30/04/2012

1er Mai ...

Je relis le discours,  que j'avais prononcé lors de la manif genevoise du 1er Mai 1996. 16 ans plus tard, il reste encore d'actualité ...

 

Chères amies, chers amis,

 

Aujourd'hui, la Fête, la belle Fête du travail, a un goût amer. En effet, comment ignorer la propagation du chômage, le développement de la pauvreté ou la montée du désespoir social ? La Suisse, 2ème pays le plus riche du monde, a pourtant le pouvoir de contrer ces fléaux. Ne rien entreprendre est un fatalisme inacceptable, une non-assistance aux personnes en danger social.

 

De plus en plus, la droite se range aux côtés de l'aile dure du patronat. Le débat concernant la loi sur le travail l'a prouvé une nouvelle fois. Démolissant tout compromis, la majorité bourgeoise a choisi la voie dangereuse de la déréglementation en promouvant le développement du travail de nuit et du dimanche sans véritable compensation.

 

En fait, la droite offre à ses amis patrons une arme contre les droits élémentaires des travailleuses et des travailleurs de ce pays. Dans un tel conflit, les blessures sociales risquent d'être très graves. Ainsi, cette loi odieuse permet par exemple au patronat :

          . d'exiger, sans autorisation, jusqu'à 500 heures supplémentaires par an et par employé-e;

          . de faire travailler le personnel la nuit sans aucun droit de compensation;

          . d'obliger le personnel de la vente à travailler six dimanches par an sans compensation.

 

De plus, le travail de nuit débutera à 23 heures au lieu de 20 heures.

 

Au nom de la mondialisation, du profit, de la performance et de la compétition tout est permis pour les détenteurs de l'économie. Le spectre du nouvel ordre mondial ne respecte que l'argent. L'être humain est réduit à une ressource, à un simple moyen de production que l'on jette sans vergogne pour délocaliser ou réorganiser.

 

Dans trop d'entreprises, les conventions collectives sont cassées, les salaires bloqués ou diminués, les licenciements multipliés et le rythme du travail accéléré. Le stress, l'insécurité et la déprime forment désormais le quotidien de trop de travailleuses et travailleurs. Jusqu'à quand allons-nous accepter l'inacceptable ?

 

Le monde du travail doit cesser de courber l'échine. Il doit prendre conscience de sa force. Les travailleuses et les travailleurs doivent se regrouper au sein des syndicats pour être plus puissants. Comprenons que sans nous, sans notre accord, le patronat ne peut rien entreprendre. Le personnel est la plus grande richesse qu'une entreprise peut avoir. Il est temps de durcir le ton et d'affirmer nos droits.

 

La crise économique ne doit pas permettre n'importe quoi. Si le dialogue entre les partenaires sociaux - que nous avons toujours privilégié - n'est plus possible, nous utiliserons d'autres moyens pour faire entendre notre voix. Si l'arrogance patronale refuse de tenir compte de nos préoccupations, c'est bien dans la rue que nous porterons nos revendications.

 

Evidemment, tous les patrons ne sont pas à mettre dans le même sac. Mes critiques visent ceux qui profitent de la conjoncture pour exploiter leur personnel, ceux qui ont cessé d'entreprendre pour abuser des mécanismes spéculatifs, ceux qui ont élevé la Bourse à l'état de temple. Cette logique financière est destructrice et violente. Elle appauvrit ici la population, affame le Tiers-monde et ruine l'environnement de la planète.

 

Nous, nous voulons un développement économique maîtrisé au profit des êtres humains et des entreprises véritablement citoyennes. Nous voulons un pouvoir politique capable d'être un contre-pouvoir à cette folie spéculative.

 

En Suisse, comme dans le monde, le nombre de fortunés augmente aussi vite que le désespoir social. Ceci n'est pas un hasard. La répartition des richesses est totalement inégalitaire. A Genève, 5 % des contribuables détiennent les 84 % de la fortune imposable.

