30/01/2012

Les Islamistes marocains vont-ils libéraliser l’avortement ?

Surprenant ! Deux mois après sa victoire électorale au Maroc, le Parti Justice et Développement, mouvement islamique modéré, se déclare prêt, par la voix de son Premier Ministre, Abdelilah Benkirane, à légaliser partiellement l'avortement.

 

Le Parti marocain du Progrès et du Socialisme avait préalablement soutenu cette idée progressiste. Sa leader féministe, Nouzha Skalli, avait été la première Ministre à prendre ouvertement position en faveur de cette liberté de conscience. Elle estimait que l'avortement « permettrait à la mère de mettre un terme à sa grossesse dans certaines conditions, dont la malformation avérée du fœtus, le déséquilibre mental de la mère ou encore sa précarité. »

 

Il faut dire qu'il y a urgence, puisque, selon une étude de 2008, 600 avortements clandestins sont réalisés chaque jour dans ce pays. L'Association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin estime, quant à elle, ce chiffre à 900.

 

Les risques de ces interventions sont terribles. 13% des décès de mères sont causés par les conditions précaires de ces avortements, selon l'Organisation Mondiale de la Santé.

 

Le droit à l'avortement est un droit humain essentiel. Les mères doivent avoir le choix de leur maternité.

 

D'ailleurs l'avortement est un droit reconnu par les Hadiths, interprétations évolutives du Coran. Selon ces écrits, Mahomet prétendait que l'âme était insufflée dans le fœtus au terme du quatrième mois. Durant ces 120 jours, le droit à l'interruption volontaire de grossesse est donc accepté. D'autres courants musulmans fixent cette limite à 40 jours.

 

Si le Maroc veut tendre vers la démocratie, ce débat thématique doit être amorcé et déboucher rapidement sur une décision donnant un vrai droit aux femmes.

26/01/2012

La paix plutôt que la pauvreté

La pauvreté est énorme en Israël. Près d'un adulte sur quatre vit au-dessous du seuil de pauvreté. Plus grave, cette précarité touche un enfant sur trois. Les conditions d'habitat sont inquiétantes. La vétusté gangrène les villes. Même les survivants de la Shoah se retrouvent dans cette galère, puisque 25% d'entre eux font partie des plus défavorisés.

 

Pourtant, le potentiel économique existe. Ce pays est assommé par les dépenses militaires. Le budget militaire de cette petite nation atteint annuellement les 13 milliards de dollars. Presque 7% du produit intérieur brut (PIB) sont consacrés à préparer une guerre éventuelle, ce qui représente 10% du budget total de l'Etat. En comparaison, l'Iran consacre 2,7% de son PIB au secteur militaire. Les Etats-Unis, pays malheureusement présent dans bien des conflits, dépense 4,7% pour son armée. Les grandes puissances occidentales engagent entre 2 à 4% pour ce type de dépenses. Ces proportions montrent l'ampleur déraisonnable des budgets militaires de l'Etat hébreu. Avec ses 7,5 millions d'habitant-e-s, Israël possède la 4ème ou 5ème armée du monde, place variant suivant les années, et l'a doté de l'arme nucléaire.

 

Si ces sommes colossales étaient investies dans l'éducation, le logement, la santé, le social, l'économie et l'environnement, Israël vivrait mieux. Pour réussir cette métamorphose, ce beau pays, riche d'histoires, doit s'engager dans un processus de paix durable avec les pays arabes et accepter la création d'un Etat palestinien.

 

La paix, socle de base de l'épanouissement des peuples, apportera de la quiétude à cette région. Elle dégagera en outre des moyens pour investir dans la solidarité plutôt que les armes.

 

Christian Brunier, ancien député PS, Genève

21:31 Publié dans Liberté | Tags : paix, israël | Lien permanent | Commentaires (1)

19/01/2012

Le droit de manifester est inaliénable

L’article 7 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen énonce clairement : « Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la vole de la presse, soit de toute autre manière, le droit de s'assembler paisiblement, le libre exercice des cultes, ne peuvent être interdits. »

 

Le 11 mars, le peuple de Genève votera sur une loi limitant drastiquement le droit de manifestations sur le domaine public.

