31/12/2008

Louis Ducor, une sacrée personnalité engagée pour Genève

Pour le journal « Grand Angle », je rends hommage à Louis Ducor qui nous a quittés il y quelques semaines. 

 « Vu la situation actuelle de l’entreprise, je vous propose 0% d’augmentation pour cette année. Au niveau de vos revendications, vous n’êtes pas raisonnables … ». Le PDG se lève et claque la porte. Les faits remontent à une vingtaine d’années et le scénario se répétait inlassablement, année après année. C’était l’un de mes premiers contacts avec Louis Ducor, à l’heure des négociations entre la direction des S.I. (SIG n’était pas encore à la mode) et la commission du personnel (C.P). J’étais le benjamin de la C.P . et la tradition voulait que le plus jeune soit envoyé au feu pour présenter la plate-forme de revendications salariales. Tous les 365 jours, M. Ducor arrivait en négociation avec « rien à donner » et la commission du personnel demandait la lune. Le clash était assuré et Louis Ducor sortait furieux de la première séance. Ensuite, avec son esprit joueur, avec sa passion de la négociation, mais surtout avec son goût de la justice sociale, Monsieur Ducor entamait la discussion qui durait, durait, durait … En fin de course la négociation tournait souvent en faveur du personnel et correspondait aux objectifs initiaux fixés par le PDG. Tout le monde sortait la tête haute, en criant victoire.

Quelques jours après cette négociation serrée, j’étais convoqué dans son bureau. Sur un ton très paternaliste, il me dit avoir apprécié cette bataille syndicale, et il m’avoua même avoir admiré mon courage et l’insolence de ma jeunesse. Le « vieux loup » de la politique et de l’industrie était parfois autoritaire, mais toujours respectueux de celles et ceux qui déployaient de la bravoure et de la passion pour l’entreprise.

Très vite, une complicité s’instaura entre nous. Au-delà de nos idées et de nos rôles différents, nous partagions le sens du service public, la volonté de préserver la paix sociale et une opiniâtreté absolue à défendre SIG et ses collaboratrices et collaborateurs.

Ainsi au fil du temps, j’ai appris à connaître la sacrée personnalité qu’était Louis Ducor. Il était assurément un homme d’Etat, soucieux du bien général et de l’avenir de notre République, pour laquelle il vouait une grande passion.

Durant sa présidence et sa direction, puisqu’à l’époque ces deux responsabilités étaient cumulées, notre entreprise a progressé énormément. A son bilan, nous comptabilisons notamment la construction de notre site du Lignon et un emménagement de grande ampleur, la reprise de la Société des Eaux d’Arve, la mise en œuvre d’une politique de communication, la modernisation du fonctionnement de l’entreprise ou le renforcement de SIG au sein de Gaznat, d’EOS et de la Société des Forces motrices de Chancy-Pougny.

Comme tous les passionnés, il était aussi un touche-à-tout. La liste de ses présidences est impressionnante : de l’Institut national genevois à l’Association des diabétiques, du Rotary au Parti radical genevois, en passant par celle de la Grande-Dixence et de la Société des Ports-Francs.

Dans son discours de départ de SIG, Louis Ducor lançait : « Le sentiment que je retiens, c’est la joie d’entreprendre, de construire, de consacrer mon activité à des ouvrages durables, utiles à l’ensemble de la collectivité genevoise. Je crains que l’ambiance n’ait changé aujourd’hui. Je ressens plutôt, la peur d’investir, la peur de déplaire, la peur des élections, la peur des risques techniques, la peur des erreurs. » Cet hymne au courage politique et cet itinéraire en faveur de la prospérité de Genève résument bien l’existence de cet homme qui laisse une trace positive et durable pour notre canton.

16:18 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

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