11/05/2007

Maturité en 12 ou 13 ans ?

Lu sur le site de l’Extension :
Le lundi 7 mai s’est tenu le débat habituel «Top Chrono» du mensuel L’Extension dans les locaux du Cercle des Dirigeants. Les deux contradicteurs invités étaient amenés à s’entretenir sur le thème «La Matu à 18 ans, les genevois en sont-ils capables?».

Pierre Weiss et Christian Brunier
De chaque côté d’Eric Benjamin, modérateur du débat, se trouvaient Christian Brunier (direction SIG, député socialiste) et Pierre Weiss (direction FER, député libéral). Le débat impliquait entre autres de traiter de la question de la durée de la scolarité-formation genevoise : faut-il la faire passer de 13 ans à 12 ans? Pour éclaircir les positions de chacun, il convient de préciser que Pierre Weiss est pour une réduction de 13 à 12 ans à Genève, alors que Christian Brunier est à l’heure actuelle, plutôt contre.

Pierre Weiss
A la sortie des élections présidentielles françaises, Pierre Weiss commence par un slogan contextualisé «Liberté, Qualité, Mobilité», slogan qui traduirait son ambition politique pour la formation à Genève. «Liberté pour ce qui concerne le choix de formation et le choix d’école, Qualité pour la formation y compris par le bilinguisme, Mobilité de la part des étudiants et des enseignants». Le député libéral plante le décor en signalant que la tendance intercantonale est à l’harmonisation croissante. Et le domaine scolaire n’échappe pas à la règle. Il s’agirait de tendre vers une durée totale de formation harmonisée à 12 années…C’est là le sens du projet de loi déposé par son parti. Le canton d’Argovie s y prépare, Fribourg hésite, Zurich est le dernier en date à l’avoir choisi…Même le Liechtenstein, «Dom-Tom de la Suisse» selon les propos de Pierre Weiss, est passé à un régime s’étalant sur 12 années. Pour le député libéral, la question qui se pose est alors «Que va faire le Canton de Genève dans ce domaine fortement concurrentiel?». Seuls les Cantons d’Argovie, de Fribourg, du Valais, du Tessin et celui de Genève connaissent encore la scolarité sur 13 ans…Ceci peut poser un problème quand l’on sait que la durée scolaire augmente tant au début (avec la généralisation de l’école enfantine dès 4 ans) et à la fin (avec la réforme de Bologne et l’apparition du Master en 5 ans après la Matu). On obtient une hausse de la durée scolaire d’1 an et demi en moyenne…Les jeunes suisses ne sont pas seulement en concurrence avec les jeunes des autres cantons mais aussi avec les pays étrangers. Finalement, le député Weiss propose pour Genève «de réduire d’1 an la durée totale de la formation…».

Christian Brunier
Christian Brunier prend soin de préciser qu’il n’y a entre eux sur ce point là que peu de divergence même si le député socialiste n’est pas aujourd’hui favorable à ce projet de loi. Il lui reconnaît cependant 2 mérites : «premièrement, il aborde le sujet délicat et complexe de la longueur des études…Mais, petit bémol, il ne focalise que sur la Matu…Or, le problème de la longueur est un problème général…Deuxièmement, Genève n’est pas obligé d’harmoniser…Les Grisons ont d’ailleurs décidé de revenir à 13 ans dès 2008…Je me pose une question : qu’est- ce que cela va apporter aux élèves et a Genève?». Le député estime que ce n’est qu’une réforme de plus dans un domaine ou il y a déjà beaucoup trop de réformes. «N’est-ce pas la réforme de trop?» s’exclama-t-il. Christian Brunier pense en fait que cette question risquerait de complexifier davantage le débat et préférerait la traiter à un moment plus opportun…Il s’écrie «pourquoi changer de système, alors qu’on a une politique de réussite? ». Les statistiques qu’il énonce vont bien dans son sens : «ce que vous ne dites pas dans votre projet de loi, c’est que les deux cantons qui ont le meilleur taux de réussite à la Matu, ce ne sont autres que ceux de Genève (29,8% des élèves ont une Matu au bout de leur cursus) et du Tessin (28,4%), ceux-là mêmes qui ont leur cursus en 13 ans. Alors, le seul avantage de cette réduction d’une année ne serait plus que la diminution drastique des moyens. Mais c’est une diminution qui n’augmentera pas l’accès et le succès des gens à la Matu!»...Le débat est lancé.

Pierre Weiss
Pierre Weiss, le libéral ne tangue pas. «Le fait qu’il y ait de nombreuses réformes en cours ne doit pas empêcher d’agir au mieux dans tous les domaines. Les personnes qui se sentent perdus dans ce dédale n’ont qu’à augmenter leur productivité, «le parti libéral leur donnera des leçons»…(rires dans la salle). «Le fait d’avoir un haut pourcentage de Matu n’explique rien et n’est pas en soit une réponse…Ce taux ne renseigne aucunement sur la qualité des Matus». Je vois 3 avantages à ce projet de loi qui amènerait la durée à 12 ans: un avantage pédagogique, (on permet aux enseignants du collège d’aller soutenir les activités du cycle) ; un avantage économique (le collège coûte à peu près 100 millions au niveau des investissements à consacrer pour les enseignants…On peut imaginer une économie de 10 millions au moins) ; un avantage social (la durée décourage les enfants issus de famille modeste à s’y engager, car elle les éloigne de leur entrée dans la vie active…) Pour le député Weiss, le projet augmenterait en fait l’égalité des chances.

Christian Brunier
Le député Brunier estime, d’après les résultats donnés par la première année à l’Université de Genève, que ceux qui ont une Matu genevoise réussissent mieux… «La matu genevoise tient bien la route!» s’empresse-t-il de déclarer à l’assemblée. «Lorsque vous nous dites que nous ne sommes pas à une réforme près, je dirai que vous avez dit le contraire pour le primaire». «En effet, le cycle d’orientation doit être revu…Nous sommes d’accord sur ce point et sur ce besoin de réforme…Mais il semble que l’on diffère sur les moyens. Le socialiste convient cependant que le projet de loi n’est pas dénué de toutes bonnes idées et il relève la pertinence «du transfert des enseignants…Le cycle d’orientation et le primaire sont les parents pauvres du DIP. Je suis pour renforcer ces niveaux d’enseignements puisque c’est là que l’échec scolaire se fabrique». Enfin, Christian Brunier rappelle que «toutes réformes qui ne visent que la réduction des coûts n’a jamais réussi» et précise qu’à l’heure actuelle «il faut se battre pour que les entreprises embauchent des jeunes».

Conclusion des débats

Pierre Weiss conclue en affirmant que le projet de loi, consistant en la réduction de la durée scolaire de 13 à 12 ans, augmentera les effectifs de jeunes dans la formation générale car la filière sera plus attrayante car moins longue. «Je conclus une chose : sur ce projet de loi, il y a certainement la possibilité de trouver une solution permettant de rapprocher nos points de vues». Christian Brunier estime que le compromis est possible tout en suggérant l’idée de s’inspirer du modèle scandinave, modèle qui a la réputation d’être particulièrement flexible «je suis pour un système flexible qui permet de passer une Matu sur 12 ans mais peut-être aussi sur 14»… «Liberté, qualité, flexibilité!» scanda Pierre Weiss.

 

http://www.lextension.com/index.php?page=actu&actionActu=...


 

06:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.