17/04/2007

Soutien à Infor Jeunes

Je signe une motion de soutien à Infor Jeunes préparée par Laurence Fehlmann-Rielle, ma copine Présidente du Parti socialiste genevois, que nous déposons au Grand Conseil genevois.
Considérant :
- La nécessité de mettre en place une politique cohérente de la jeunesse en concertation avec les services de l’Etat et les institutions concernées ainsi qu’avec les communes.
- Le fait que pour des raisons de recentrage de ses missions, l’Hospice Général a l’intention de se défaire de certains services dont Infor Jeunes qui assure depuis vingt ans un rôle d’information, d’orientation, de soutien  et de conseils auprès des jeunes.
- Le fait que ces fonctions sont indispensables à l’heure où de nombreux jeunes sont en manque de repères et en rupture avec leur milieu familial et scolaire.
- Le fait qu’Infor Jeunes soit reconnu et utilisé par l’ensemble du réseau éducatif et  psycho-social.
- Le groupe de travail mandaté par le Conseil d’Etat pour examiner les problèmes d’insertion professionnelle des jeunes et dont le rapport doit être rendu d’ici l’été 2007.
Cette motion invite le Conseil d'Etat
- à proposer à l’Hospice Général un moratoire sur cette décision afin d’avoir une vue d’ensemble de la question et d’être en mesure de faire des propositions cohérentes ;
- à mandater une institution telle que la HES en travail social pour organiser des états généraux ayant pour thème «quelle  politique sociale de la jeunesse pour le canton de Genève ? ».
La question du futur d'Infor Jeunes, posée de manière interne à l'Hospice Général révèle un problème crucial en terme de politique cantonale de la jeunesse. Infor Jeunes est une référence, une plateforme d'information et d'écoute pour les jeunes dans notre canton. Ce lieu accueille un large public jeune, sans critère d'accès. De ce fait, Infor Jeunes joue également un rôle complémentaire important au regard des familles. Cette structure permet qu'une situation de difficultés passagère d'un jeune ne devienne pas une situation de crise sur  le long terme. Dans le cas de situations plus péjorées, Infor Jeunes peut orienter le jeune vers ses structures d’hébergement voire vers d'autres partenaires.
Depuis le 1er janvier 1996, l'âge de la majorité civique a été abaissé de 20 à 18 ans. L'obligation alimentaire des parents envers l'enfant est restée elle à 25 ans. Cet abaissement de deux ans des droits civiques, contrebalancé par l'abaissement également de deux ans des devoirs de chaque individu, place une partie des jeunes face à une responsabilité pour laquelle ils ne sont pas entièrement prêts.
Durant ces 10 dernières années, la structure du marché de l'emploi et son accessibilité a passablement évolué, pour ne pas dire qu'elle s'est métamorphosée. Le manque de place de travail pour des personnes non qualifiées a eu pour conséquence d'engorger le marché des emplois temporaires ou "petits jobs". Ce marché est aujourd'hui absorbé, occupé par des travailleurs dans la force de l'âge, sans formation. Cette lucarne, porte d'entrée qui permettait l'intégration en douceur dans le monde du travail pour les jeunes. n'est plus disponible. De plus, les entreprises sont de plus en plus exigeantes dans le recrutement des apprenti-e-s ce qui a pour conséquence de laisser de côté les jeunes qui ont eu des ruptures dans leur formation scolaire.
Le statut de la famille est également en pleine transformation : famille séparée, recomposée, monoparentale. De par cette évolution, la famille a plus de peine à offrir une stabilité, des points de repères et d'accompagnement des jeunes.
Les changements importants introduits dans les  filières des formations et des études jouent également un rôle dans l'instabilité ambiante pour cette population de jeunes adultes.
Heureusement, la majorité des jeunes passe cette période de la vie de manière positive et sont aptes à entrer dans le monde adulte, mais des fragilités existent de manière environnementale ou exogène pour beaucoup de jeunes de notre canton.
Pour ces jeunes fragilisés, dès l'âge de 18 ans, ils passent de structures pensées pour les mineurs à un réseau de prise en charge pour des adultes. La tranche des 18-25 ans est peu représentée, minorisée dans ces prestations destinées à une population entre 18 et 65 ans, voire plus. Il y a peu de prises en charge spécifiques, adaptées à cette population, à part le fait qu'il appartient encore aux parents d'agir.
Les problématiques actuelles rencontrées sont multiples :
- échecs scolaires ou de formation ;
- non emploi, absence d’occupation même socioprofessionnelle ;
- endettement - en 2005, une étude de Intrum Justicia évaluait à 33 % d'adolescents endettés en Suisse ;
- précarité familiale endémique (famille monoparentale) ;
- 19 % des dossiers d'aide financière constitués des 18-25 ans, ceci en ayant déjà retranché les jeunes sans revenu pouvant être soutenus par leur famille ;
- exclusion, précarité dues à des conflits familiaux.

Ce sont des faits, des constats de situations fortement péjorées. Nous ne pouvons pas nous contenter d'attendre, soit que ces faits augmentent, soit qu'ils diminuent de manière spontanée. Nous devons réfléchir à une intervention en amont, à des prestations anticipées permettant d'apporter un pont entre l'adolescence et le monde adulte.
Une réflexion doit avoir lieu au niveau du canton pour coordonner une intervention avant l'occurrence de faits tels que décrits ci-dessus. Est-ce utopique de penser à un outil interdépartemental, une délégation à la jeunesse cantonale ?
Nous avons la chance à Genève de posséder une entité comme Infor Jeunes qui offre de multiples prestations :
- consultation, permanence sociale ouverte à toute la population des adolescents ;
- hébergement d'urgence pour jeunes : 1 foyer ;
- foyer d'hébergement pour jeunes en formation (soutien durant la formation de jeunes fragilisés socialement) ;
- EPIC - cellule d'intervention communautaire auprès des collectivités rencontrant des problèmes avec les jeunes.
Partant du principe qu'il est plus aisé d'améliorer une structure existante que de devoir en refaire une dans cinq ans, nous demandons au Conseil d’Etat d'intervenir auprès de l'Hospice général pour demander un moratoire sur la question dans l'attente d’une part des résultats des réflexions du groupe de travail mis en place par le gouvernement et d’autre part de la mise en place d’états généraux sur la problématique des jeunes adultes.

19:41 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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