 

Or, cette société à deux vitesses n'est pas une fatalité. Refusons l'univers impitoyable des actionnaires et des spéculateurs, construisons l'avenir - notre avenir - sur des valeurs d'éthique, de justice et de partage.

 

Pour lutter contre le chômage, la droite reste les bras ballants attendant désespérément le redémarrage de la croissance. Dans notre canton, depuis le début des années 90, plus de 30000 emplois ont disparu. Or le Conseil d'Etat monocolore ose affirmer dans les points soi-disant «positifs» de son bilan que «des entreprises de premier ordre s'installent à Genève et créent des emplois». Crier victoire dans ce domaine est d'une arrogance totalement indécente par rapport aux milliers de femmes et d'hommes qui cherchent désespérément un emploi. Certes il n'existe pas de remède miracle contre le chômage. Mais, ce n'est en tous cas pas l'inaction qui va nous permettre de sortir de la spirale du manque d'emplois.

 

Ce n'est pas non plus la diminution des budgets de l'enseignement et de la formation qui va nous aider. Nous devons développer une politique d'innovation et d'imagination en la matière qui passera obligatoirement par un meilleur partage du travail, du temps libre et des richesses. Dans ce contexte, il y en a sept qui risquent bien de perdre leurs jobs à l'Hôtel-de-Ville.

 

Genève a besoin d'une réelle politique en faveur de l'emploi. Les syndicats et la gauche ont émis plusieurs propositions allant dans ce sens. Cependant, la droite reste bien sourde à ces remèdes. Si seulement, les partis bourgeois et les milieux économiques mettaient autant d'énergie à combattre la crise, qu'ils en ont mis pour défendre les fortunés lors de la campagne sur les initiatives fiscales.

 

Pour la droite, le chant des sirènes de l'ultracapitalisme retentit plus fortement que le bruit des soucis de la population. En cette période de dénigrement de l'être humain, la résistance contre l'ultralibéralisme n'est pas une réticence aux changements mais bien une résistance contre un retour en arrière. Nous ne voulons pas d'une société construite sur l'égoïsme, d'une jungle à la «De Pury ».

 

Et ne nous laissons pas piéger par les tentatives de culpabilisation de nos adversaires. Savoir dire Non, défendre les acquis ne sont pas des combats ringards. S'opposer aux supporters de l'odieux «Livre blanc» - aux hooligans de l'argent - est au contraire une preuve de modernisme.

 

Quand on apprend que le PDG de la société AT&T a empoché 20 millions de francs suisses l'an passé alors qu'il a parallèlement viré 40000 employés, comment ne pas dire : Stop ! Quand on sait que des sociétés distribuent des dividendes records alors qu'elles renvoient leurs employés par charrettes entières, comment ne pas dire : Trop c'est trop !

 

Oui, nous en avons marre du culte de la rentabilité, de la loi de la compression du personnel. La résistance contre ces  drogués de la productivité est d'autant plus urgente que le risque de transformation de cette dictature économique en dictature politique n'est pas improbable. En effet, pour protéger leurs richesses indécentes, leur opulence face à ceux qui n'ont plus grand chose, les privilégiés sont tentés de recourir à l'Etat policier. Aux Etats-Unis, par exemple, les plus riches construisent désormais leurs propres villages, de petites cités presque idéales, qu'ils entourent de cordons sécuritaires.

 

Après le mur de Berlin, c'est maintenant le mur de l'argent qui s'élève entre les différentes classes sociales. Combattre le capitalisme sauvage à présent, c'est défendre la liberté de demain! Mais, au-delà de notre force d'opposition, nous devons valoriser notre puissance de proposition afin de construire les bases d'une nouvelle société.

