02/06/2011

L'école doit construire les comportements

L'association Arle voulait rétablir la note de comportement à l'école genevoise. Son initiative populaire n'a pas recueilli les signatures exigées pour être soumise au peuple. Tant mieux !

 

Vouloir rétablir l'école de grand-papa où aucune tête ne dépassait, où l'esprit critique était considéré comme de l'impertinence, où la vitalité était suspectée d'être une maladie d'hyperactivité, est nuisible. La richesse de l'enfance est la multiplicité, l'addition des différences.

 

Cessons de vouloir transformer les classes en un alignement de robots, sans vie, en troupeau de Ritalinés. Que celles et ceux souhaitant le retour des autocrates et des mégères, comme maître-esse (sic !), à la tête des classes se rendent dans les écoles pour apprécier l'autoévaluation des critères multiples de comportement. Ils verront des enfants réfléchirent, avec l'enseignant-e, sur leur façon d'agir et d'interagir avec les autres.

 

Au lieu d'une note unique de comportement, ils reçoivent différents commentaires, nuancés, sur toutes leurs facettes, qualifiant chaque dimension de leur personnalité. Ainsi, on peut dire, par exemple, à un enfant qu'il est très à l'écoute de l'enseignant-e, qu'il est très poli, qu'il est très ordré, mais qu'il manque de complicité avec les autres élèves.

 

On évalue l'élève dans toute sa complexité, en inventoriant ses moins et ses plus, et on définit des plans d'amélioration. On valorise l'enfant et on aide à sa construction, au lieu de le menacer et de le casser avec une note caricaturale. Cette réflexion partagée sur les différents axes de son propre  comportement est bien plus fructueux pour l'élève qu'une simple sanction, amalgamant tous les traits de son caractère.

Commentaires

Tout ça est bien joli et utile, mais l'impression reste, que ce qui est trop théorisé n'a pas d'impact sur les jeunes. Entre explications théoriques et méthodes du Père Fouettard, personne n'ose agir au coeur du problème, au fond par pu matérialisme. Car il est évident que la morale, pour les jeunes, ne se construit qu'à travers l'imagination, un vécu intérieur, qui s'appuie forcément sur les histoires. Les histoires de l'Histoire, le courage de De Gaulle, disons, ou des romans, la conversion de Jean Valjean, par exemple. Mais personne ne veut l'assumer, personne ne veut mettre les mains dans les mystères de l'âme. Tout reste donc fait de gesticulations vides, à mon avis. Pourtant, même Rousseau conseillait la lecture vivifiante, sur le plan moral, de Plutarque, ou de Daniel Defoe. Mais ces auteurs vont choquer les intellectuels patentés, car ils font explicitement référence au religieux: la morale se fonde chez eux tous dans une vie spirituelle qui existe en soi, et qui n'est pas faite seulement de pensées de l'être humain. Même si on les fait lire, donc, ce sera de façon édulcorée, ou alors à travers les versions modernes édulcorées et sensualistes de Tournier (pour "Robinson").

Écrit par : RM | 02/06/2011

Bravo pour ce billet !

Écrit par : Julien Cart | 02/06/2011

En réponse à vos allégations:
http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/

Écrit par : Duval | 02/06/2011

En tant qu'enseignante, je ne peux qu'exprimer mes réserves quant à votre description des mérites des commentaires.
Un lecteur extérieur à l'Ecole pourrait croire que les enseignants pratiquent une sorte de profilage psychologique ("toutes les facettes, chaque dimension de leur personnalité"). Si c'était le cas, il s'agirait d'une dérive regrettable.

D'autre part, si la note de comportement avait les pouvoirs d'embrigadement que vous semblez lui prêter, on l'aurait reprise illico.

Le monde des élèves est devenu tellement complexe qu'il n'existe aucune façon de revenir à l'école de grand-papa. Même si tous les adultes s'y mettaient, en tirant ensemble à la même corde dans le même sens. Mais ça fait beaucoup de SI !

Je travaille au Cycle d'Orientation depuis plus de 30 ans. J'ai regretté la disparition des notes de comportement et ai dû m'adapter à un autre système, que je considère à présent comme tout à fait valable. Je peux vivre sans la note, mais pas sans les punitions, les annotations, les retenues, les convocations chez le doyen ou le directeur, les contacts avec les parents, les renvois, les exclusions de sorties scolaires. Cela ne fait pas de moi une mégère. Actuellement, les enseignants ne sont pas en position de force face à certains élèves ....
Tout cela ne concerne que le 5-10 % des élèves, mais ils ont un pouvoir de nuisance suffisant pour influencer négativement la vie de tous à l'école.
Il est illusoire, au niveau de C.O., de croire qu'on va s'en sortir en partageant des reflexions. La note seule ne suffirait pas non plus.

J'aime bien la comparaison avec le code de la route, toutes proportions gardées : on peut expliquer aux automobilistes les raisons d'être des lois, des interdits. Certains s'y conformeront, d'autres pas. La simple discussion ne suffira pas, peut-être même pas l'amende salée. C'est comme ça, et tous les usagers de la route ont à en subir les conséquences.

Je suis également parent d'élève et n'aimerais pas que l'on fasse de mes enfants des robots ritalinés,mais je reste persuadée que la note de comportement n'aurait pas ouvert la boîte de Pandore décrite ici !

Écrit par : Calendula | 02/06/2011

Toujours très intéressant de voir M. Brunier caricaturer tout en déplorant les caricatures...

Écrit par : yves scheller | 04/06/2011

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