24/01/2010

La succession de Manuel Tornare met la parité sur le gril

Par Rachad Armanios, Le Courrier 

 

SOCIALISTES - L'idée d'abolir la parité au PS Ville de Genève avant les élections de 2011 émerge. En l'état, aucune femme ne peut remplacer M. Tornare. Décryptage.


La parité inscrite dans les statuts de la section municipale du Parti socialiste (PS) empêche toute candidature féminine à la succession de Manuel Tornare lors des élections de 2011, puisque seul un homme pourra se placer sur le ticket formé avec Sandrine Salerno. Au sein du parti, les critiques pleuvent. Ce qui a accéléré le débat, c'est l'assouplissement de l'interdiction des doubles mandats que vient de voter la section, qui permet à Manuel Tornare d'achever sa législature au Conseil administratif tout en siégeant au Grand Conseil. «Il aurait été absurde de se priver d'un excellent candidat», commente René Longet, président du parti cantonal. Par comparaison, il juge dommage que «la règle de la parité élimine 50% des candidatures» à la succession de M. Tornare.


Selon ses statuts, la section doit présenter autant de candidats hommes que femmes sur ses listes électorales, tant au niveau législatif qu'exécutif. La mesure, introduite en 2005, «avait été un tremplin pour une candidature féminine au Conseil administratif», rappelle Grégoire Carasso, président de la section. La mesure avait été «taillée» pour assurer un siège à Sandrine Salerno, se souvient plutôt l'ancienne députée socialiste Véronique Pürro.


«Toute règle trop stricte finit par se retourner contre ses objectifs», estime René Longet. Car la parité, un outil contre la sous-représentation criante des femmes en politique, se retourne cette fois contre elles.


Une mesure transitoire?


La fronde pour modifier les statuts vient d'Alberto Velasco, membre du comité de la section municipale, qui, seul, déclare son intention de passer à l'as la parité à l'exécutif avant les élections. «En assemblée générale, on dira de voter pour n'importe quel candidat sauf une femme. La parité, c'est une façon de corseter l'esprit démocratique.»
Parmi les noms de papables que la rumeur fait circuler, on entend ceux de Gérard Deshusses, Jean-Charles Rielle, Thierry Piguet ou encore Christian Brunier. Et aussi, malgré le veto statutaire: Véronique Pürro, Nicole Valiquer, Laurence Fehlmann Rielle, Virginie Keller Lopez...


«Le PS compte autant de candidatures féminines potentielles que masculines, cela prouve que les femmes s'y sont émancipées, juge Véronique Pürro. Le quota doit être une mesure transitoire.» Ceci dit, «indépendamment de mes ambitions personnelles», précise la candidate malheureuse au Conseil d'Etat. Songe-t-elle au Conseil administratif? «Je ne veux pas répondre.»


«Délicat de changer des règles»


«Si les statuts sont modifiés, j'y réfléchirais, déclare Virginie Keller Lopez. Mais la section municipale a d'autres priorités: son programme et conserver la majorité à gauche.» Elle estime également qu'«avec les quotas, on arrive au bout du système, car il se retourne contre les femmes».


Mais elle-même ne demande aucun changement, car elle ne veut pas être accusée de carriérisme. «C'est délicat de changer des règles juste avant des élections.» «Ça donne l'impression qu'on a des principes 'à la carte', abonde Laurence Fehlmann Rielle. C'est pourquoi il faut repenser les statuts dans leur globalité. Soit très vite, soit après 2011.» Elle n'est «a priori pas intéressée» par un siège au Conseil administratif.


Conscient qu'une telle discussion pré-électorale ne peut qu'être polluée par les ambitions des un(e)s et des autres, Alberto Velasco retourne l'argument: «C'est la parité qui ouvre la porte aux marchandages. L'annuler permettrait à tout le monde d'être candidat.»
«On ne peut pas utiliser une règle quand ça nous arrange, puis l'annuler quand cela nous dérange, rétorque Virginie Studemann, vice-présidente de la section municipale et présidente du groupe 'égalité' du parti cantonal. La parité a joué en faveur d'une femme lors des dernières élections, il est important de la maintenir au moins jusqu'à la prochaine, au risque de discréditer la démarche.»  «Si M. Velasco demande formellement le débat, on le mènera», assure Grégoire Carasso.

12:28 Publié dans Politique | Tags : politique, genève | Lien permanent | Commentaires (0)

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