07/05/2007

Débat contre Pierre Weiss sur la matu à 18 ans

Au Cercle des dirigeants d’entreprise, je débats contre le député libéral Pierre Weiss sur le raccourcissement du parcours scolaire pour obtenir

 

 

Les libéraux genevois ont déposé un projet de loi pour limiter la durée d’étude pour obtenir la maturité fédérale en 12 ans plutôt que 13.

 

 

Je ne vois que deux avantages à cette réforme :

 

 

  • De manière générale, les cursus de formation sont de plus en plus longs. Ce projet de loi soulève à juste titre ce problème. Mais, celui-ci ne concerne pas uniquement le parcours pour obtenir la matu. Toutes les filières de formation vivent à la même enseigne, même l’apprentissage. A Genève, l’âge moyen d’entrée en apprentissage est désormais de 17 ans ½, les entreprises voulant des jeunes mûrs et bien formés. Au terme de l’apprentissage, beaucoup se lancent dans des matus professionnelles et terminent donc leur formation vers 22 ou 23 ans.

     

  • Ce projet de loi favorise une meilleure harmonisation avec les autres cantons, puisque déjà 20 cantons ont déjà adopté un tel régime. Mais, cette uniformisation n’est pas obligatoire, les accords d’harmonisation ne concernant que l’enseignement obligatoire.

     

 

A part, ces deux points positifs, je ne vois que des défauts à cette proposition.

 

 

Premièrement, que gagneraient les jeunes et le canton dans une telle réforme ???????

 

 

A y regarder de plus près pas grand-chose :

 

 

L’enseignement déborde de réformes. A titre d’exemple, concernant le Cycle d’orientation, deux initiatives sont à l’étude au Grand Conseil. Un, voire deux, contreprojets vont vraisemblablement être élaborés. Ce projet de loi qui crée au 9ème degré un niveau d’enseignement prégymnasial ne provoquerait que de la confusion supplémentaire. Les libéraux, qui ont piloté l’école genevoise pendant des années, ont généré un système anarchique en multipliant les réformes dans tous les sens. De nouveau, ils tombent dans la réformite aiguë.

 

 

Pourquoi remette en cause un système qui fonctionne ? Depuis des décennies, Genève est le canton qui a le meilleur taux de réussite au niveau de la matu. En 1990, 26 % des étudiant-e-s genevois-es avaient une maturité, alors que la moyenne helvétique se situait à 13,3 %. En 2004, Genève est toujours en tête avec un taux de 29,8 %, tandis que la moyenne suisse est à 18,6 %. Le canton qui nous talonne, depuis fort longtemps, est le Tessin avec 28,4 % (en 2004). Or, ce canton a aussi une durée de 13 ans pour obtenir une matu.

 

 

Ouvrir une filière prégymnasiale en 9ème est aussi un outil pour exclure plus tôt certains jeunes. En effet, une nouvelle sélection serait créée à la fin de la 8ème. Vouloir exclure des jeunes toujours plus vite, alors que les parcours sont toujours plus longs est incompréhensible.

 

 

Diminuer le parcours signifie soit exclure des personnes qui ne seraient pas capables ou pas prêts d’absorber autant de connaissances en moins de temps, soit diminuer le contenu des programmes à acquérir, particulièrement au niveau de la culture générale. Je crains que ces deux axes soient touchés. Certains chercheurs en pédagogie estiment que 30 % des personnes entrant au Collège pourraient subir cette mesure. De plus, les coupes dans les connaissances de culture générale pourraient être fort dommageables dans une société et une économie qui ne se contentent plus de valoriser des gens qui savent simplement bien lire, écrire et compter. Désormais, on demande aux jeunes d’être des communicateurs, de maîtriser les nouvelles technologies, d’avoir de l’aisance dans les langues et d’être très ouverts sur le monde pour s’adapter aux défis qui bouleversent continuellement la société ambiante.

 

 

Placer si vite et si clairement certains adolescents dans une filière gymnasiale alors que la filière professionnelle est si dénigrée ne ferait qu’accroître cette fracture si dommageable pour l’avenir de nos enfants et de notre société. La valorisation de la filière professionnelle est prioritaire !

 

 

Finir plus tôt ces études, c’est aussi créer des embouteillages dans le marché du travail. Pourtant, si le monde économique plaide pour le raccourcissement des parcours académiques, dans la pratique, il demande davantage d’expérience et a de la réticence à engager des jeunes gens. On veut tout faire plus vite, alors que la vie est toujours plus longue. Vouloir étiqueter des jeunes à 11 ou 12 ans - qui risquent d’avoir une longévité proche des centenaires - est une hérésie.

 

 

Après avoir connu un parcours de 13 ans pour obtenir la matu, les Grisons ont essayé de limiter d’un an ce cursus. Expérience faite, toutes les écoles considèrent l’expérience comme un échec. En 2008, ce canton repassera au système à 13 ans.

 

 

Fribourg vient de refuser une motion radicale pour couper d’un an son parcours de matu.

 

 

Arnaud Noguer, président de la conférence des gymnases suisses dit que si la qualité de la matu baisse, la cause est le raccourcissement des parcours et non pas la nouvelle maturité à options.

 

 

Si Genève restait à 13 ans que perdrait-elle ? Avant de tomber dans la mode ambiante, la question de la valeur ajoutée doit être au cœur de nos réflexions.

 

 

Les libéraux doivent faire attention à leur comparaison. Ils veulent restreindre le parcours de la maturité pour l’adapter aux usages européens. Pourtant, quand on leur disait que les Européens, presque unanimement, avaient abolis les notes et les moyennes à l’école primaire, les mêmes affirmaient que comparaison n’était pas raison. De plus, plusieurs pays ont encore un parcours à 13 ans : Le Royaume-Uni, l’Italie ou l’Allemagne.

 

 

La Norvège, le Danemark, la Finlande et la Suède ont un parcours plus flexible oscillant entre 12 et 13 ans. Cette souplesse est peut-être un modèle à étudier. Créer des possibilités d’avancer plus vite, de sauter une année, pour des jeunes ayant beaucoup de facilité et proposer des parcours plus longs, avec des chances données et des soutiens accordées, à des jeunes ayant des difficultés, est un système à évaluer.

 

 

Le danger principal de cette réforme proposée par les libéraux est la course aux économies. Le projet de loi parle clairement de réaliser à tout prix des économies sur le coût de l’élève.

 

Dans une étude mandatée par l’Association valaisanne des professeurs de l’éducation secondaire, Pierre Weiss est cité pour avoir affirmé que son projet de loi permettrait d’économiser annuellement 25 à 40 millions.

 

 

Je ne suis pas opposé à optimiser les moyens financiers de l’enseignement afin de consacrer les sommes économisées à des secteurs d’enseignements sous-dotés tels que le primaire ou le Cycle d’orientation. Les économies ne peuvent être qu’une conséquence d’une réforme et jamais le but premier. Une réforme pédagogique ayant comme seul objectif la baisse des coûts va à coup sûr dans le mur.

 

22:48 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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