 

On ne peut pas applaudir les manifs du Printemps arabe, les rassemblements en Birmanie, l’occupation de Tien an men à Pékin ou les protestations contre l’autocratie en Russie, et, dans le même temps, introduire un régime de prohibition d’un droit démocratique inaliénable  à Genève, en utilisant scandaleusement les tristes casses durant G8. Il faut se rappeler que ces salopards de casseurs avaient agi en dehors de la manifestation contre les délires des milieux financiers et n’avaient rien à voir avec les 100000 indignés ayant défilé pacifiquement.

 

Tout démocrate doit s’opposer à la modification de la loi sur les manifestations, restreignant dangereusement un droit suprême

 

Christian Brunier, ancien député PS

21:38 Publié dans Liberté | Tags : liberté, manifester, manif | Lien permanent | Commentaires (1)

13/01/2012

Miscellanées du 13 janvier 2012

La loi Godwin provient d'un énoncé en 1990 de Mike Godwin relatif au réseau Usenet. Sa théorie est simple. Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler ou un excès de ce genre est grand. Dans un débat, atteindre le point Godwin signifie le fait de discréditer son interlocuteur par une insulte démagogique et excessive. Deux magnifiques enfoirés atteignent le point G, le point Godwin.  Le Pape Benoist XVI délirant sur le mariage des homos qui, selon le vieillard, « menace l'avenir même de l'humanité. » Bernard Accoyer, Président de l'Assemblée nationale française, estimant qu'une victoire de la gauche aux Présidentielles françaises provoquerait « des conséquences économiques et sociales comparables à celles provoquées par une guerre. »

 

La connerie du jour ! Le penseur de l'UMP Christian Estrosi, l'ami de Sarkozy : « le Fouquet's a tout d'une bonne brasserie populaire. » Et le Champagne est une bonne vinasse ?

 

Enfin et bravo ! Les Transports publics genevois et le Département de l'intérieur et de la mobilité du canton de Genève décident de réserver une voie au bus sur le Pont de Mont-Blanc. Lorsque j'étais Administrateur des TPG, au début des années 2000, nous avions déjà émis cette idée indispensable pour favoriser la mobilité douce. Le manque de courage politique a fait perdre une décennie à Genève. Mieux vaut tard que jamais ...

 

A Zurich, des pasteurs enseignent la connaissance des religions à l'école publique, faute de professeurs. Quel est leur niveau d'objectivité pour parler, sans prosélytisme, des cinq principales religions ? Pourquoi n'évoquent-ils pas l'athéisme ? Libre penseur, la présence de religieux au sein de l'école laïque m'est insupportable. Un canton riche comme Zurich a les moyens de recruter des enseignant-e-s en suffisance.

 

Pour avoir déclaré : « Je ne veux pas appartenir à une armée occupante. Je ne veux pas faire partie de ceux qui pointent leur arme en direction des civils palestiniens, et je ne crois pas que de telles interventions puissent apporter un quelconque changement, mis à part un plus grand antagonisme et plus de violence dans notre région. » et avoir, en conséquence, refusé de prendre les armes dans l'Armée israélienne, Tamar Katz, 19 ans, est depuis plus de cinquante jours en prison et purge sa troisième peine d'emprisonnement. Ce traitement est indigne d'une démocratie.

 

La jeune activiste chilienne Camilla Vallejo est nommée personnalité de l'année 2011 de son pays. Cette communiste indignée de 23 ans a été l'égérie de la grève générale qui a paralysé le Chili pour réclamer davantage de politique sociale. Elle s'engage, de plus, pour défendre les droits estudiantins et l'éducation : « Nous ne voulons pas améliorer le système éducatif, nous voulons le réformer profondément. L'éducation n'est pas un bien de consommation, c'est un droit. »

12/01/2012

Soirée à l'AG du PS ...

Participe à l'Assemblée générale du Parti socialiste genevois. Nous décidons des mots d'ordre des votations du 11 mars prochain.

