24/04/2008

Débat au Grand Conseil genevois ouvrant un crédit de CHF 6'046'000 destiné à financer un système d'imagerie vidéo de la police

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Mon intervention orale :

 

 

M. Christian Brunier (S). Mesdames et Messieurs les député-e-s, la vidéosurveillance et tout ce qui tourne autour sont des sujets éminemment délicats, qu'il faut traiter avec mesure. Je vais peut-être me mettre tout le monde à dos, mais, comme on est plus ou moins au milieu du débat, c'est peut-être l'heure de la synthèse.

 

 

Si je résume ce qui a été exprimé, j'ai entendu des gens dire que, si l'on ne votait pas tout de suite ce projet de loi, Genève se retrouverait dans une situation de totale insécurité. Le MCG a dit que c'était un projet qui pouvait sauver Genève de l'insécurité. J'ai aussi entendu, à gauche, des gens qui disaient que ce projet marquait le début d'un Etat policier. Cela m'a inquiété, car j'avais l'impression de m'être trompé de projet de loi ! J'ai donc sauté sur ce dernier pour contrôler son contenu. Mesdames et Messieurs les députés, nous sommes en train de débattre au sujet de huit sites qui seraient surveillés par des caméras: cela n'assurera pas la pleine sécurité de Genève et, inversement, cela ne signifiera pas que l'on instaure un Etat policier à Genève ! Donc, il faudrait peut-être raison garder le sens de la mesure !

 

 

On doit parler de principes, ils sont importants, mais ce n'est pas rendre service aux Genevois que d'exagérer, tant sur la sécurité qu'on pourra offrir, que sur l'Etat policier qu'on risque d'instaurer. Je dis que nous sommes dans un débat difficile, parce qu'il faut trouver le juste équilibre entre sécurité et liberté. Ce n'est pas évident, c'est un peu comme la notion d'efficacité. J'ai entendu des personnes dire que les caméras étaient efficaces à 100% et d'autres dire que ce n'était pas efficace...

 

 

Si l'on étudie le sujet et que l'on regarde ce qui s'est passé dans les villes ayant mis en place une surveillance vidéo, la situation n'est ni entièrement en blanc ni en noir, c'est gris foncé ou gris clair. Oui, la sécurité est assurée, mais on sait que dans certaines villes qui ont abusé de ce type de dispositifs, cela a plutôt contribué à instaurer un sentiment d'insécurité excessif. Dans certaines villes des Etats-Unis, on enlève maintenant les caméras, parce qu'on a constaté qu'en les installant partout on effraie les gens ! Qui en déduisent que l'insécurité doit être vraiment terrible, puisqu'il a des caméras partout. Là aussi, il faut trouver la juste mesure !

 

 

Ce qui me gêne dans tout ce débat, ce n'est pas de savoir si l'on va installer cinq, huit ou dix caméras, c'est surtout l'utilisation que l'on pourra faire des images, selon les emplacements surveillés ! Nous avons une promesse orale du Conseil d'Etat qui nous dit qu'une législation existe pour ce qui est de la protection des données et de la défense de la sphère privée. De plus, des lois complémentaires seront proposées. Néanmoins, les villes ayant installé des caméras et réussi à préserver les libertés sont allées bien plus loin. On n'a pas besoin de se rendre à des milliers de kilomètres pour avoir des exemples.

 

 

Prenons celui de Lyon - la loi française est assez stricte en matière de protection des données, de l'image et de la personnalité. Néanmoins, Lyon, qui a installé un certain nombre de caméras, de manière relativement modérée et réfléchie, a établi, en plus de toute la législation existante, un code éthique de huit pages. C'est un code éthique qui va beaucoup plus loin que la législation déjà en place et dont le but est d'assurer réellement les libertés ! Un travail colossal a été accompli pour envisager tous les cas de figures, un gros travail a notamment été réalisé en ce qui concerne le cryptage des images. A Lyon, ils ont également travaillé sur les possibilités de non-modification des images - on sait qu'il existe malheureusement des possibilités de truquer une image - et je ne suis pas sûr que cette question soit prise en compte dans la législation genevoise. Lyon a fait cet effort, et je pense qu'il faut partir dans cette dynamique.

