03/05/2010

PIN-PON pour défendre les fondements de nos libertés

« La police doit être une mère et non pas une commère. »

Charles Joseph de Ligne

 

Pour les politiques à Genève, il y a quelque chose de sacré dans la Police cantonale. Comme un tabou, on n’y touche pas. Ou plutôt, on a peur de la réformer, de la transformer, de l’améliorer. Cette situation s’est aggravée avec l’apparition des policiers députés au Grand Conseil genevois, n’hésitant pas à violer le droit de réserve incombant à leur fonction d’autorité et à intervenir sur des sujets où leurs liens d’intérêt sont évidents.

 

Il y a quelques mois, le député socialiste Roger Deneys a osé ! Osé dire tout haut, ce que tout le monde pense tout bas. Il a déposé un projet de loi rendant incompatible la fonction d’autorité de policier avec l’exercice du pouvoir politique.

 

Le postulat est évidemment juste. Un policier doit être au service du pouvoir élu démocratiquement, garant de la sécurité et des libertés. Comment peut-il garder sa neutralité en affichant ses idées politiques, souvent de manière tranchée, et parfois extrémiste ? Les fonctions d’autorité, les personnes assermentées, ne peuvent être engagées politiquement, sans tomber dans une confusion des genres néfaste à une démocratie.

 

Par analogie avec le pouvoir judiciaire ou le personnel de grande proximité avec les membres d’un gouvernement, la fonction de policier ne doit pas permettre l’accession à un Législatif ou à un Exécutif. On ne peut pas être à la fois Juge et Arbitre. Le policier est garant de faire  respecter les lois et les institutions, pas de les définir.

 

Le projet de loi de Roger Deneys est l’expression du bon sens, des règles de bonne gouvernance et des principes fondateurs de l’Etat de droit. Pourtant, plusieurs député-e-s sont en train de lâcher Roger Deneys. Le principe est connu. Ils sont d’accord sur le fond, mais pas sur la forme. La « forme » est en politique la bonne excuse pour esquiver le courage. Une nouvelle fois, les politiques se couchent devant la police, par peur de perdre un lobby puissant, représentant un groupe électoral fort. D’autres craignent un retour du débat sur l’éligibilité de tous les fonctionnaires. Il serait peut-être judicieux de donner la parole au peuple. Un tel changement législatif modifie la Constitution. La consultation-citoyenne devient donc obligatoire. La sagesse et le courage du peuple pourraient s’avérer bien plus élevés, sur cette question, que ceux des élu-e-s.

 

La loi Deneys réaffirme les fondements même du Serment du policier genevois : «  (…) de remplir avec dévouement les devoirs de la fonction à laquelle je suis appelé; de suivre exactement les prescriptions relatives à mon office qui me seront transmises par mes supérieurs dans l’ordre administratif; de garder le secret de fonction sur toutes les informations que la loi ou les instructions reçues ne me permettent pas de divulguer; de dire, dans les rapports de service, toute la vérité sans faveur, ni animosité; et, en général, d’apporter à l’exécution des travaux qui me seront confiés, fidélité, discrétion, zèle et exactitude. »

 

Le métier de policier est une profession difficile et admirable. La très grande majorité des professionnels l’assument avec brio et respect. Ce projet de loi s’inscrit dans la dynamique de redonner de la crédibilité à la police genevoise afin qu’elle assure la sécurité, élément essentiel du  bien-être humain, qu’elle défende notre Etat de droit et qu’elle préserve nos institutions démocratiques, base de nos Libertés.

 

 

Christian Brunier, ancien Président du Parti socialiste genevois

19:51 Publié dans Liberté | Tags : police, liberté | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Cher Monsieur,

Votre mot est aussi misérable que le sont les préjugés de M. DENEYS. Ce n'est pas en supprimant le droit d'éligibilité des policiers que vous aller aider les politiques à ouvrir les yeux sur les véritables problèmes de notre société, les multiples échanges à la salle des pas perdus en sont la preuve. Un mandat politique, c'est avant tout représenter une partie des électeurs, de la population, de la société, et si ces gens se retrouvent en un personnage public, policier de sa cité, et bien c'est que ce politicien est proche des gens et de leurs problèmes, tout comme le sont les policiers, généralistes de la misère sociale ou criminelle.

Derrière chaque policier se cache un homme, une femme, qui à travers son serment se retrouve au service de la République et de ses habitants.

Derrière chaque politicien se cache un homme, une femme, qui à travers son serment se retrouve au service de la République et de ses habitants.

Derrière chaque policier, il y a un votant, mais aussi un élu potentiel.

Tout comme l'avocat tombe la robe, tout comme le professeur tombe le crayon, tout comme le médecin tombe le stéthoscope, le policier tombe l'uniforme et devient un citoyen comme un autre, avec des droits et des devoirs.

Le droit d'éligibilité est reconnu par la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour les policiers, et vous voudriez en faire fi. Ce n'est pas ce que j'appelle une position très démocratique.

Au-delà de la profession, c'est la qualité de l'élu qui compte, et là, le bilan général est bien plus pauvre sur cent élus, policier ou pas.

Walter SCHLECHTEN
Habitant La Croix-de-Rozon.

Écrit par : Walter Schlechten | 03/05/2010

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