 

Je combats la loi modifiant le nouvel horaire scolaire, prévoyant l'ajout du mercredi matin à l'école obligatoire. L'idée de faire croire qu'il y ait corrélation entre  la quantité des heures scolaires données et la qualité des connaissances et aptitudes assimilées est mensonger. « Travailler plus pour en savoir plus » a ses limites ! Pour prouver l'ancrage à gauche de la réforme, plusieurs intervenants jouent sur la corde sociale des socialistes. L'argumentation de prise en charge des plus défavorisés pour ne pas les laisser traîner dans les rues ou derrière la télé a aussi ses limites, à moins de les confier à 100% à l'Etat. Car ce principe pourrait aussi être formulé pour le mercredi après-midi, le week-end ou les vacances. En plus, plusieurs enfants en marge sociale connaissent des problèmes scolaires. Une overdose d'aller à l'école. Leur ajouter une ½ journée d'école supplémentaire ne peut éveiller qu'un rejet supplémentaire de l'établissement scolaire. Oui, le service public a un rôle à jouer pour cette catégorie de gosses, à travers le parascolaire, le périscolaire ou par l'offre d'activités éducatives, de loisirs, sportives ou culturelles. L'école ne peut être la seule réponse possible. Au final, les pros-mercredi remportent largement la partie par 20 voix pour contre 6, participation lamentable pour un grand parti.

 

Je m'oppose à la modification de la loi sur les manifestations sur le domaine public, restreignant dangereusement le droit de manifester. On ne peut pas applaudir les manifestations du Printemps arabe, les rassemblements en Birmanie, l'occupation de la Place Tien an men à Pékin  ou les protestations contre le régime autocratique de Poutine en Russie, et, dans le même temps, introduire un régime de prohibition à Genève, en utilisant scandaleusement les tristes casses de quelques casseurs durant G8. Il faut d'ailleurs se rappeler que ces salopards de casseurs avaient agi bien en dehors de la méga-manifestation contre les délires des milieux financiers mondiaux et n'avaient rien à voir avec les 100'000 indignés ayant défilé pacifiquement.

 

Je soutiens l'initiative populaire fédérale « Pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires » en Suisse. Chaque seconde, un mètre carré est sacrifié en Suisse, parfois pour construire des résidences secondaires sous-occupées alors que la crise du logement sévit. En 25 ans, le nombre de résidences secondaires ont doublé dans notre pays. Il est temps de limiter, à 20% des terrains constructibles selon cette initiative, ce type de logements sous-occupés.

 

Je m'oppose à l'initiative fédérale « Pour un traitement fiscal privilégié de l'épargne-logement destiné à l'acquisition d'une habitation à usage personnel ou au financement de travaux visant à économiser l'énergie ou à préserver l'environnement ». Sous cette appellation attrayante, cette initiative provenant des milieux immobiliers est un cadeau aux propriétaires, créant une nouvelle iniquité avec les locataires, très majoritaires dans notre pays (plus de 60% de la population suisse).

 

Je vote en faveur de l'initiative fédérale populaire « Six semaines de vacances pour tous ».

 

Je suis favorable à la loi fédérale introduisant un prix unique du livre. Pour maintenir la diversité culturelle, il me semble judicieux de sortir le livre du libre marché.

 

Finalement, pour moi, c'est Oui au contreprojet sur les jeux d'argent en faveur de l'utilité publique. Ce contreprojet s'oppose à une éventuelle privatisation des Loteries et assure le versement du produit de ces jeux aux associations culturelles, sportives et sociales.

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07:29 Publié dans Politique | Tags : socialiste, école | Lien permanent | Commentaires (0)

08/01/2012

Javier Martinez, archevêque de Grenade, légitime le viol des femmes avortées. Odieux !

