son propre changement. Une des clés de cette mobilisation est le dialogue pour instaurer la confiance. Le dialogue sur les objectifs à définir, le dialogue sur la manière de mener cette mutation, le dialogue pour mesurer l’amélioration mise en œuvre.
Selon SAP, la multinationale informatique, 70 % des projets d’évolution échouent parce que les problématiques humaines ne sont pas prises en considération. Il faut donc capitaliser sur les bonnes réalisations du passé et sur le chemin déjà parcouru, notamment pour valoriser et respecter les employé-e-s avec qui nous devons construire l’avenir. Or certains milieux ne cessent de critiquer abusivement et gratuitement les fonctionnaires. Que de mépris dans cette avalanche de sarcasmes. J’invite ces nouveaux spécialistes amateurs autoproclamés de la réforme de l’Etat à lire l’ouvrage de l’une des références de l’organisation d’entreprise - tant privée que publique – Hervé Sérieyx, dont le titre est plus qu’éloquent : « Le zéro mépris ».
Laisser croire que le problème principal de l’Etat est le statut de la fonction publique est un leurre, un bouc-émissaire. Comme tout statut, il doit évoluer, dans la négociation, pour s’adapter aux bouleversements de la société. Par contre, la transformation du statut du personnel doit être un moyen d’accompagner un changement, jamais un but en soi. Plusieurs entreprises publiques ou services de l’Etat ont démontré que lorsqu’il y a une volonté forte de réforme et que le dialogue social est bon, le statut n’est pas un obstacle.
Le mythe, comme quoi les fonctionnaires très mauvais sont indéboulonnables, empêchant ainsi toute amélioration, est un mensonge. Cette croyance permet juste aux cadres peu courageux de trouver une excuse à leur immobilisme. Il est souvent plus aisé de larmoyer sur le statut que de faire preuve d’innovation pour optimiser les processus de travail et pour motiver le personnel.
Ces dernières années, plusieurs services de l’Etat se sont améliorés. Comparez le service offert par le Service des automobiles et de la navigation ou par le Service des passeports par rapport à celui d’il y a quelques années. Observez le dynamisme des Services industriels de Genève, l’évolution des TPG ou les bouleversements effectués au sein du Département du Territoire. Ces changements ont été réalisés loin du tapage médiatique. Là encore, la droite genevoise devrait méditer sur ce qu’affirmait l’ancien Conseiller d’Etat Guy-Oliver Segond : « Une bonne réforme est celle dont on n’entend pas parler. »
Le service public doit se réformer profondément. Pour cela, il a besoin de motivation, de dialogue et d’innovation afin de mieux servir la population. En aucun cas, le service public a besoin de projets de lois polémiques et de réformes à la machette.

12:13 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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