23/04/2007

Lu dans « Le Temps » d’aujourd’hui : Un portrait de Rémy Pagani …

Un portrait de Rémy Pagani, sous la plume de Sandra Moro, auquel j’ai contribué, en présentant franchement les qualités et les défauts de Rémy et en appelant à votez compact à gauche à l’élection du Conseil administratif de la Ville de Genève
Quand un agitateur brique la magistrature
Rémy Pagani, l'impétueux syndicaliste, figure sur la liste présentée par l'Alternative de gauche. Alors que certains le jugent incapable de trouver sa place au sein du Conseil administratif, d'autres lui reconnaissent un certain potentiel. Portrait d'un candidat controversé et paradoxal.
Rémy Pagani magistrat. Le contre-emploi serait saisissant. Candidat au Conseil administratif de la Ville de Genève, le syndicaliste missionnaire, le tribun d'A gauche toute!, pourfendeur inlassable des politiques gouvernementales, pourrait déambuler bientôt sous les ors du Palais Eynard, promu patron de quelques milliers de fonctionnaires.

Le contraste entre la fonction et le personnage fait ressurgir le spectre des querelles intestines qui ont miné le collège actuel. Car l'ancien député de la feue Alliance de gauche a la réputation d'un homme de combat, rétif au consensus. S'il devait être élu à l'exécutif de la Ville, certains l'imaginent campé dans le rôle de l'éternel contestataire. D'autres estiment en revanche qu'il pourrait prendre part à une dynamique constructive.

C'est dans la salle dévolue aux réunions du Syndicat des services publics, dont il est secrétaire permanent, que Rémy Pagani, 52 ans, concède une heure de sa journée. Difficile de faire plus anonyme. Mais l'hôte est affable, disponible. Cet ancien assistant social, romancier à ses heures, sait instaurer d'emblée un rapport engageant avec ses interlocuteurs. Même ceux qui voient en lui un empoisonneur l'admettent, tel le député libéral Renaud Gautier: «Sur le plan humain, je me suis toujours bien entendu avec lui.»

Le «Neinsager»


Le discours change lorsque l'on évoque l'homme politique. Au cours des huit ans qu'il a passés sur les bancs du Grand Conseil, de 1997 à 2005, Rémy Pagani s'est surtout forgé l'image d'un éternel opposant, intransigeant et procédurier. «C'est un homme intelligent, qui travaille contre les institutions», lâche Renaud Gautier. Sa manière de «jouer le règlement pour bloquer les débats» a souvent exaspéré le socialiste Christian Brunier: «C'était discutable en terme de respect du jeu démocratique.»

«C'est un militant doté d'une énergie considérable», relève son camarade de Solidarités, le conseiller national Pierre Vanek. Né à la Jonction où il habite à nouveau aujourd'hui, Rémy Pagani a développé son sens de l'action collective au sein de diverses associations de quartier. Il a notamment animé le combat contre la transformation des Grottes, au début des années 80.

Lors de ses mandats, Rémy Pagani s'est aussi illustré par ses positions conservatrices, notamment sur les bilatérales «qui favorisent le dumping salarial», et, bien entendu, sur le statut de la fonction publique. Ce qu'il est le plus fier d'avoir accompli durant ses années de députation? «Avoir contribué à préserver des acquis, en matière sociale, scolaire ou de santé.»

Un homme de terrain

Mais depuis que l'Alliance de gauche a été éjectée du Grand Conseil en 2005, Rémy Pagani a surtout employé son ardeur de militant à récolter des signatures. Au cours des derniers mois, la gauche de la gauche, recomposée sous la bannière d'A gauche toute!, a multiplié les référendums. Contre la loi sur l'aide sociale individuelle. Contre les transferts d'actifs. Contre la loi sur le chômage, dès qu'elle sera votée par le Grand Conseil. Le style Pagani fait mouche, mais il en agace plus d'un: lorsqu'il argumente, l'ex-député prend des raccourcis, grossit le trait, et verse parfois dans la démagogie. La critique le braque: «Quel que soit le dossier, je peux vous prouver que j'ai raison.»

Menacer pour exister

On reconnaît au syndicaliste un sens aigu des rapports de force, doublé d'un certain talent de négociateur. «Je menace d'abord. Ensuite, les gens sont disposés à discuter», explique Rémy Pagani. Une tactique apprise lorsqu'il a fait ses premiers pas de secrétaire syndical au sein du SIT. «Au début, les patrons ne me voyaient même pas. J'ai compris que pour exister, il fallait leur marcher sur les pieds.»