J'écris au Pape Benoît XVI, au Saint-Siège, au Vatican, afin de lui demander d'exclure l'archevêque de Grenade, Javier Martinez, de l'Eglise catholique :

 

« Aimez-vous les uns les autres »

La Bible

 

 

Cher Benoît XVI,

 

Dans son sermon de Noël 2011, l'archevêque de Grenade, Javier Martinez, a légitimé le viol des femmes ayant subi un avortement : « Une femme qui a avorté donne à un homme la licence absolue, sans restriction, pour abuser de son corps, parce qu'elle a commis un péché comme si elle avait le droit de commettre ce péché. »

 

Ce triste individu a ajouté comme ineptie que les crimes d'Hitler et de Staline étaient « moins épouvantables que l'avortement. »

 

Jésus a prôné des valeurs humanistes de tolérance et d'amour. Cette philosophie est l'antithèse des paroles fascisantes de Javier Martinez.

 

Pour mettre en cohérence les paroles de Jésus avec les thèses de votre Eglise, je vous demande d'exclure immédiatement ce monsieur et de condamner fermement son appel à la haine et à la violence.

 

Chaque religion a le devoir, en cette période d'extrémismes religieux, de combattre ses propres extrémistes, pour le bien de l'humanité et pour l'harmonie entre les différentes communautés.

 

Dans le cas contraire, si vous décidiez de fermer les yeux sur ce grave dérapage et de soumettre ces paroles odieuses à l'impunité, je vous demande de bien vouloir m'excommunier, ne pouvant accepter d'appartenir à la même communauté que cet apôtre du totalitarisme.

 

En vous remerciant de cette mise en cohérence avec les valeurs inhérentes au Christianisme, je vous  adresse, Cher Benoît XVI, mes cordiaux messages.

 

 

 

 

Christian Brunier

Ancien député socialiste

21:13 Publié dans Liberté | Tags : avortement, religion | Lien permanent | Commentaires (5)

Miscellanées du 8 janvier 2012

« L'intelligence, c'est comme les parachutes, quand on n'en a pas, on s'écrase. »

Pierre Desproges

 

2011 a été l'année la plus chaude de l'histoire humaine. Dominique Strauss-Kahn confirme !

 

Gérard Depardieu : « Tout le monde sait que les erreurs faites par Sarkozy les trois premières années de son quinquennat  sont rattrapées. » L'excès de pinard s'avère nuisible pour le cerveau !

 

Nicolas Sarkozy demande de taxer les transactions financières mondiales. Cette revendication est récurrente dans sa bouche. L'intention est bonne. Qu'attend-il pour passer à l'action ? La justice fiscale et une meilleure santé de l'économie mondiale passent assurément par l'élaboration d'un tel système. Le travail est trop taxé. Les mouvements financiers pas assez, voire pas du tout. Il faut changer cette disparité.

 

Je me réjouis d'apprendre que plus de 100'000 personnes ont défilé dans les rues de Budapest pour protester contre la nouvelle Constitution hongroise, contenant plein d'articles totalement antidémocratiques et d'autres proches des thèses intégristes catholiques.

 

Il y a quelques jours, Cheetah, le chimpanzé femelle du film Tarzan, est décédée. Dramatique, pour une fois que les Etats-Unis possédaient une candidate potentielle de valeur pour présider le pays.

 

Au cours des quatre dernières années, Cuba, malgré le blocus subi, a atteint le plus bas taux de mortalité infantile du continent américain, réalisant de meilleures performances que des pays « riches » comme le Canada ou les Etats-Unis. Cet excellent résultat provient de la politique sanitaire très active menée par le gouvernement socialiste et par un accès équitable aux services de soins pour les mères et les enfants.

 

En ayant marre des imams au service des Saoudiens wahhabites, plusieurs musulmans progressistes boycottent la Mosquée de Genève et se réunissent dans une cave d'un restaurant. Le vent du Printemps arabe souffle sur la ville du bout du Lac.

 

Ma copine de gauche Salika Wenger, sur son blog, publie une lettre ouverte à Marc Bonnant, point culminant de la suffisance : « Pourquoi chacun de vos textes me fait-il rire, pédants, sarcastiques, moqueurs, cruels. Je devrais être navrée. Malgré tout cela il y a dans votre verbe un élément que je connais bien, le goût immodéré des mots. Nos différences sociales et intellectuelles sont une barrière mais de part et d'autre de celle-ci, si elle existe vraiment, je retrouve chez vous ce qui me manque dans cette ville calviniste jusqu'à la nausée, le plaisir de dire. (...) » Des insanités, même bien dites, restent des insanités !

