06/06/2010

La Fado d’Agnès Pellegrin

Je lis l’ouvrage d’Agnès Pellegrin consacré au Fado.

 

Cette musique portugaise a accompagné les élans de liberté tant à travers les mouvements sociaux, dont elle a été la voix, qu’à travers les courants épicuriens. On lui colle trop souvent une image larmoyante. Certes le Fado évoque parfois la tristesse, mais le plus souvent, il est porteur d’espoir et d’amour, relatant les histoires de la rue.

 

Le Fado a aussi participé, à la fin du XIXème siècle, à l’anticléricalisme dans ce Portugal étranglé par la morale de l’Eglise catholique. Cette communauté religieuse voulait d’ailleurs interdire le Fado qu’elle jugeait dépravé. Avec beaucoup d’humour, les chanteur-euse-s de Fado répliquaient, en invitant, dans une mélodie, le Pape à venir découvrir leur musique : « Si le Saint-Père connaissait la saveur du fado, il viendrait de Rome jusqu’ici pour battre aussi au rythme du fado. » (Se o Padre soubesse ; O gosto que o fado tem ; Viria de Roma aqui ; Bater o fado também.)

 

Le Fado fut aussi l’arme des pacifistes. Le poète du Fado Caetano Calcinhas écrivit : « Je cultive la plume et non l’épée. Celui qui tue pour la gloire, pour moi, ne vaut rien. »

 

Porte-voix des plus faibles, très naturellement le Fado appuie les luttes et critiques sociales. Les syndicats, la gauche et les mouvements sociaux passaient leurs messages d’espoir via cette musique. La dictature de Salazar monta aux barricades pour censurer les chansons rebelles à la source de ce courant musical. Elle tenta ensuite de récupérer cette musique pour plaire au peuple, mais sans grand succès. Le Fado porta ensuite la révolution populaire et socialiste des Œillets.

 

La Fado est parfois parodique, voire subversif. Francisco dos Santos incarne le Fado humoristique. Le Fado se caricature lui-même, en modifiant ses grands tubes. Il évoque aussi les situations cocasses de la vie, les ragots de quartier.

 

Souvent ritournelle d’amour, le Fado s’engage contre tous les interdits. Il est la mélodie de la liberté.

 

Au-delà de la vision caricaturale mélancolique et dramatique que nous portons trop souvent sur cette musique, dégottons les autres facettes de ses riches mélodies.

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11:03 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

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