 

La gauche, les syndicats, les associations, le mouvement social sont des réservoirs fantastiques d'idées novatrices. Imaginer le futur pour qu'il soit meilleur - pour qu'il soit ouvert à tous - est l'un des objectifs des forces de progrès. Changer la vie n'est pas un rêve révolu, une utopie irréaliste. C'est l'essence de notre combat. La sauvagerie du libéralisme économique doit être une parenthèse qui doit se refermer au plus vite. Cadences infernales, dégraissage, restructuration, chômage, exclusion : voici ce que nous offre le libéralisme économique. Ca suffit ! Cette façon de vivre n'est pas celle que nous désirons.

 

Comme alternative, notre volonté est de mettre en place un projet solidaire qui place enfin l'être humain au centre de toute préoccupation. Nous repoussons la pensée unique du libéralisme économique. Nous ne nous laisserons pas enfermer dans un sectarisme idéologique, dans l'uniformisation des consciences bien rabotées dans le moule du capitalisme sauvage. Nous disons un Non ferme à ce prêt-à-penser institué par les nantis. Le progrès passe par la multiplication des idées, par la richesse de la différence et par les couleurs de la diversité.

 

Le lancement d'un référendum contre la nouvelle loi sur le travail va parfaitement dans ce sens. Uni, décidé à défendre ses droits et à construire une économie différente, le monde du travail est maintenant en mouvement pour s'élever contre toutes ces injustices.

 

Non à l'ultralibéralisme, Non au Nouvel Ordre mondial, Oui à la solidarité, Oui à une société plus humaine tels sont les messages que nous devons transmettre en ce jour de 1er Mai !

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28/04/2012

Abolissons définitivement l'esclavage !

Hier, un peu trop discrètement, nous avons fêté le 164ème anniversaire du deuxième décret de l'abolition des l'esclavage en France, signé le 27 avril 1848 par le gouvernement provisoire de la seconde République, sous l'impulsion de Victor Schoelcher.

 

En 1789, la Révolution française avait lancé le grand mouvement de l'abolition de  l'esclavage. Ensuite, durant les 18ème et 19ème siècles, toute une série de pays ont suivi ce mouvement abolitionniste. Cette volonté de rendre égaux les êtres humains a d'ailleurs vu son prolongement dans de nombreux écrits officiels, notamment dans la Convention internationale sur l'esclavage ou la Déclaration universelle des droits de l'homme qui affirme dans son article 4 : « Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes. » On se souvient particulièrement du décret sur l'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848 impulsé par le Français Victor Schoelcher et la fin de l'esclavage aux Etats-Unis proclamée, le 1er janvier 1863, par le Président Abraham Lincoln, entraînant l'émancipation de 3 millions d'esclaves noirs, devenant ainsi citoyens américains.


Mais, cette libération a souvent été déclenchée par la révolte des esclaves eux-mêmes. A de multiples reprises, les esclaves se sont soulevés et ont lutté avec un courage exceptionnel.

L'esclavage est l'un des points noirs de l'histoire de l'humanité. Acte de cruauté et de domination humainement inacceptable, l'esclavagisme a humilié, torturé et tué des millions d'enfants, de femmes et d'hommes. Privés de liberté, soumis à la tyrannie, les esclaves ont été utilisés comme de simples objets, achetés et vendus, pour accomplir des travaux forcés et subir des actes de violence ou des abus sexuels.


La forme moderne de l'esclavage


L'esclavage pourrait être un vieux mauvais souvenir de l'histoire. Malheureusement, dans une hypocrisie générale, ce fléau continue, s'adaptant aux désirs les plus pervers de la société moderne. L'UNICEF estime que près de 200 millions d'enfants sont exploités, actuellement, dans le monde. Ce chiffre affligeant s'additionne aux millions d'adultes qui vivent le même sort. Pour survivre, des personnes sont vendues, d'autres sont carrément enlevées pour servir de main-d'œuvre à bon marché ou pour devenir des esclaves sexuels.

