16/01/2008

L'explosion des loyers vide le centre-ville de ses cafés

Après le Mövenpick, le Radar, la Crémière et le Baroque, le Cristallina a été contraint de mettre la clé sous la porte. La rationalisation des coûts à tous crins inquiète les commerçants. L'Etat dispose de peu de moyens d'action.
Signé JÉRÔME FAAS dans la Tribune de Genève.
Le Mövenpick, Le Radar, La Crémière, Le Baroque, et maintenant le Cristallina. Autant de cafés chargés d'histoire qui ont disparu depuis 2004. Des enseignes de luxe et une grande chaîne de prêt-à-porter ont ou vont prendre leur place. Un à un, les lieux publics de l'hypercentre cèdent la place à plus rentable qu'eux.
Cette lente désertification du centre-ville, les politiques commencent à s'en préoccuper. Motions du PDC et des libéraux au Conseil municipal, interpellation urgente du PS au Grand Conseil, toutes demandent aux Exécutifs d'agir. Pas si facile...
L'explosion des loyers explique en grande partie la raréfaction des «lieux de vie». «Le prix du mètre carré provoque la panique, témoigne Bernard Menuz, qui préside la Fédération des artisans et des commerçants. Tout ce qui est alimentaire devient impossible.» A la rue du Rhône, 100 m2 peuvent atteindre 40 000 fr. mensuels.
«L'immobilier commercial est déconnecté de la réalité locale, analyse Alexandra Rys, du PDC. Surtout acquis par des sociétés étrangères, il reste moins cher qu'ailleurs.» Il séduit les grands groupes, mais essore les enseignes locales. D'autant plus «qu'il existe une longue liste d'attente de sociétés de luxe désireuses de s'implanter au centre», ajoute Laurent Terlinchamp, patron de la société des cafetiers et restaurateurs. La loi de l'offre et de la demande fait le reste.
La rationalisation des coûts n'épargne pas les commerces bénéficiaires. Tel le Mövenpick, «qui marchait bien, regrette Laurent Terlinchamp. Mais cela ne suffit plus. La solution ne peut être que juridique. Depuis quand une manifestation fait-elle céder des actionnaires?»
L'Hospice imite les privés
Même si certaines arcades n'appartiennent pas à des privés, l'affaire n'est pas gagnée. Comme pour le Cristallina, délogé d'un immeuble de l'Hospice, qui a augmenté son loyer et loué son arcade à un diamantaire. «L'Hospice est lié à l'Etat par un contrat de prestations, commente Jacques Folly, directeur de l'Office cantonal de l'inspection du commerce. Il a des objectifs à atteindre. Une autre option politique serait possible, mais on ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre.» Autrement dit, l'Hospice rentabilise ses actifs sous la pression de l'Etat, résume Christian Brunier, du PS.
Dans un tel cas, le gouvernement pourrait agir. Sinon, constate Jacques Folly, «il nous est impossible d'imposer à un privé de louer à tel ou tel type de commerce».
Et le contrôle des loyers a été aboli en 1978. L'homme note néanmoins que le nombre de cafés augmente en ville, «aux Pâquis, aux Eaux-Vives, à Plainpalais».  Seul l'hypercentre se vide.
Mais en l'occurrence, «le sauvetage des cinémas Scala a mis en avant les possibilités de l'administration». Jacques Folly croit donc à une approche «de bon sens», où les pouvoirs publics se font négociateurs. «La disparition du Radar, les menaces qui pèsent sur le Relais de l'Entrecôte ont attiré l'attention. L'animation du centre-ville est un dossier pris très à coeur par le Conseil d'Etat.»

22:43 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

La cause c'est l'interdiction des véhicules

Écrit par : Rupp | 17/01/2008

En plus des habitants genevois qui sont partis en France, maintenant nous iront tous au bistrot à Saint-Julien, Annemasse, Ferney, etc... et en plus nous ne seront pas enfumés!

Écrit par : Genevois | 18/01/2008

Vous avez vu où des interdictions aux véhicules ? A la Rue du Stand ? A la Rue du Rhône ? Toutes les villes qui ont fermé leur centre aux automobiles, ont développé le commerce en termes de chiffres d’affaires et amélioré leur convivialité. Genève, au contraire de la plupart des cités européennes, est très en retard en la matière.

Christian Brunier

Écrit par : Christian Brunier | 20/01/2008

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