13/11/2007

Le plan de Charles Beer pour repêcher le Cycle d'orientation

Lu sous la plume de Cynthia Gani dans « Le Temps » d’aujourd’hui :
 
GENEVE. Un document interne du Département de l'instruction publique prévoit l'instauration de trois sections dès la 8e année. L'un des objectifs est de valoriser la filière professionnelle.
 
C'est un traitement de choc. Une reprise en main que tous les acteurs de l'Ecole genevoise appelaient de leurs vœux, tant le Cycle d'orientation est décrié. Le plan d'action du Département de l'instruction publique (DIP), que Le Temps s'est procuré, prévoit une orientation très marquée des élèves dès la 8e année entre trois sections: Scientifique et littéraire; Communication, langues et technologie; Arts et métiers. C'est l'axe principal du futur Cycle d'orientation voulu par le Conseil d'Etat. Et le cœur du contre-projet qu'il opposera aux deux initiatives contradictoires visant à réformer le Cycle, qui seront soumises au peuple en 2008.

Notes cruciales en 6e

Actuellement, le secondaire obligatoire est découpé en deux groupes: A, qui accueille les élèves se destinant à une formation gymnasiale, et B, pour les autres. Le problème, c'est que 75% des élèves vont en A, mais beaucoup échouent en première année du post-obligatoire. La section B est dévalorisée. Les deux initiatives qui s'opposent -l'une veut des classes hétérogènes, l'autre la mise en place de multiples sections- ne satisfont pas la classe politique.

La volonté du DIP? Selon le document interne daté du 6 novembre, il s'agit d'établir trois sections en 7e, caractérisées par le niveau de l'élève en fin de 6e: les élèves obtenant au moins 4 dans les branches principales (français I et II; mathématiques) vont en «consolidation». Ceux qui finissent avec au moins un 4 et deux 3 continuent en «renforcement», et les autres poursuivent en «appui». Les termes ne sont pas définitifs, mais le principe y est.

Notions de latin pour tous

Selon le projet du DIP, on enseignera à tous les élèves de 7e, quel que soit leur niveau, les mêmes disciplines: seuls les exigences et l'appui varieront. L'option du latin pour tous, ou du moins de l'instauration de «cours de culture humaniste» et de structure de la langue, est examinée.

En 8e et 9e, les élèves se partagent entre trois sections. La «Scientifique et littéraire» propose trois options: les sciences, les langues vivantes ou le latin. Elle mène, à terme, à la maturité professionnelle et gymnasiale. La section «Communication, langues et technologie» vise à un approfondissement des langues et de l'informatique. Quant à la section «Arts et métiers», elle se concentre sur la bureautique, les disciplines techniques (travaux manuels et dessin technique), ainsi que les arts (arts visuels, musique, théâtre).

Objectif: 50% de maturités

Charles Beer tient à instaurer des «passerelles» pour faciliter le transfert d'une section à l'autre à tout moment du cursus. L'un des objectifs du patron de l'Ecole est de valoriser la formation professionnelle. En fin de 9e, 50% des élèves doivent s'orienter vers une maturité, 30% vers une formation professionnelle, et 15% vers l'Ecole de culture générale, selon le DIP. Ce qui laisse 5% de «redoublements et autres». Prix de la réforme: 32,9 millions. Un coût quasi identique à ceux des deux initiatives combattues par le Conseil d'Etat.

Le temps presse, et la marge de manœuvre pour éviter une nouvelle guerre scolaire est mince. Quand Charles Beer a présenté, mercredi passé, son avant-projet aux membres de la Commission parlementaire de l'enseignement, ils l'ont accueilli avec satisfaction. A droite comme à gauche, on estime que c'est un bon compromis. Le socialiste Christian Brunier l'admet: «Ce n'est pas l'école idéale du PS. Mais c'est le seul consensus possible.» L'élu veut revaloriser les filières professionnelles: «On aura gagné le jour où les jeunes qui font de bons résultats préféreront être plombiers.»

A droite, la libérale Janine Hagmann salue le travail du DIP: «Mon parti estime qu'il vaut la peine de dépenser 32 millions pour cette réforme.» Le PDC Guillaume Barrazzone souligne aussi la qualité du travail accompli. Il estime toutefois qu'il est «fondamental de considérer l'allemand comme un savoir de base au même titre que le français et les maths, puisqu'il est enseigné à l'école primaire». Même le grand détracteur de Charles Beer, le radical Jacques Follonier, s'enthousiasme: «Si on va jusqu'au bout, c'est une vraie révolution! Le Cycle a une chance de s'en sortir», selon lui.


Dès mercredi, les commissaires affineront le travail du DIP. Et c'est là que l'on verra si les bonnes volontés de pacification tiennent le coup.

 


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