27/06/2008

Genève : Le canton rappelé à ses fondamentaux antinucléaires

Lu dans « Le Courrier » sous la plume de Philippe Bach

ENVIRONNEMENT - Contratom manifeste pour inviter le Conseil d'Etat – pour l'heure amorphe – à s'engager contre le retour du nucléaire en Suisse.

«Le nucléaire, c'est Atel point risqué que c'est non!» Les pancartes jaunes de Contratom ont décoré hier l'Hôtel de Ville pour inciter le Conseil d'Etat à ne pas sombrer dans une torpeur estivale et à réviser ses fondamentaux antinucléaires en guise de devoir de vacances. A savoir s'engager contre la construction d'une nouvelle centrale nucléaire, tel que le prévoit Atel, l'un des principaux producteurs suisses de courant. Et par ailleurs en procédure de fusion avec EOS (Electricité Ouest Suisse).

Atel a annoncé, au début du mois de juin, sa volonté de construire une nouvelle centrale sur le site de Gösgen, dans le canton de Soleure. En l'occurrence, le canton de Genève est en partie lié à ce projet: il est en effet actionnaire à hauteur de 23% d'EOS, le groupe qui approvisionne la Suisse occidentale. Et EOS est en train de fusionner avec Atel.

Le canton devrait donc intervenir pour dire politiquement son refus de ce projet – avant de pouvoir formellement le faire une fois le mariage consommé – estiment les militants antinucléaires de Contratom. Ceux-ci ont fait un peu de raout hier devant l'Hôtel de Ville et fait signer une pétition interpellant le Conseil d'Etat.

Exemple municipal

La Ville de Genève – avec la pression amicale de Contratom – a, de fait, déjà exprimé une telle désapprobation politique. Le canton serait tout à fait fondé à lui emboîter le pas, estime Pierre Vanek, militant de Contratom. Il fait une lecture attentive de l'article 160E de la Constitution genevoise. Cette disposition antinucléaire, adoptée lors du vote «l'Energie, notre affaire» en 1986, donne en effet mandat au canton de s'opposer à toute nouvelle construction de centrale sur son territoire ou à proximité de celui-ci. Vu l'ampleur d'une éventuelle catastrophe atomique – «La tragédie de Tchernobyl est là pour nous le rappeler» –, il est possible de s'opposer à toute construction sur sol suisse.

La jurisprudence avait, en son temps, appuyé cette lecture qu'en faisaient les opposants au nucléaire lorsque le canton avait été poussé à recourir – victorieusement d'ailleurs – contre le surgénérateur de Creys-Malville, situé à quelque septante kilomètres à vol d'oiseau de Genève sur sol français.

Pas d'autosaisine

Reste que le Conseil d'Etat n'a pas cru bon de saisir la perche que lui tendait hier la mouvance antinucléaire. La question – qui lui a pourtant été transmise lundi – n'a pas été inscrite à l'ordre du jour de l'exécutif cantonal, qui tenait hier sa dernière séance plénière hebdomadaire avant la trêve de juillet.

Laurent Moutinot, président du collège gouvernemental, interpellé à propos de ce mutisme cantonal qui jure par rapport à l'activisme municipal, s'est borné hier à dire sa certitude que, le moment venu, le canton redira sa position antinucléaire et optera pour une lecture extensive de l'article 160E de la Constitution.

Pratiques maintenues?

Du côté des Services industriels genevois, Christian Brunier, membre de la direction générale de la régie publique, estime que le rapprochement d'EOS avec Atel est inéluctable: «Nous avons pour mission de garantir la sécurité de l'approvisionnement du canton.» En revanche, dans le cadre d'EOS ou de la nouvelle entité, la désapprobation du canton et des SIG par rapport à ce retour de l'atome sera exprimée. «Simplement, nous pesons 23% au sein d'EOS et seulement 6% au sein du futur pôle électrique en constitution, si la fusion se fait.» Mais M.Brunier d'assurer que, même dans cette situation, l'engagement pris et respecté par les SIG de fournir un courant labellisé sans nucléaire sera maintenu.

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