21/10/2009

Salut Jeannette et merci …

« L’Internationale » version jazzy clôture la cérémonie en hommage à Jeannette Schneider-Rime qui nous a quittés après 87 ans passés sur cette terre au service des autres. Cet air révolutionnaire, interprété sur un rythme de blues, avec des envolées lyriques d’un sax soprano, remplit la salle d’émotion, mais aussi de joie d’avoir côtoyé une femme si formidable. Cette musique lui ressemble parce qu’elle incarne la lutte menée au quotidien pour un monde plus juste. Le jazz, hymne à la liberté et à l’insoumission, incarne les valeurs qu’elle a toujours défendues avec acharnement.

 

Roman Juon, son camarade de lutte, lance : « Jeannette, c’était un Cœur, un immense Cœur. »  Comme il a raison. Jean-Louis Fazio, l’ami fidèle, met en évidence, à travers une belle déclaration, la jeunesse conservée par Jeannette jusqu’à ses derniers jours. Jeunesse incarnée par une ouverture d’esprit remarquable et une coquetterie constante. Moment intense de fraternité, lorsque le couple Falquet se lève, avance main dans la main, et témoigne de 50 ans d’amitié intense avec Jeannette. Déclaration de ses petits-enfants, prouvant l’amour de Jeannette pour sa famille et spécialement pour sa fille Ariane, une activiste de terrain soutenant les jeunes en rupture. Quelles séries de bels hommages.

 

Jeannette, la fille de petits paysans fribourgeois modestes, est venue à Genève, où elle a plongé dans le monde ouvrier qu’elle aimait et soutenait tant. Toute son existence a été dédiée à la défense des plus faibles, dans le respect de ses adversaires politiques. Acharnée, révoltée, elle voulait améliorer la vie de la population. Alors que trop de personnes s’impliquent en politique par carriérisme, elle, elle vivait le socialisme. Le pratiquait avec une cohérence et une exemplarité admirables. Genève lui doit toute une série d’apports positifs pour la population. Discrètement, sans faire de pub, elle favorisait l’implantation de jeux d’enfants à un endroit, préservait une maison pour des défavorisés, calmait un conflit dans un autre quartier avec ses talents naturels de médiatrice, recueillait chez elle un jeune n’ayant pas d’endroit où passer la nuit ou récoltait de l’argent pour une institution sociale. Une seule raison la poussait en avant : celle de propager du bonheur !

 

Militante de terrain, membre d’association, députée, Présidente du Conseil municipal de la Ville de Genève, membre du Conseil d’administration de l’Hospice général ou simple citoyenne, elle gardait la ligne : défendre les êtres humains contre l’injustice. La femme, entrée en politique à une époque où certains machos ne reconnaissaient même pas son droit de voter, savait ce que voulait dire défendre une cause.

 

Aimant les gens, elle vénérait la vie. Bonne vivante, tous ses proches entendent encore ses éclats de rire, voient ses gestes d’amitié et de tendresse. Elle affectionnait la fête et adorait s’amuser, danser. Elle était bien sûr une amoureuse passionnée et fusionnelle avec son mari : Joseph, parti trop tôt.

 

Quelques semaines après le décès d’Emilio Luisoni, Jeannette, la cousine de ma grand-mère maternelle,  nous quitte. Ce sont des racines importantes du socialisme genevois qui s’en vont. Revendiquons fièrement leur héritage et battons-nous pour contribuer modestement à offrir une vie plus heureuse et plus drôle aux citoyennes et citoyens de notre belle République, à l’heure où le populisme haineux et vulgaire nous menace.

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