12/01/2009

«Je quitte le parlement car je m’y ennuie désormais»

DÉMISSION | Le député socialiste Christian Brunier jette l’éponge. Il ne supporte plus le climat qui règne au Grand Conseil.

 

ÉRIC BUDRY | Tribune de Genève

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© PASCAL FRAUTSCHI | Christian Brunier. Le député déplore «une course effrénée aux fuites».

Ce n’est pas un homme aigri qui quittera le Grand Conseil le 22 janvier prochain. Christian Brunier, ce jeune marié de 45 ans (son épouse, la députée écologiste Ariane Blum, démissionne également) ne regrette pas ses onze ans de députation.
Et il fourmille de projets. Il jette pourtant un regard désabusé sur l’évolution des mœurs politiques à Genève. Ce cadre des Services Industriels de Genève a très mal supporté les attaques contre sa fonction dans la régie lors des polémiques sur les déchets napolitains et sur les salaires des dirigeants des SIG.

Pourquoi partir avant la fin de la législature ?

Il ne vous restait que quelques mois à faire…
Si j’avais annoncé que je finissais la législature, les pressions auraient continué. Il fallait couper court. Autant j’ai toujours accepté les critiques sur mes idées, autant je ne trouve pas normal que des attaques dans la sphère politique en viennent à déstabiliser des collaborateurs de mon entreprise. C’est pourquoi j’avais annoncé dès avril dernier que je démissionnerais à la fin de l’année.

Le récent épisode où un élu MCG a prétendu que vous écriviez les interventions de votre épouse a-t-il pesé dans votre décision ?

C’est évidemment inacceptable. C’est du machisme pur. Jamais quelqu’un n’aurait suggéré qu’une femme écrit les discours de son mari. Cela dit, ce genre d’attitude aurait plutôt tendance à me donner envie de continuer. Pour pouvoir y répondre.

Avez-vous d’autres raisons de partir ?

Oui, j’arrive au bout de ma troisième législature. Franchement, je m’ennuie désormais au parlement. Je dois me motiver avant les séances. Et comme tout ce que j’ai entrepris, je l’ai toujours fait par plaisir, je veux m’arrêter.

Le climat qui règne au Grand Conseil a-t-il pesé ?

Il est vrai que l’ambiance a totalement changé au cours de cette législature. Il y avait auparavant des affrontements, et peut-être plus fermes, mais pas d’attaques personnelles. Les gens se respectaient.

La faute au seul MCG ?

Il y a deux éléments. D’une part, on a effectivement une formation qui s’appuie uniquement sur le populisme. Qui ne gagne des voix que sur ses coups de gueule. Mais je pense que le fonctionnement actuel de la presse contribue aussi à la mauvaise ambiance.

C’est-à-dire ?

Nous sommes de plus en plus sollicités pour amener des scoops. Il me semble que, depuis l’arrivée des gratuits, on assiste à une course effrénée aux infos, aux fuites, aux documents confidentiels. C’est à qui dénoncera le plus de prétendus scandales. Cela pourrit aussi l’ambiance. On ne m’avait jamais proposé autant de «deals» pour obtenir des informations. Il est quand même symptomatique que le député qui travaille le moins en commission est celui qui bénéficie de la meilleure couverture médiatique.

Y a-t-il quelque chose de pourri dans la République ?

Je crois qu’il y avait auparavant davantage d’élus qui se battaient pour le bien de Genève et moins pour eux-mêmes. Cela dit, la majorité des députés fait un travail formidable et consacre beaucoup de temps au travail parlementaire. Cela me consterne d’entendre si souvent dire que le monde politique est pourri. Les gens n’imaginent pas les sacrifices que doit consentir un député.

De quoi sera fait le futur de Christian Brunier ?

Je me concentre aujourd’hui sur un projet de réorientation professionnelle. S’il se concrétise, je ferai une parenthèse de trois ans dans ma carrière politique. J’ai également envie d’avoir du temps pour moi, mon épouse et ma famille. J’ai 45 ans et cela fait vingt-cinq ans que je fais de la politique.

Et dans quelques années ?

Je n’ai jamais caché que ce qui m’intéresserait maintenant, c’est d’entrer dans un Exécutif. Le jour où Charles Beer se retirera, je serai peut-être là pour briguer sa succession.

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