03/10/2012

Le cap vert de Hollande

« Je soutiendrai la mise en place d’une Organisation mondiale de l’environnement. »

François Hollande

 

François Hollande avait été relativement discret, voire trop, sur le dossier de l’écologie lors de la campagne électorale des Présidentielles. Certes, plus engagé que son adversaire de droite, mais tout de même un peu léger. Une ambition excessivement forte figurait pourtant parmi ses 60 engagements pour la France : « Je veux faire de la France la nation de l’excellence environnementale ! »


Dans son discours de clôture de la Conférence environnementale 2012, le Président de la République française a mis le cap sur le vert, avec une détermination à la hauteur des défis environnementaux colossaux que doit affronter l’humanité, si elle souhaite survivre. Comme l’a scandé François Hollande, le changement climatique n'est pas un mythe ou une opinion, mais un fait scientifique.

 

Le Chef de l’Etat a sifflé la fin de la récréation sur le dossier du gaz de schiste, sur lequel divergeaient nombre de personnalités de sa majorité. Il n’y aura pas d’exploitation des gaz de schiste par technique de fracturation de la roche durant son quinquennat. Les sept demandes de permis d’exploiter en cours d’étude seront rejetées.

 

Dans le même élan, l’urgence est à la diminution de la part du nucléaire dans l’approvisionnement énergétique catastrophique de la France. Elle devra passer de 75% à 50% d’ici 2025. Pour compenser ce gap, les priorités iront aux économies d’énergies et à la promotion des énergies renouvelables. Un vaste programme d’assainissement thermique concernera un million de logements, passoires énergétiques actuellement. Un grand parc éolien maritime sera construit. Une tarification progressive des consommations d’énergies sera mise en œuvre, pour  inciter à une utilisation rationnelle des énergies. Dans son élan, Hollande a confirmé l’arrêt de la vieille centrale atomique de Fessenheim à fin 2016, avec en accompagnement un programme de reconversions de tous les emplois concernés. Une loi de programmation de la transition énergétique sera présentée à l’Assemblée nationale et au Sénat avant la fin 2013.

 

François Hollande a assuré qu’une part des fonds de la banque publique d’investissement sera dédiée au developpement des énergies renouvelables. « Il est urgent d'engager une véritable politique du renouvelable en France », a ajouté le Président de la France, en voulant rattraper les retards actuels dans ce domaine crucial.Il précise encore : « La banque publique d'investissement sera la banque de la transition écologique ».

 

L’engagement est précis. Le Président « normal » veut restreindre fortement les gaz à effet de serre dans son pays, de 40% d’ici à 2030, de 60% d’ici à 2040.

 

Une Agence nationale de la biodiversité verra le jour. Le programme de Hollande se déclinera de surcroît en de nouvelles créations de réserves naturelles dans l’Hexagone et dans une stricte application de leurs réglementations.

 

La protection des océans et l’avancement du droit de la haute mer seront aussi des combats de la Présidence française.

 

La politique agricole française et européenne évolueront vers un verdissement bien nécessaire. Le moratoire national sur la mise en culture de semences OGM a été confirmé, y compris pour celles autorisées par l’Union européenne.

 

Plusieurs pistes de fiscalité verte sont à l’étude. Moins taxer le travail en instaurant le principe du pollueur-payeur est une ambition socialiste. « Je souhaite que, sur tous les produits, nous puissions avoir une incitation sur la base du bonus-malus. Le prix du carbone doit s'inscrire dans cette croissance verte à condition d'en faire une condition pour les économies développées », a expliqué le Président Hollande.

 

Ces objectifs environnementaux sont, de plus, des signes positifs pour l’emploi. On sait que les investissements environnementaux sont des leviers très efficaces de créations de places de travail. Pour François Hollande, la protection de l’environnement ne doit plus être considérée comme une conrtainte, mais bien comme une magnifique opportunité, capable de dessiner un nouveau modèle économique. L’ambition écologique doit devenir un levier de la croissance, une croissance verte plaçant l’être humain au centre des préoccupations et non le profit à n’importe quel prix.

 

Au niveau international, après la déception du sommet Rio+20, qui devait accélérer la dynamique de celui de Kyoto, François Hollande s’impliquera dans l’élaboration d’accords internationaux concrets et contraignants sur le climat. Sa parole a été marquée par une interrogation majeure pour l’avenir de la Terre : « Serons-nous solidaires des générations à venir ou trop cupides, trop avides, pour laisser à nos enfants un fardeau que nous aurons alourdi de nos égoïsmes ? »

 

La transition écologique se concrétise et s’inscrit dans le cœur de l’action gouvernementale impulsée par François Hollande. L’écologie fait partie d’une nouvelle politique cohérente et axée sur une alternative de développement. « L’environnement n’est pas séparable du redressement productif, de la réduction des inégalités. La transition que je propose est un choix de développement, une conception du monde », a martelé le Chef de l’Etat. L’écologiste Nicolas Hulot a jugé cette allocution  présidentielle comme « une vraie rupture de ton du pouvoir envers les enjeux environnementaux. »

 

« La Terre n’est pas un don de nos parents ; ce sont nos enfants qui nous la prêtent », écrivait Antoine de Saint-Exupéry. Cette vision confère une sacrée responsabilité aux décideuses et décideurs de ce monde, celle d’un développement durable, équilibré et solidaire. François Hollande inscrit enfin l’ambition de la gauche française dans ce mouvement indispensable pour l’avenir des générations futures. L’éco-socialisme est en marche.

 

Désormais, ces bonnes intentions doivent se transformer en actions concrètes. Il faudra dégager les moyens en adéquation avec ces buts écologiques essentiels. Le cap vert  est fixé. Reste à dégotter les bons courants et les vents performants pour que celui-ci devienne réalité, et ne reste pas, comme le Grenelle de l’environnement de Nicolas Sarkozy, qu’un inventaire de pâles promesses.

 

 

Christian Brunier, ancien Président du Parti socialiste genevois

20:57 Publié dans Ecologie | Lien permanent | Commentaires (0)

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