14/11/2007

Mesures genevoises sur la mendicité

Lu dans la Tribune de Genève, sous la plume de Jérôme Faas

 

 

Entre satisfaction pincée et franc rejet

 

Molle approbation ou franc désaccord. Le plan dévoilé hier ne réjouit guère la gauche et déplaît autant à la droite dure qu’à Doris Leuenberger, de l’association Mesemrom, connue pour avoir convaincu Laurent Moutinot de l’illégalité des amendes infligées aux mendiants.

 

 

L’avocate se dit «scandalisée par des solutions qui n’ont rien de social». Le recensement?
«Illégal.» Les dix jours d’hébergement? «Cela revient à dire que l’autorisation de venir en Suisse pour trois mois est dénoncée.» Voilà à ses yeux les Roms à nouveau discriminés, alors qu’ils le sont déjà dans leur pays. Elle souhaitait un hébergement de trois mois et la possibilité de travailler pour les mendiants. «Ce plan n’a rien de positif, tout y est hypocrite.»

 

 

A l’autre bout de l’échiquier politique, le député UDC Yves Nidegger regrette que les autorités se livrent à «un jeu de cache-cache avec leur bonne conscience». Il jugerait plus honnête de déclarer la mendicité illégale. «Là, on va rendre la vie impossible aux mendiants en évitant de nous ­regarder dans un miroir.» S’il admet que les mesures prises ne sont «pas mauvaises», il les juge «chères et peu efficaces». «Expulser un mendiant après trois mois de présence nécessitera des preuves, une décision administrative, une notification. Mais ça fait humaniste…»

 

 

Le député socialiste Christian Brunier n’est guère plus positif. «Ce plan colle aux préoccupations de la population, mais le Conseil d’Etat a cédé aux ­sirènes du populisme.» Il estime que les problèmes ont été exagérés, déplore que rien ne soit prévu pour les enfants et regrette par-dessus tout que les Roms soient une fois de plus «stigmatisés.»

 

 

C’est chez les Verts que les premiers signes de satisfaction sont perceptibles. Mais la députée Mathilde Captyn ne se dit «qu’à moitié satisfaite». Certes, elle est ravie «que l’on propose enfin aux mendiants de ne plus dormir sous les ponts» et approuve le fait «d’appliquer la Loi sur le séjour des étrangers». Mais elle aurait souhaité «davantage de solidarité» à l’égard des mendiants, nombreux selon elle, qui résident en Suisse. «31% vivent ici. Là, le racisme anti-Roms est présent. On ne peut pas interdire aux pauvres d’être pauvres, ni fustiger une culture. Proposer, comme à Versoix, un lieu de vie à ceux qui ont un permis d’établissement aurait été la moindre des choses.»

 

 

Les avis les plus positifs se récoltent auprès des conseillers municipaux. Le socialiste Gérard Deshusses parle ainsi de mesures «tout à fait correctes qui répondent à une exigence humanitaire». Il émet cependant un bémol. «J’aurais souhaité que les enfants soient pris en charge, scolarisés.» Le radical Simon Brandt, enfin, juge ce plan «pragmatique. L’important était d’évacuer les campements de fortune et que les mendiants ne soient plus à tous les coins de rue.»

 

18:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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