20/01/2010

Dernières salves

Des salves pour rire … non pour tuer, mais pour permettre de vivre. « Dernières salves » est le bébé littéraire du fort en gueule et en plume Jean-François Kahn. Cet extrait de dictionnaire propre au fondateur de « Marianne » est la suite de son « Dictionnaire incorrect » et de son « Abécédaire mal-pensant », trois traités encyclopédiques de subversion contre le politiquement correct.

 

Bien corrosif, cet ouvrage est un inventaire de pensées drôles, de courts portraits au vitriol, de bons mots, de souvenirs cocasses et de brèves de comptoir.

 

A plus de 70 berges, Kahn garde la forme et démonte, avec un humour sans concession, la nomenklatura trop bien assise dans ses pouvoirs et son conformisme. Il aime le verbe joueur et franc. Ses mots cognent, égratignent avec deux seuls objectifs : faire rire et réfléchir.

 

Le prêt-à-penser y est déchiqueté. La morosité jetée dans le caniveau.

 

Venant de créer le Centre de Réflexion et de Recherche pour l'Elaboration d'Alternatives, Kahn est un agitateur d’idées, parfois un peu trop obnubilé par les dérives des socialistes français, lui, le républicain de gauche, qui a été obligé de revêtir le costume centriste, mal taillé pour lui, afin de trouver une tribune politique.

 

Parcourons vite cet ouvrage. Visite chez le « A ». Abnégation : Payer sa cotisation au PS pendant vingt ans sans faire partie d’un courant. Absurde : Tout argument de l’adversaire auquel on ne parvient pas à répliquer immédiatement.

 

Irrévérencieux, le facétieux Kahn se lâche par moment totalement. Baiser : Et il y en a qui baisent des crucifix. C’est honteux. Olivier Besancenot : Facteur … de division. Burka : Cachot ambulant. Prison qui, en Iran, est à la femme ce que la coquille est à l’escargot en Bourgogne.

 

Baladons à travers le « C ». Chaise électrique : Terrible troisième voie : à ceux qui proclament qu’il vaut mieux mourir debout que vivre couché, on propose en effet de les tuer assis. 

 

Et du côté du « D ». Défaillir : Prendre connaissance, quand on est ministre des Finances français, de l’ampleur du déficit budgétaire. C’est pourquoi on dit alors que l’État est défaillant.

 

Le « E » n’est pas mal du tout. Empaler : Le contraire du bouche-à-bouche. Et contrairement à un petit verre de calva, ça ne fait aucun bien par où ça passe. 

 

Enchaînons avec un extrait du « F ». Fayot : Haricot qui déploie vis-à-vis des grosses légumes tellement d’excès de zèle qu’il les fait péter plus haut que leur cul. Fête : Toute réunion publique organisée par Jack Lang. Fusionner : Se dissoudre en faisant semblant de se renforcer.

 

Un point sur le « G » - le point G - : Goulu : (…) Le pauvre est donc goulu. Le riche est gourmet.

 

Un peu de « H » : Homélie : Genre oratoire qui est à la bienpensance ce que les marches militaires sont au nationalisme.

 

Au tour du « I ». Incommensurable : Qui ne peut être mesuré. Donc une richesse incommensurable peut toujours échapper au fisc puisqu’elle ne peut être mesurée. Inique : Désigne une injustice dont on ne profite pas. Intouchables : Caste la plus basse en Inde. Caste la plus haute en France.

 

Sautons au « P ». Pantalon : Paradoxalement, pour montrer qu’on a des couilles, il ne faut surtout pas baisser son pantalon. Plus-value : Ce que rapporte aux uns le travail des autres.

Poignard : Dans la main d’un socialiste, a remplacé la rose.

 

Prenons le « T ». Tombe : Trou de mémoire. Toutankhamon : Pharaon égyptien dont la célébrité ne doit rien à son apparition sur Terre, qui fut très courte, mais bien plutôt à sa disparition sous terre, qui fut très longue.

 

Pour le reste, il faut acheter le bouquin.

 

Le but de Jean-François Kahn est de « dire à chacun ce qu’on ne dit pas tout de suite. Je veux bousculer, montrer ce qui est vrai ou faux, poser des questions, revoir les interprétations. »

 

« Dernières salves » est un bon moyen de s’éduquer, de penser tout en se bidonnant.

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18:26 Publié dans Humour | Tags : kahn, salves, humour | Lien permanent | Commentaires (0)

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