De la jeune fille venant des pays de l'Europe de l'Est pour être utilisée comme un objet sexuel à l'enfant prostitué victime de la pédocriminalité, des enfants du sud fabriquant des chaussures de sport dans des conditions inhumaines aux clandestins travaillant 17 heures par jour, 7 jours sur 7, au fond d'une cave, l'esclavage est partout. La prostitution cache, dans bien des situations, des cas d'esclavage. Plus de cinq millions d'êtres humains se prostituent dans le monde, dont plus de deux millions de mineurs. Le travail clandestin et les fournisseurs d'emplois au noir favorisent aussi des cas d'esclavage. Les mafias et les réseaux d'immigration clandestine ont remplacé les vendeurs d'esclaves.


Le germe de l'horreur reste le même. Une petite partie de l'humanité continue à exploiter et à maltraiter d'autres êtres humains pour s'enrichir, se servant de la détresse des plus humbles. Parler aujourd'hui de l'abolition de l'esclavage, c'est surtout ouvrir les yeux sur les humiliations actuelles que vivent des millions de personnes à travers le monde, et parfois tout proche de nous. C'est apprendre de l'histoire pour corriger le présent ! La prise de conscience de l'opinion publique et sa mobilisation contre ce fléau sont garantes d'un changement profond de notre société. Alors utilisons ce pouvoir collectif pour dire NON à l'esclavage sous toutes ses formes.


A titre individuel, nous avons aussi des possibilités d'action. En tant que consommateur ou en tant que citoyen, nous avons une responsabilité et des moyens d'agir. Choisir un produit avec un label social démontrant qu'il a été fabriqué dans un contexte de respect des conditions de travail est, par exemple, une possibilité de s'engager contre une forme d'esclavage. Espérons que le 21ème siècle sera enfin celui de l'abolition véritable et définitive de l'esclavage !

26/04/2012

Salut l’artiste …

J'apprends, avec tristesse, le décès, au bel âge de 93 ans, de Jo Johnny.

 

Le chansonnier, comédien, humoriste, chanteur, animateur, artiste de music-hall, Jo Johnny, de son vrai nom John Giraud, est né le 8 novembre 1919 à Genève. Formé à la musique et à la rythmique par Emile Jaques-Dalcroze lui-même et à la comédie au Conservatoire de Genève, il débute sa carrière dans le théâtre de boulevard.

 

Il aligne des dizaines de pièces de Courteline, Feydeau ou Achard. Très vite, vu son apparence bonnarde, il rentre à la Revue genevoise, dont il devient un pilier. Il participe une quinzaine de fois à la Revue sédunoise. Pour le journal « La Suisse », il monte et anime le Podium de la bonne humeur, qui tourne dans 36 localités de Suisse romande. Il s'engage également dans une vingtaine d'opérettes, dont « La Vie parisienne », « Dédé », « PhilPhi », « L'Auberge du Cheval Blanc » ou « La fille du régiment ». Il joue aussi au Châtelet à Paris. Nous le voyons dans un tas d'émissions de divertissement de la télévision.

 

Homme orchestre, il est un touche-à-tout de l'amusement artistique. Il passe de scène en scène. Il anime des soirées, joue des pièces, mène des revues, chante des airs drôles et frivoles, monte des one-man-shows et écume les cabarets.

 

Figure de Genève, il caricature à merveille les personnages du bout du Lac Léman et exagère l'accent des Pâquis. Le temps passe, mais il reste éternellement jeune. Joyeux sur scène, il reste agréable en coulisse. Pour avoir eu le plaisir de l'accompagner en tant que saxophoniste une fois à l'ancien Palais des expos de Genève pour animer une soirée et  une autre fois à la Salle des Fêtes de Thônex à l'occasion d'un spectacle de chant offert à un public d'aînés, j'ai pu apprécier la chaleur humaine du bonhomme. Il a joué avec plusieurs grandes figures du spectacle telles qu'Edith Piaf, Mistinguett, Charles Trénet, Fernandel ou Bourvil. Il a même fait un petit tour au cinéma, jouant le rôle d'un paparazzi dans un fil de Louis Malle.

