05/02/2013

L’abandon de la parité stricte fait grincer des dents au PS

Dans le journal « Le Courrier », de ce jour, sous la signature de Christiane Pasteur et Mario Togni :

 

Egalité - Adopté par une large majorité des socialistes en Ville de Genève, l’assouplissement des règles pour les listes électorales ne fait pas l’unanimité.

 

Au PS, ce débat finit toujours par ressurgir, même quand on ne l’attend pas. La semaine passée, la section Ville de Genève du Parti socialiste décidait de supprimer la règle de parité stricte sur les listes électorales, inscrite dans ses statuts depuis 2005. Elle disparaît purement et simplement pour le Conseil administratif (exécutif), alors qu’elle est assouplie pour le Conseil municipal: le sexe le plus représenté ne devra pas dépasser 60%. Cette option a été choisie parmi quatre variantes émises par le groupe égalité du PS cantonal.


Approuvée par une large majorité de l’assemblée, la réforme ne fait pas pour autant l’unanimité. Et des voix s’élèvent, au sein du parti, pour dire leur consternation. « Abolir une règle existante, au niveau de la symbolique, ce n’est pas une bonne idée, se désole Maria Roth-Bernasconi, conseillère nationale. En matière d’égalité, si on n’avance pas, on recule. »

 

Le changement était pourtant dans l’air depuis un moment. En 2009, cette règle «trop rigide» avait été remise en question, en vain - la perspective des élections municipales de 2011 ne permettait pas un débat serein. Mais d’aucuns tiraient déjà la conclusion suivante: la parité peut se retourner contre les femmes. En l’occurrence, dans le cadre de la succession de Manuel Tornare au Conseil administratif. Compte tenu de ses statuts, le PS ne pouvait en effet pas présenter une deuxième femme aux côtés de la sortante Sandrine Salerno.
« Nous avons été obligés de choisir parmi des hommes (Sami Kanaan a finalement été désigné et élu, ndlr), rappelle Roberto Baranzini, Président du PS-Ville de Genève. Pensée pour favoriser l’accès des femmes en politique, la règle s’est révélée contre-productive. » Conseillère municipale et membre du groupe égalité du PS, Virginie Studemann abonde: « L’objectif de fond, qui est de lutter contre les discriminations, n’a pas changé. Mais l’outil en vigueur n’est plus le bon. »


En ce sens, il ne s’agit pas d’un «retour en arrière», poursuit Roberto Baranzini: « La parité a contribué à créer une dynamique et à faire évoluer le parti, au sein duquel le nombre de femmes a beaucoup augmenté. »

 

Pour la conseillère municipale Nicole Valiquer, l’argument selon lequel la parité est devenue source de blocage ne tient pas. Une alternative discutée en assemblée permettait de présenter plusieurs candidatures féminines à l’exécutif, assure-t-elle. « Une option demandait qu’au moins une femme soit présentée. Elle a été balayée ... »


Ancien député et président du parti cantonal, Christian Brunier partage son avis. Pour lui, cet abandon s’explique par la conjonction de deux groupes d’intérêts: les opportunistes, « ceux qui font des calculs », et les « angéliques », qui imaginent que l’égalité est réalisée - « or ce n’est pas gagné ! ». En clair, l’éventualité d’une élection complémentaire en Ville de Genève - si Sandrine Salerno devait être élue au Conseil d’Etat cet automne - aurait poussé certains hommes socialistes à placer leurs pions.

 

« C’est un procès d’intention, rétorque Roberto Baranzini. Cette réflexion sur la parité a été entamée il y a deux ans, alors qu’il n’était pas question d’élection complémentaire ! » Pour Virginie Studemann, le PS a précisément laissé passer les élections de 2011 afin d’aborder ce débat sans pression. « Ce n’est jamais le bon moment pour changer de règle ... Mais il faut désormais adopter une position constante, qui ne pourra plus être utilisée à des fins électoralistes. »


Quoi qu’il en soit, le conseiller municipal Pascal Holenweg reste dubitatif sur le fond et défend la parité : « C’est une contrainte qui oblige à aller chercher des candidatures féminines. Spontanément, les femmes sont toujours moins nombreuses à cause de leur engagement professionnel et familial. Abolir ces dispositions favorise la candidature de ceux qui sont déjà en place, les notables, les hommes, donc : on n’échappe pas aussi facilement à deux mille ans de domination masculine. »

18:29 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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