07/01/2012

Une autre politique est possible !

Tandis que les pays européens bradent l'Etat social, le Venezuela l'augmente considérablement, voulant redistribuer équitablement les fruits de la croissance. Sous l'impulsion de son gouvernement socialiste, les indicateurs de développement social sont tous au vert !

 

La nationalisation des richesses du pays, qui avaient été spoliées historiquement par plusieurs multinationales, a boosté l'économie de ce pays et contribué à diminuer la pauvreté de manière spectaculaire, même si le chemin reste encore long pour atteindre la justice sociale.

 

Selon les Nations unies, le Venezuela a diminué, durant l'ère Chavez, sa pauvreté de moitié et a atteint la plupart des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Ce pays offre un accès universel à l'éducation primaire, a rétréci le fossé entre filles et garçons dans l'enseignement secondaire et supérieur et a diminué de deux tiers la mortalité infantile. Une imposition plus équitable a été mise en place et plusieurs cadeaux fiscaux ont été supprimés, rapportant de conséquentes recettes.

 

Environ 40% du budget (atteignant globalement 69 milliards de dollars) seront investis dans la solidarité et la cohésion sociale en 2012. Cela reflète une croissance des dépenses sur le logement (88%), la sécurité sociale (45,8%), la santé (43%), la science et la technologie (27%), la culture (24%) et l'éducation (21,1%). Plusieurs investissements majeurs ont été votés dans des domaines primordiaux : éducation, santé, logement, sports, culture, infrastructures énergétiques, dispositifs de lutte contre les inondations.

 

Malgré ces augmentations, la dette reste sous contrôle. Durant les 12 années de présidence d'Hugo Chavez, la dette publique annuelle moyenne a été de 29% du PIB, d'après l'Office National pour le Crédit Public. C'est beaucoup moins que la dette publique annuelle moyenne durant le mandat présidentiel de 1989-1993 (71,5%) et durant le mandat de 1994-1998 (55,8%). C'est aussi radicalement moins que la dette de la Grèce ou des États-Unis, qui atteignaient respectivement 142% et 92% en 2010.

 

Hugo Chavez me gonfle avec son culte de la personnalité. Par contre, sa politique est, sur plusieurs aspects, originale, solidaire et intéressante.

16:22 Publié dans Politique | Tags : venezuela, social | Lien permanent | Commentaires (2)

04/01/2012

Plaisirs barcelonais …

Passons quelques jours en amoureux à Barcelone. Croisons Laurence Fehlmann-Rielle et Jean-Charles Rielle  dans l'avion, une occasion de boire une coupe de Champagne pour fêter la Nouvelle année. Ce voyage ibérique était mon cadeau d'anniversaire, avec compensation écologique. Une attention utile et agréable de ma femme.

 

Nous quittons Genève, dans le froid et sous la pluie. Nous arrivons en Espagne sous le soleil et une température fort clémente, tournant entre 16 et 18 degrés. J'adore Barcelone. Cette ville est libre, vivante et colorée.

 

Visitons, les yeux écarquillés par la beauté du lieu, la Casa Batllo. Cette monumentale bâtisse, au cœur du Passeig de Gràcia, est l'une de plus belles réalisations de l'architecte Antoni Gaudi. Cette réinvention est, en fait, une rénovation profonde d'une veille maison. Cette transformation a duré de 1904 à 1906. La maison trône dans le quartier de l'Eixample. Elle incarne une apologie de la joie. La façade représente une toile d'inspiration marine. Le toit ressemble d'ailleurs à des écailles de poisson. Tout est en rondeur. Une overdose de courbes. Gaudi disait à ce propos : « Il n'y a pas de lignes droites dans la nature. » Dégageant des valeurs poétiques, ce bâtiment est aussi un hommage à l'environnement.