 

Genève vient de perdre un bout de son histoire. Salut l'artiste ... Le spectacle continue ...

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24/04/2012

Salut Michel !

Mon ami Michel Chevrolet est mort trop tôt, à 39 ans.

Nous étions politiquement souvent en désaccord. Mais, nous avions une plateforme unitaire, un programme commun : les plaisirs de la vie.

Je me souviendrai à tout jamais des soirées Chevrolet, ces événements festifs qui ont tant créé de fantasmes chez les grands jaloux qui n'y étaient pas invités.

Michel, t'étais un grand cœur. Tu vas vachement nous manquer ...

20:57 Publié dans Amis - Amies | Tags : chevrolet | Lien permanent | Commentaires (0)

21/04/2012

Boire un petit coup c’est agréable

« Ô mes amis versez dans la coupe où je bois,

barbouillez de rubis l'ambre de mon visage.

Mort, lavez-moi de vin et, suprême cépage,

la vigne à mon cercueil daigne fournir le bois ! »

Omar Khayyam, philosophe, écrivain et savant perse,

traduit par Maurice Chapelan

 

Plusieurs fondamentalistes islamistes prônent l'interdiction de l'alcool. En lisant les textes fondateurs de la religion musulmane, cette prohibition est plus qu'ambigüe.

 

Dans le Verset 43 de la Sourate An-Nessa, nous pouvons lire « Ô les croyants ! N'approchez pas de la Salat (prière) alors que vous êtes ivres (...) » Certes, on recommande de ne pas prier saoul, mais on est loin de la totale interdiction. L'ivresse est reconnue dans cet extrait de texte, et non pas refoulée. En outre, ce Verset a par la suite été abrogé.

 

Le Coran mentionne le vin comme une récompense offerte aux Musulmans en arrivant au Paradis. Des crus rares, exquis et abondants sont au programme. Dans le Coran, le Paradis se dessine, sans goût de bouchon : « (...) Il y aura là des ruisseaux d'une eau jamais malodorante, des ruisseaux d'un lait au goût inaltérable et des ruisseaux d'un vin délicieux à boire, ainsi que des ruisseaux d'un miel purifié. » Dans certaines traductions, il est évoqué « des ruisseaux de vin, volupté pour les buveurs ».

 

Nous imaginons mal qu'un produit puisse être diabolisé pour les vivants et glorifié pour les morts. Dans un quatrain du poète Omar Khayyam, traduit par Jean Rullier, cette ambiguïté est illustrée avec finesse : « Le Paradis est plein de belles sans défaut, dites-vous ? Et le miel et le vin y abondent. Pourquoi proscrire alors tous les biens de ce monde, si notre fin dernière est d'en jouir là-bas ? »

 

D'ailleurs, plusieurs nations musulmanes produisent d'excellents nectars, comme le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, l'Egypte, la Jordanie ou le Liban.

 

Les Musulmans aimant le vin, les zabrata (les buveurs), le boivent par plaisir des bons crus, lors des fêtes pour créer de la convivialité, et aussi pour des raisons médicales. Abou Bajr Ar Râzî était un médecin et philosophe musulman, référence médicale du monde arabe, connu en Occident sous le nom de Rhazès. Il préconisait, au IXème siècle, de boire du vin dans les « conditions prescrites par l'art médical ».

 

Le poète Abû Nuwâs glorifiait le vin dans ses écrits. Ses histoires d'amour et ses odes à la liberté étaient toujours parsemées de pensées bachiques : « Pur esprit est le vin libre de toute onde, qu'à travers les os il se répande ! »  Il célébrait le vin de Karkh ou celui de Babylone. La chanteuse Juliette Noureddine a même composé une mélodie sur cet auteur glorifiant le nectar de Bacchus : « L'ivresse d'Abû Nuwâs ».

 

Le vin de Karkh était dégusté à Bagdad par les libres-penseurs. Ils interprétaient le Coran avec une vision progressiste et moderne. Pour eux, l'ivresse les conduisait à l'extase et à la connaissance suprême, élevant leurs âmes à la connaissance spirituelle.