 

 

Certains d'entre nous ont cité les TPG, exemple local de mise en place de la vidéosurveillance. Le conseil d'administration était composé de personnes de droite et de gauche, qui ont travaillé ensemble - à l'époque, je faisais partie de ce conseil d'administration - et qui sont allées plus loin que la législation existante. Nous avons aussi établi des règles éthiques sur la conservation des images : qui a le droit de les regarder, combien de temps on les conserve, etc. On a donc été bien plus loin que la législation !

 

 

Je vous rappelle aussi qu'à Montréal, ville qui a une longue expérience des caméras de surveillance, la commission d'accès à l'information vient de rendre un rapport affolant dans lequel des gros problèmes sont relevés. La ville a fait enlever des caméras et une vingtaine de règles ont été établies en urgence pour préserver la sphère privée, des caméras filmaient notamment chez les gens, ce qui était inacceptable ! Ils ont donc fait marche arrière. Ils avaient cru que ces caméras permettraient d'améliorer la sécurité, mais, finalement, cela dérange plutôt les citoyens ! Il faut donc trouver le sens de la mesure. L'exemple le plus inquiétant est celui de Sherwood, ville du Canada, qui vient de faire un essai. Au terme de ce dernier, Sherwood a complètement renoncé à installer des caméras de surveillance. La vidéosurveillance n'a eu aucun effet sur la sécurité et, en plus, elle pose de gros problèmes en termes de respect des libertés individuelles.

 

 

Tout n'est donc pas tout noir ou tout blanc, et il faut faire très attention ! Nous devons travailler sur les règles d'éthique, or on fait tout à l'envers. Le gouvernement nous a donné des engagements et on est quand même en train de placer les caméras, avant d'avoir défini les règles éthiques ! Malgré les promesses du gouvernement, cela ne nous paraît pas acceptable !

 

 

Finalement - et c'est pourquoi je voterai contre ce projet ce soir - l'ajournement aurait été une très sage décision. On aurait pu procéder très rapidement, afin de remettre la priorité sur la définition de règles éthiques, mais la majorité d'entre vous ne l'a pas voulu. Je vous rappelle quand même que nous allons engager 5 millions de francs. Peut-être obtiendrions-nous plus d'efficacité si ces 5 millions étaient affectés à la protection humaine du territoire, c'est-à-dire en procédant à l'engagement de policiers supplémentaires.

 

 

22:11 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Si vous aviez regardé la série "Las Vegas", vous vous rendriez compte de l'utilité des caméras de surveillance.
J'aime bien aussi votre fin, concluante en la matière, accorder ce budget là à l'engagement supplémentaire de policiers, mais si c'est pour les mettre en uniforme, c'est peine perdue d'avance, dans la lutte contre la drogue.
Il faut savoir qu'avec les caméras de surveillance, on pourras également filmer les bavures, si chères à votre milieu politique, qui demande à porter des badges, je ne vois pas pourquoi vous y êtes opposé à une mesure qui permettrait de faire diminuer cette attitude tant décriée de la part de la gauche des policiers qui se prennent pour des cow-boys...vous avez manqué un des moyens de les confondre avec leurs gestes, à moins que vous sachiez pertinemment que cela n'arrive pas, que les milieux de gauche mentent vertement et donc cela n'apporterait rien de plus, comme preuve.

En résumé, vous avez coupé l'herbe sous les pieds de votre camarade, Laurent Moutinot, mais lors des élections cantonales de 2009, nous nous en souviendrons !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 25/04/2008

Cher Monsieur Brunier
Mais qu'a donc la gauche à se reprocher pour avoir toujours ainsi peur de voir les libertés diminuées par la présence de caméra? En quoi une caméra pourrait-elle vous empêcher de vous déplacer, de vous rendre d'un endroit à un autre? La seule chose que la caméra peut -éventuellement- empêcher, c'est que vous soyez agressé durant votre déplacement. Vous prétendez vouloir défendre le peuple, mais ce que vous défendez ce sont les trafiquants, les voleurs à la tire etc., en voulant empêcher que la police puisse prouver par des images que tel ou tel malfaiteur était bien en train de vendre de la drogue, que tel autre a bien agressé cette personne âgée, vous vous faites les complices des "bandits". Les honnêtes n'ont pas peur d'être filmé dans la rue.

Écrit par : salegueule | 25/04/2008

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