 

Bien que trempé dans un milieu familial, austère et bigot, Antoni Gaudi était un utopiste. Très jeune, il s'intéressa aux idées sociales les plus avancées. Le réformateur social John Ruskin et le penseur socialiste Charles Fourier étaient des références pour ce Gaudi tiraillé entre les idées réactionnaires de sa famille et les idéaux libertaires, si proches de ses œuvres et des milieux artistiques incarnant l'Art nouveau.

 

Découverte de la Cathédrale de la ville. Puis, promenade dans le Parc Güell. Ce parc, élaboré entre 1900 et 1914 par Antoni Gaudi, figure au Patrimoine de l'humanité de l'Unesco. Eusebi Güell était un mécène, fou d'Art nouveau. Au départ, ce site devait devenir une Cité-jardin. Gaudi avait été inspiré par les théories du socialiste Charles Fourier et la création de phalanstère, cité humaniste parfaite, dont les habitants vivent et travaillent en coopérative. Ce concept remportant peu de succès, à l'époque à Barcelone, seules quelques habitations virent finalement le jour. Perché sur une colline, en bordure du sud de la ville de Barcelone, ce magnifique jardin laisse la liberté créatrice de Gaudi éclater. Au milieu de la nature, l'innovation romantique de l'architecte catalan illumine les visiteurs. Juste après l'entrée, nous admirons la sculpturale salamandre, emblème du lieu, servant de fontaine, entourée par un élégant escalier symétrique. « Pour qu'une œuvre d'architecture soit belle, il faut que tous les éléments possèdent une justesse de situation, de dimensions, de formes et de couleurs. », dixit Antoni Gaudi.

 

Musée Picasso, dans le quartier gothique de Barcelone. Je l'avais découvert lors de ma première visite barcelonaise avec mon Ariane. Nous y retournons avec passion. Surréalisme dans l'âme, j'adore ce génie. Picasso est un artiste hors norme, mais est surtout un humain d'exception. Pablo Picasso disait : « L'art lave note âme de la poussière du quotidien. » Après la visite de son musée, nous avons l'âme toute propre.

 

Zyeutons la Sagrada Familia, l'œuvre Art nouveau d'Antoni Gaudi, classée par l'Unesco comme Patrimoine culturel de l'humanité. Ce lieu magistral est considéré comme la Cathédrale des pauvres. Toujours provocateur, Salvador Dali affirmait : « On devrait confier l'achèvement du temple aux chauffeurs de tramway à titre expiatoire. » Le peintre fou ironisait sur la mort de Gaudi, renversé par un tram. Cet édifice, le plus visité d'Espagne, est envoûtant. A chaque regard, une curiosité apparaît. Le dicton barcelonais « Le seul toit digne de la Sagrada Familia est le ciel » prend tout son sens.

 

Vagabondons dans le quartier de la Gracia. Dans les années 1920, ce lieu était un village anarchiste. Barcelone grandissante, avala ce secteur, qui devint un secteur de la Capitale catalane. Aujourd'hui, Gracia reste un coin libertaire, avec des composantes bobos, intellos et artistiques. Nous passons de la rue de la Liberté à celle de la Fraternité ou du Progrès. Les places se dénomment Révolution ou Liberté. L'ambiance reste rebelle. Les tags sur les murs sont revendicateurs. Franco détestait ce lieu. Un honneur ! Il y a une ambiance, même si tous les bistrots que nous recherchons sont fermés.

 

Soirée de bonheur pour des accros au jazz. Nous nous rendons dans le club de jazz "Jamboree", se trouvant à la Plaça Reial 17, dans le quartier gothique de Barcelone. David Mengual Free Spirit Big Band, une grande formation de jazz espagnol, rend hommage à la musique de Bill Evans. Les musiciens sont, pour la plupart, très jeunes. Quelques individualités émergent avec talent. Mais, le collectif est encore supérieur.

 

Quelques bistrots intéressants :

 

Restaurant Can Cullerettes, Carrer Quintana 5. Le plus vieux restaurant de Barcelone. Le deuxième plus ancien d'Espagne. Depuis 1786, cette enseigne règne sur la ville. La cuisine est populaire et traditionelle de la Catalogne. Le service, réalisé principalement par des mamas, est chaleureux. Nous buvons un rouge, tout à fait bon. Un "12 Lunas", assemblage dans lequel on trouve notamment du Grenache, de la Syrah, du Cabernet-Sauvignon et du Tempranillo.