 

L'humoriste français, d'origine maghrébine, Jamel Debbouze milite dans ce sens : « Le vin, comment peut-on nous l'interdire ? C'est une boisson tellement incroyable. »

 

Les plaisirs œnologiques aidèrent parfois le Prophète. Le père de Khadîja refusait le mariage de sa fille avec le Prophète Mahomet. Pour obtenir l'accord paternel, Khadîja l'enivra le jour de la demande en mariage. Cette décision positive, prise sous la gaieté de l'alcool, permit un mariage heureux.

 

La consommation de vin est, parfois, comparée à l'amour divin. Ces deux situations peuvent conduire à l'ivresse, à se sentir porté vers une plénitude.

 

Jésus, prophète reconnu par l'Islam, imageait son sang à travers le vin. Lors de la Sainte Cène, Jésus présenta une coupe à ses disciples et  dit : « Buvez, ceci est mon sang. »

 

Abu Al-Hassan Ali ben Nafi, dit Ziryâb, né dans le village kurde de Massoul en 789 et décédé à Cordoue en 857, est l'une des figures de l'histoire de la musique arabo-andalouse. Hédoniste, il est considéré comme le créateur de l'ordonnancement des repas, en vigueur encore à ce jour : entrée, plat principal, dessert. Il n'oublia pas le vin, accompagnateur, selon lui, des banquets réussis.

 

A la fin du Xème siècle, début du XIème, Mahmoud de Ghaznî dirigeait l'Empire ghaznévide. Cet Etat musulman sunnite s'étendait, plus ou moins, sur le territoire actuel de l'Afghanistan. Bon musulman, Mahmoud festoyait et le vin coulait à flots durant ses soirées. Ce breuvage faisait disparaître, selon lui, ses soucis.

 

A la Cour ghaznévide, le poète Farroxi clamait les effets stimulant du vin sur le désir. Les amoureux étaient transportés par les effluves alcoolisés des doux nectars : « Lorsque les amoureux, ensemble, boiront au jardin à la vue d'amis, l'un assis sur l'herbe, la coupe pleine de vin, l'autre se reposant sous les fleurs, à l'ombre de la rose épanouie, le narcisse essaiera d'ouvrir ses yeux ivres de sommeil. »

 

Dans le célèbre ouvrage populaire perse du XIIème siècle, Samak-e Ayyâr, écrit par Farâmarz Arrajâni, les liens de fraternité passent par d'incessantes soirées avinées.

 

Au XIIème et au XIIIème siècle, le poète égyptien Omar Ibn Al-Faridh glorifiait l'ivresse : « Nous avons bu en mémoire de l'aimé un vin qui nous fit ivres avant que fût créée la vigne. »  L'amour des bons crus faisait partie des agréments de son existence : « Il n'a pas vécu ici-bas, celui qui a vécu sans ivresse. » Cette belle plume rédigea « L'Eloge du vin » (Al Khamriya), un poème mystique bachique. Malgré ses écrits sulfureux sur le pinard, la tombe de ce grand auteur est l'une des sept places où l'on récite le Coran, en Egypte, durant le Ramadan.

 

Le vin était, pour l'érudit Lâhijî : « l'extase qui transporte le croyant hors de lui-même à l'apparition des irradiations du Bien-Aimé. » L'auteur musulman mystique Bâyazîd Bistami utilisait le vin comme illustration ou symbole de l'unicité divine : « Je suis le buveur, le vin et l'échanson. Dans le monde de l'Unification, tous sont un. »

 

