02/12/2007

La place de l’allemand dans la future Ecole genevoise fait débat

GENEVE. Alors que le Conseil d'Etat a finalisé son contre-projet aux deux initiatives visant à réformer le Cycle d'orientation, des élus demandent que la langue de Goethe soit revalorisée.
Lu dans le Temps sous la plume de Cynthia Gani :
«Le maître généraliste a peut-être vécu. L'école primaire genevoise a besoin de spécialistes pour enseigner les langues.» Alors qu'il évoquait hier son projet de réforme du Cycle d'orientation (lire ci-contre), le ministre socialiste Charles Beer a répondu à une préoccupation de la commission parlementaire de l'enseignement: quelle sera la place de l'allemand dans la future Ecole genevoise? Pour le patron de l'Instruction publique, l'allemand devra figurer au rang des normes de passage du primaire au secondaire dès 2011. Au même titre que le français et les maths. Mais pour cela, une révolution de l'enseignement de la langue de Goethe est nécessaire.
Norme de passage exigée
Certains aimeraient pourtant aller plus vite. Au sein de la commission de l'enseignement, des élus de droite sont convaincus qu'il faut profiter de la réforme du Cycle d'orientation pour revaloriser l'allemand. Histoire d'anticiper sur les exigences d'Harmos, programme fédéral d'harmonisation qui impose dès 2012 l'enseignement de l'allemand en 3e primaire et de l'anglais en 5e.
Pour le PDC Guillaume Barazzone, il faut faire de l'allemand une norme de passage de la 6e primaire au Cycle d'orientation dès l'entrée en vigueur du nouveau Cycle. «Ce principe doit être inscrit dans le projet de loi du Conseil d'Etat.» L'élu estime que cette exigence doit aussi s'appliquer entre les trois degrés du Cycle d'orientation.
«Gute Nacht» ne suffit plus
Mais pour hausser les exigences vis-à-vis des élèves, il faut d'abord s'assurer du niveau des enseignants. La libérale Janine Hagmann, également favorable à la promotion de l'allemand comme discipline de base, dresse un constat sévère: «L'enseignement de l'allemand manque d'efficacité. Au primaire, les capacités des maîtres sont inégales. Ce n'est pas de leur faute: en tant que généralistes, ils n'ont pas été formés à cela. L'école primaire a besoin de spécialistes ou de bilingues. On a pensé qu'en faisant chanter trois fois «Gute Nacht» aux enfants, on leur apprendrait à parler. C'est faux: ils ont besoin de grammaire et de listes de vocabulaire.»

Une étude sur les lacunes
A Genève, l'enseignement de l'allemand a été introduit au primaire dès 1981. D'abord dans quelques écoles pionnières, puis, à partir de 2000, dans toutes les écoles dès la 3e primaire. Pendant longtemps, l'enseignement était repris à zéro au Cycle d'orientation. Mais désormais, presque tous les établissements secondaires ont opté pour la continuité avec l'école primaire.
Avec plus ou moins de succès. Une étude menée en ce moment sous l'égide du Service de la recherche en éducation vise à identifier les lacunes dans la transition entre primaire et Cycle. Ses conclusions risquent de remettre en question bien des habitudes. Dont celle d'avoir des maîtres généralistes qui enseignent la quasi-totalité des branches, ainsi que l'annonce Charles Beer. Comme c'est le cas pour la gymnastique, des spécialistes pourraient intervenir en allemand et en anglais.
Sous-estimé au travail
Nul doute que ces réformes pédagogiques susciteront un débat nourri. Le sujet est sensible, à en croire le socialiste Christian Brunier, membre de la commission de l'enseignement. Il refuse tout bonnement de s'exprimer sur la place que devra occuper l'allemand dans le futur Cycle. «Ce n'est pas aux députés de prendre ce genre de décision. Nous n'en avons pas la compétence. Arrêtons la guerre», s'emporte-t-il. Car le projet de réforme du Cycle de Charles Beer séduit pour l'heure tous les partis. «Le compromis est fragile. Sur le moindre détail, ça peut éclater», prévient l'élu. Signe que la bataille sur les notes au primaire a laissé bien des traces.
Ce qui est sûr, c'est que la question de l'allemand ne pourra pas être longtemps écartée. Selon François Grin, professeur à l'Ecole de traduction et d'interprétation de l'Université de Genève, la langue de Goethe est encore largement déconsidérée. Même dans le monde du travail: «On commence à se rendre compte du fait que les employeurs sous-estiment le besoin de compétences linguistiques de leurs employés. Et ce qui leur manque vraiment, aujourd'hui, c'est l'allemand.»

17:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Je trouve absolument scandaleux qu'on demande aux suisses-romands d''apprendre une lanque ques les suisses-allemands ne parlent pas. Ne pensez-vous pas qu'il faudrait d'abord que les suisses-allemands sachent s'exprimer correctement en allemand avant de vouloir le demander aux autres suisses. Je vous signale que lorsqu'un Zurichois arrive à Genève, il entend parler français , alors que lorsqu'un genevois arrive à Zurich il entend parler un patois incompréhensible ! de plus entre les allemands qui parlent Hoch-deutsch et les suisses-allemands il y a des frictions ! Pourquoi ne pas rendre l'Italien obligatoire ! Car au moins les tessinois parlent italien ! (même s'ils ont également un patois !

Écrit par : Antonia | 03/12/2007

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