Célèbre pour ses coups médiatiques, tels que la révélation de l'existence de caisses noires à l'Office des poursuites et faillites - condamné par la justice dans cette affaire, il a fait recours à Strasbourg -, des heures de jardinage gratuites effectuées par les étudiants du Centre horticole de Lullier ou le blocage d'un dépôt des Transports publics genevois, Rémy Pagani répète à l'envi qu'il n'a jamais alerté la presse qu'en dernier recours, lorsque toutes les tentatives de négociation avaient échoué. Mais sous le vernis du syndicaliste acculé par l'intransigeance du patronat, l'attrait de Rémy Pagani pour les médias est manifeste.

Des projets pour la Ville

Avec un pareil profil de champion de l'opposition, on peine à imaginer Rémy Pagani au sein d'un Conseil administratif. «Accéder à un tel poste fait partie de la stratégie de reconstruction de la gauche de la gauche», explique-t-il.

Le candidat assure qu'il a des projets pour la Ville de Genève: intéressé par l'aménagement et le social, il plaide pour le renforcement de la politique sociale dans tous les secteurs. Et prône le lancement rapide de projets de construction, à Montbrillant et aux Eaux-Vives notamment.

Ses troupes n'ont pourtant pas l'intention de lui faciliter la tâche s'il est élu. Elles annoncent déjà que toute «compromission» fera l'objet d'un rappel à l'ordre. Et lui qui a toujours milité dans des formations marginales et fustigé «les partis aux affaires», aura à faire preuve d'une singulière faculté d'adaptation pour trouver ses marques au sein du collège.

Imprévisible et plus subtil que l'image qu'il cultive, l'homme pourrait cependant réserver des surprises. Certains l'estiment capable d'outrepasser ses positions dogmatiques pour faire preuve de pragmatisme, tel le radical Bernard Lescaze. Pour Christian Brunier, c'est avant tout une question d'ego: «Je l'ai toujours vu durcir le ton quand il se sent ignoré. En revanche, quand on l'écoute, il est ouvert à la discussion et parfaitement capable de faire des compromis. Dans le fauteuil d'un conseiller administratif, il aurait la considération qu'il attend.»

Profil bas

L'ancien conseiller d'Etat Christian Grobet va, lui, jusqu'à décrire Rémy Pagani comme un fédérateur: «Il a beaucoup œuvré pour désamorcer les rivalités au sein des quatre formations qui composent A gauche toute!». Véritable âme tutélaire de la gauche de la gauche, l'ex-magistrat, qui apparaît en arrière-plan sur le flyer de campagne du candidat, jouera-t-il les éminences grises si Rémy Pagani est élu? Certainement pas, affirme ce dernier, mais il concède «qu'au début en tout cas, tous les conseils qu'on pourra me donner seront les bienvenus».

Certains adversaires politiques n'hésitent pas à mettre en doute la volonté de Rémy Pagani d'entrer au Conseil administratif, imaginant que l'espoir de la gauche de la gauche est de rater la marche de l'exécutif de la Ville pour mieux préparer sa rentrée au législatif cantonal en 2009, à une place beaucoup plus confortable pour elle. «Si je n'étais pas motivé, vous croyez vraiment que j'accepterais de faire face aux attaques dont je fais l'objet?» rétorque-t-il.
Des attaques lancées par la féministe Catherine Gaillard, qui, furieuse d'avoir été évincée de la course au Conseil administratif, appelle à biffer Rémy Pagani au motif que sa désignation traduit un réflexe machiste des troupes d'A gauche toute! Un coup bas qu'il ne digère pas: «J'ai prouvé, dans ma vie personnelle notamment, que j'étais un partisan de l'égalité. J'ai toujours travaillé à mi-temps pour pouvoir participer pleinement, avec ma femme, à l'éducation de mes deux filles. Est-ce le matriarcat qu'on veut?»

Mais le candidat se garde bien d'employer le même ton que sa rivale pour lui répondre. Il le sait, être attaqué par son propre camp pourrait lui valoir la sympathie des électeurs. Pour une fois, Rémy Pagani a choisi de faire profil bas. Le début d'une métamorphose?

22:48 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

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Écrit par : pronostic france honduras coupe du monde | 15/06/2014

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