Hafez, de son véritable nom Khouajeh Chams ad-Din Mohammad Hafez-e Chirazi, philosophe et poète persan du XIVème siècle, apprit par cœur l'ensemble du Coran. Il reste d'ailleurs une référence de cette religion. Son mausolée, sis dans un jardin de Chiraz en Iran, figure parmi les lieux de pèlerinage prisés de l'Islam. Imageant les mots avec une imagination incommensurable, il écrivit, lui aussi, sur le vin avec talent : « La nuit dernière, j'ai vu les anges qui frappaient à la porte de la taverne. Ils pétrissaient l'argile d'Adam pour en façonner des coupes. Ceux qui résident au sein des invisibles, des purs de l'univers angélique, ont partagé avec moi, le vagabond des rues, le vin de l'ivresse. »

 

Mowlavi relia le vin et Dieu : « Ô échanson, enivre le buveur avec le vin de Dieu. Sers le vin de ce maître au cœur embrasé. (...) Quiconque boit à la même coupe que l'invité divin est un ange. Pour les hommes de bien, c'est du ciel que descend le vin. L'ami intime de Dieu boit du vin exquis dans ces coupes. C'est dans l'amphore de la dévotion que se puise le vin pur. Comment l'homme lucide comprendrait-il l'inconscience de ceux qui sont ivres ? » Mohammad ebn Mohammad Balkhi, connu aussi sous le nom de Jalâl al-Din Rûmi, surnommé Mowlavi, était un grand homme de lettre. Mais, il possédait de surcroît une parfaite connaissance du Coran, comme le relatait l'écrivain Shams Tabrizi. Originaire d'une famille de Balkh, dans le nord de l'Afghanistan, Mowlavi, poète du XIIIème siècle, figure de la littérature persane, était un auteur, un voyageur et un théologien respecté.

 

Le territoire libanais actuel n'a-t-il pas été le premier vignoble de l'histoire, dans la plaine de la Bekaa ? Le Liban produit, aujourd'hui, plus de 8 millions de bouteilles par an. Oui, les terres de l'Islam sont le berceau du vin.

 

Quel bonheur de boire un Muscat de Kelibia produit par les vignerons de Carthage sous le soleil tunisien généreux. Le Vieux Magon est un cru exceptionnel de Tunisie. Quel délice de regarder la robe violacée d'un grand cru des Châteaux de l'Atlas Premier Cru, appellation d'origine contrôlé du Maroc, à proximité de Meknès. Quel plaisir de tremper ses lèvres dans un Château Musar, le nectar libanais produit à proximité de Beyrouth. Que dire encore des Grands Crus du Château de Mornag, s'étendant sur les régions tunisiennes de Takelsa et Grombalia ?

 

Les Celliers de Meknès, au Maroc, produisent 27 millions de bouteilles, chaque année. 26 millions sont bues dans ce magnifique pays.

 

Le vin n'est pas le seul alcool produit par des Musulmans. La bière marocaine n'est pas mal du tout. La Celtia est une bière brassée à Tunis. La Mahia et la Boukha sont de fins alcool de figues que nous trouvons dans plusieurs pays musulmans. L'Alkermès est une liqueur de cannelle et de girofle. On déniche encore le Zammu, liqueur à l'anis ; des liqueurs de citron ou des alcools d'orange.

 

J'ai même vu dans les rues de Jérusalem que Taybeh, marque de bière palestinienne, organisait l'Oktoberfest, reprenant le nom de la Fête de la bière de Munich. A quand l'organisation par le Hamas d'un séminaire sur le féminisme ?

 

Malek Chebel, dans son « Dictionnaire amoureux de l'Islam », décrit l'ambiance des gargotes musulmanes : « Dans les tavernes, à Bagdad ou à Damas, comme au Caire, à Tanger, à Alger ou à Istanbul, on buvait du vin, savourait pleinement les nourritures terrestres saines et variées, et l'on ne quittait la table que saoul et sans boussole. »

 