 

Dîner du 31 dans un resto réputé de Barcelone : Semproniana, situé au Rosello 148. Une coupe de Cava, le « Champagne » local, pour bien débuter le festin. Nous choisissons le pinard de la soirée : un Parisajes. Je goûte, courageusement, moi qui ne suis pas très aventureux au niveau culinaire, pour la première fois, une soupe d'oursin au Cava. J'avais eu, plusieurs fois, l'occasion de bouffer ce hérisson des mers. J'avais, chaque fois, résisté. Je craque. J'essaie. Je me soumets à ce que disait Jean Anthelme Brillat-Savarin : « La découverte d'un mets nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la découverte d'une étoile. » Enchaînons avec des langoustines aux champignons, dont une tonne de mousserons. J'adore ce champignon. Enfant, j'allais les ramasser sur un stade de foot, voisin de ma maison, avant de les cuisiner avec de l'ail et du persil. Un délice ! Le turbot arrive, avec des artichauts. Turbot, est le poisson servi. Turbo, est le rythme du service. Je demande à l'équipe de cuisine de ralentir le rythme, ne voulant pas terminer le dîner du 31 à 22 heures. Le tournedos avec du foie gras sont livrés. Le dessert se compose de sorbet café, avec des oranges et du zest de ce fruit merveilleux. Minuit arrive. Nous ingurgitons 12 grains de raisins, durant les 12 secondes précédentes la nouvelle Année, tradition espagnole oblige. Nous finissons, comme nous avions commencé, avec des coupes de Cava.

 

 « Agua », un resto design, front de mer. Au bord de la promenade piétonne longeant la plage, ce restaurant branché, possède une terrasse remarquable. La nourriture et les vins y sont savoureux, même si quantité et prix ne vont pas si bien ensemble.

 

Dînons dans un resto à la mode, le Mor Disco, se trouvant Pasaje de la Concepcion 5. Je dévore un bon bout de bœuf, tandis que mon amour ingurgite des fajitas de poulet. Nous finissons cet instant gastronomique par un plat de fromages du pays. Dégustons un blanc, un rouge et un rosé. Pas de jaloux !

 

Mam I Teca, Carrer de la Lluna 4, à proximité du Musée d'art contemporain. Ce minuscule bistrot est spécialisé dans le Slow Food. Le Slow Food est un mouvement luttant contre le Fast Food et la malbouffe, et prônant la préservation et le plaisir de la cuisine écorégionale ainsi que les plantes, semences, animaux domestiques et techniques agricoles qui lui sont associés. Il a été fondé par Carlo Petrini, en 1986, en Italie. Depuis, le mouvement est devenu international. Ses principaux objectifs sont les suivants : S'opposer aux effets dégradants de l'industrie et de la culture du Fast Food qui standardisent les goûts. Défendre la biodiversité alimentaire au travers des projets de l'Arche du goût et des Sentinelles. Promouvoir les effets bénéfiques de la consommation délibérée d'une alimentation locale et de nourriture indigène. Promouvoir une philosophie de plaisir. Encourager le tourisme attentif et respectueux de l'environnement et les initiatives de solidarité dans le domaine alimentaire (écotourisme). Réaliser des programmes d'éducation du goût pour les adultes et les enfants. Travailler pour la sauvegarde et la promotion d'une conscience publique des traditions culinaires et des mœurs. Aider les producteurs-artisans de l'agroalimentaire qui produisent de la qualité.

 

En susurrant un Senor de Cascanto, bon nectar rouge espagnol, je médite sur les paroles de Charles Baudelaire : « Si le vin disparaissait de la production humaine, il se ferait dans la santé et dans l'intelligence un vide, une absence plus affreuse que tous les excès dont on le rend coupable. »

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Les Barcelonais décorent leur ville avec des lumières de Fêtes de Nouvel An originales …

Photo : Christian Brunier

20:20 Publié dans Tranches de vie | Tags : barcelone | Lien permanent | Commentaires (0)