05/01/2013

Fêter son anniversaire au Palais de l’amour

« Qui a un véritable ami n’a pas besoin de miroir. »

Proverbe hindi

 

 

Nous passons notre troisième jour en Inde.

 

Dans ce pays, il est normal que mon livre de chevet soit la biographie de Mahatma Gandhi écrite, sans complaisance, par Jacques Attali. Dans mon Panthéon perso, Gandhi a toujours occupé une place privilégiée. Bien sûr, un type qui refoule les plaisirs de la vie, qui renonce à l’amour physique et qui boycotte les bons alcools ne peut pas être un modèle pour un épicurien comme moi. Ce qui m’attire vers lui est sa philosophie non-violente, son amour sans fin pour la liberté, son engagement pour l’autodétermination des peuples, sa gigantesque humanité et son insoumission. Son courage a vivifié l’utopie. Les vieux cons qualifient l’utopie de croyance farfelue irréaliste. L’utopie est, au contraire, l’espoir des bonnes choses qui ne sont pas encore arrivées et pour lesquelles il est bon de se battre. C’est l’ambition des humanistes !

 

Franchir les portes du Palais de l’amour, le Taj Mahal, le jour de l’anniversaire de ma chérie est tout un symbole. L’empereur moghol Shâh Jahân fit construire ce palais de marbre blanc, en 1631, par plus de 20'000 ouvriers, en mémoire de son épouse Arjumand Bânu Begam, surnommée Mumtaz Mahal, le grand amour de sa vie, décédée en accouchant de son 14ème enfant.

 

Dominant la rivière Yamunâ, ce Patrimoine de l’humanité, inauguré en 1643, au terme de 12 ans de travaux selon la littérature lue avant d’y aller,  20 ans selon notre guide local, est l’une des merveilles du monde. Cet époustouflant monument se reflète, tout en sublimation, les jours de soleil, dans le Bassin du Lotus, qui s’étend devant l’édifice, signature de l’amour. Son nom provient de ses jets d’eau en forme de fleur de lotus. Aujourd’hui, le brouillard trouble les cartes. Le froid aussi. Nous pensions, à la lecture de plusieurs sites Web et d’ouvrages consacrés à l’Inde, vivre des températures stables entre 23 à 25 degrés la journée, avec des soirées froides. Là, le baromètre affiche 4 degrés en matinée et les températures dépassent rarement les 17 à 18 degrés en pleine journée, si le soleil montre son pif. Un Indien nous interpelle : « S’il fait froid pour des Suisses, il fait très froid pour les Indiens. » Ici, l’hiver dure 10 à 20 jours par an. Nous sommes tombés en plein dedans. Belle performance !

 

Le prestigieux bâtiment se dresse au cœur d’un impressionnant jardin moghol de 17 hectares. Ce site est considéré, à juste titre, comme le plus important joyau de l’art indo-islamique. Ce gracieux édifice se veut l’illustration du paradis. Le marbre blanc symbolise la Lumière, tant  citée dans les écrits coraniques. Les multiples fleurs sculptées sont l’évocation des plantes luxuriantes du nirvana. Les versets du Coran décrivent, eux aussi, souvent le paradis.

 

Ici, la parole de Mahomet résonne : « Quelles sont les meilleures de toutes les actions ? Réjouir le cœur d’une personne, nourrir celui qui a faim, aider celui qui est éprouvé, alléger le chagrin de celui qui est chagriné, et alléger les souffrances de celui qui est blessé. »

 

Projetant sa grâce vers le ciel, cet éblouissant Taj, bien qu’étant un lieu musulman, est aimé par tous les Indiens, de toutes les religions ou totalement athées. Cette adoration partagée symbolise l’unité humaine, l’addition si riche de nos différences. Les Musulmans ne composent que 13,3% de la population indienne. Malgré ce petit pourcentage, mais vu l’ampleur du pays, l’Inde est le second pays musulman de la planète. 79,9% sont Hindouistes.

 

Dans le parc du Taj Mahal, les arbres abritent des nuées de perruches aussi bruyantes qu’une meute d’adolescentes dans les trams genevois.

 

Les touristes sont peu nombreux en Inde (6,3 millions en 2011 contre 81 millions en France). Nous avons l’impression qu’ils sont rassemblés ici, même si l’organisation, parfaite, évite les amas de foule et les queues d’attente. Il y tellement de monde qu’on se croirait à un match du Servette FC. En sortant, nous saluons les vaches sacrées. Elles portent bonheur !

 

Le guide, habitant Agra, éminemment cool, nous confie qu’il vit avec toute sa famille dans la même maison, soit 56 personnes. L’esprit de tolérance et de non-violence existe encore en vigueur en Inde.

 

Notre guide nous conduit dans une marbrerie. Les travailleurs du lieu bossent avec une précision admirable. Ils sculptent le marbre avec des outils d’orfèvres et incrustent des pierres en finesse. Le Guide du Routard avertit : « A Agra, pour avoir l’assurance de ne pas se faire rouler, un seul conseil : ne rien acheter. Tous les vendeurs ne sont pas des brigands, mais beaucoup sont de gros arnaqueurs. » Exceptionnellement, nous ne suivons pas son conseil et achetons un plat merveilleux en marbre décoré par de belles pierres formant de délicates fleurs. Nous ne savons pas si nous avons été un peu ou beaucoup roulés. On s’en fout ! Cet achat nous plaît, est beau et unique. Tout le monde doit vivre, d’autant plus le jour de l’anni de ma belle.

 

Visite du Mausolée d’Itimâd-ud-Daulâ, le baby Taj. Ce mausolée construit, avant le Taj Mahal, a été le premier monument d’Inde construit en marbre blanc. Il est son édifice d’inspiration. Ce tombeau, magnifiquement beau, a été construit sous l’impulsion de Nûr Jahân, l’épouse de Jahangir, en hommage à son papa Mirza Ghiyas Beg, nommé Itimâd-ud-Daulâ. Cet homme est aussi le grand-père de Mumtaz Mahal, l’héroïne du Taj Mahal. Itimâd-ud-Daulâ  est célébré, de plus, en tant que grand serviteur de l’Etat. Ce monument est plus petit que le Taj Mahal, mais beaucoup plus travaillé.

 

Glacés, nous regagnons notre hôtel. Buvons un vin rouge indien, « Seagram’s Ninehills Shiraz, pour fêter ma chérie. 

 

Dînons dans l’un des restos de l’Hôtel « Le Latitude ». Ariane reprend des mezze libanais. Le poulet Morena, une spécialité locale, assez forte, comme j’adore, sera mon choix.

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