Plusieurs buveurs musulmans et viticulteurs épris d'Islam revendiquent des extraits de la Sourate 16, pour justifier leur passion viticole : « Puis mangez de toute espèce de fruits, et suivez les sentiers de votre Seigneur, rendus faciles pour vous. De leur ventre, sort une liqueur, aux couleurs variées, dans laquelle il y a une guérison pour les gens. Il y a vraiment là une preuve pour des gens qui réfléchissent. » « Parmi les fruits, vous avez le palmier et la vigne, d'où vous retirez une boisson enivrante et une nourriture agréable. Il y a dans ceci des signes pour ceux qui entendent. »

 

Une devise de l'Egypte ancienne disait d'ailleurs : « Ne t'arrête pas de boire de la bière, de manger, de t'intoxiquer, de faire l'amour et de célébrer les jours de fête. » De sacrés foireurs ces voisins du Nil.

 

Dans « L'Anthologie du vin et de l'ivresse en Islam », Malek Chebel montre les variations de vue de la religion musulmane vis-à-vis de l'alcool selon les pays, les époques et les penseurs. L'ambivalence est à son comble.

 

Mahomet redoutait les excès d'alcool et l'arrivée de personnes saoules dans les lieux de prières. Il pensait que l'alcool détournait l'attention des croyants de la religion. Cette prudence a été transformée en interdiction stricte. Plusieurs musulmans ne peuvent voir Allah en tyran. Pour eux, un Dieu si bon ne peut pas prohiber un excellent produit, qu'il aurait créé.

 

En lisant la doctrine musulmane avec ouverture d'esprit et sens prospectif, afin d'encourager l'évolution des textes ancestraux, nous pouvons convenir à une prudence par rapport à l'abus d'alcool, plutôt qu'à une pure interdiction.

 

Christian Brunier, ancien député socialiste

15:59 Publié dans Islam | Tags : vin, islam, musulman | Lien permanent | Commentaires (0)

20/04/2012

Festival de Jazz de Cully

Nous assistons au concert de Melingo. Cet Argentin est l'as du tango déjanté. Nous avions découvert ce talent au Théâtre antique d'Arles. Le grand Melingo, un bohème de Buenos Aires, trempé dans le tango, la dérision, la déraison et le rock contestataire de l'Underground. Le révolté argentin qui avait quitté courageusement son pays pour échapper à la dictature militaire, chante en Lunfardo, l'argot populaire de la Capitale argentine. Il aligne les chants canailles, accumule les pitreries et jubile sur scène. Il additionne le talent musical et une overdose d'humour.

 

Dandy déjanté, ses éclats de rire et sa voix roque font mouche. Il nous administre une bonne tangothérapie, mélange savant de joie et de mélancolie, de sensualité et de rébellion. Virtuose de la clarinette et du chant, voire gratteur de guitare, Daniel Melingo déploie avec charisme ses péripéties personnelles et se mute devant nous en un héro romanesque. Certains le disent fou. Il est tout simplement un artiste complet, sorte de clown, rendant la poésie follement drôle et le tango tellement actuel.

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23:01 Publié dans Culture | Tags : tango, jazz | Lien permanent | Commentaires (0)

15/04/2012

Avant le Champagne de dimanche prochain …

« Je n’aime pas le vin. Je bois du Coca light », balance Nicolas Sarkozy. Ne pas aimer le pinard est une perte de plaisir dommageable, tant ce nectar peut s’avérer délice. Ce non-amour pour les œuvres viticoles est assurément un handicap dans l’un des pays phares de la production de ce magnifique produit. Mais, horreur ! Troquer ce rince-gorge divin par du Coca light est la preuve éloquente d’un mauvais goût, illustratif parfois de ses discours. Cette cuvée présidentielle a incontestablement le goût de bouchon.

 

Tandis que Sarkozy dit préférer le Coca light au vin, François Hollande s’écrie, dans le magazine "Terre de vins" : « La dégustation de vin est pour moi synonyme de convivialité, en famille ou avec des amis. C’est le plaisir et la découverte. Nous avons la chance en France d’avoir un terroir exceptionnel, riche de grands crus et de vins plus accessibles. »

 

Encore une bonne raison de voter Hollande !