29/12/2007

Genève : le syndicat de la police a peur des radars

L'association clame que l'augmentation de moyens en faveur de la lutte contre la criminalité routière «renforce l'image détestable du gendarme». Un élu socialiste s'en indigne.
Lu dans « Le Temps » et signé Cynthia Gani
La police genevoise aurait-elle décidé de soigner son image au détriment de son efficacité? En tout cas, la lecture du dernier bulletin de l'Union du personnel du corps de police (UPCP) stupéfie. Sous la plume anonyme du «Hibou», un gendarme enrage: «L'augmentation des moyens mis en œuvre actuellement en matière de lutte contre la criminalité routière ne renforcera qu'une image détestable du gendarme.» Puis prévient: «Et ce n'est pas de cela dont nous avions besoin.» De quoi faire bondir le député socialiste Christian Brunier, qui rétorquait hier sur son blog: «Des policiers qui se plaignent de devoir combattre la criminalité routière, c'est le monde à l'envers!»
Zone de non-droit dénoncée
Le syndicat de la gendarmerie n'en reste pas là. Le même «Hibou» écrit aussi que «le citoyen n'est pas dupe. Il a compris que la lutte contre l'incivilité routière et les comportements dangereux ne sont que des prétextes à une politique tirelire», assure-t-il. Des propos tenus en pleine campagne d'intensification des contrôles «Visiroute», lancée par la Brigade de sécurité routière suite au décès de six personnes en une semaine sur les routes fin novembre. Dans le contexte des fêtes de fin d'année, propices aux excès de boissons, les mots dérangent certains.
Elu au Grand Conseil, Christian Brunier avait déposé à l'époque des accidents mortels une interpellation sur la sécurité routière. Affirmant que les chauffards n'étaient pas assez contrôlés et sanctionnés, il réclamait une série de mesures d'aménagement, notamment sur le quai de Cologny: une borne centrale, plus de radars, mais aussi plus de prévention et de répression. Il est «très choqué» par l'UPCP: «Des policiers nous disent que taxer les chauffards les embête, et qu'ils ne veulent pas perdre leur notoriété. Mais si la police ne fait pas respecter la loi, on entre dans une zone de non-droit inquiétante. Son rôle ne consiste pas à faire des commentaires populistes. Il est urgent de reprendre les rênes.»
Du côté de l'UPCP, le président Walter Schlechten confirme que le «Hibou» exprime «ce que les collègues ressentent de plus en plus. Le G8 avait causé du tort à notre image. Alors qu'elle est en train de s'améliorer, l'actuelle campagne de répression ne nous aide pas.» Il nuance néanmoins la prose de son collègue: «Nous ne sommes pas contre la répression, mais nous souhaiterions qu'elle soit accompagnée de véritables campagnes de prévention, qui manquent à notre sens.»
Seize accidents mortels
Ce que le syndicat n'a surtout pas apprécié, c'est le changement de stratégie intervenu après les six accidents fin novembre. Prévue pour la période des fêtes, la campagne «Visiroute» consiste à effectuer des «contrôles de masse» sur les automobilistes, explique Philippe Cosandey, porte-parole de la police cantonale. Postés en radars mobiles, les gendarmes contrôlent état d'ébriété, permis de conduire ou port de la ceinture dans des lieux stratégiques, notamment la nuit. Or, ce type de contrôle n'était plus pratiqué depuis des années à Genève. Jusqu'au lancement de «Visiroute», chaque poste de police s'organisait à sa guise.
Et c'était très bien ainsi, à en croire Walter Schlechten: «C'était un travail d'initiative nous permettant de taper plus facilement sur le bon clou. Nous travaillions au flagrant délit, en suivant par exemple les voitures qui zigzaguaient.» Alors que la répression actuelle, plaide le chef de l'UPCP, est moins efficace: «Les contrôles sont carrément annoncés à la radio.» Cela dit, les policiers appliqueront les directives sans se rebeller, assure-t-il.
Un bilan devrait être établi à la fin de l'opération «Visiroute». La Brigade de la sécurité routière pourrait décider de prolonger la campagne. Le porte-parole de la police rappelle que le week-end dernier encore, deux personnes ont été tuées sur les routes: un motocycliste de 30 ans et un enfant de 12 ans percuté par une voiture. Selon Philippe Cosandey, il y a eu à ce jour 16 accidents mortels en 2007. Comme en 2006.

08:27 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Un peu de sévèrité que diable ! il faut que la police soit intransigente et très très sévère avec les chauffards ! Assez d'angélisme ! le peuple réclame des mesures adéquates ! et pas seulement des amendes ! car c'est trop facile, surtout pour les nantis ! Cela doit être la "prison" avec confiscation du véhicule ! De plus, je trouve inadmissible que l'on puissse conduire des véhicule 45 km sans permis ! car on peut tout à fait tuer une personne avec une voiture bridée !

Écrit par : Genevois frontalier | 29/12/2007

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