05/05/2013

Le changement ce n’est pas maintenant, mais c’est sûrement !

Le 6 mai 2012, François Hollande gagnait les élections présidentielles françaises. Espace d’espoir vite oublié, pour plonger dans le gouffre de l’impopularité. Est-ce mérité ? Assurément, non ! Bien évidemment, son slogan « Le Changement, c’est Maintenant » était un cri mobilisateur. Cette promesse intenable, vu le rythme législatif, s’est transformée en « Le Changement, c’est lentement », mais assurément « Le Changement, c’est sûrement », vu le nombre impressionnant de rénovations engagées. Certes, venant d’un Président de gauche, je rêverais de davantage d’audace ; par exemple pour transformer la fiscalité basée sur le travail et la consommation en une fiscalité plus écologique et axée plus grandement sur les gains en capitaux. Mais, le gouvernement et la majorité de Hollande travaillent, agissent. Malgré la crise, le bilan concret, mesurable, est conséquent, même s’il ne répond pas à l’impatience compréhensible des Françaises et des Français et à l’urgence de certaines situations dramatiques. La cadence politique est lente. La concrétisation des réformes est complexe et se réalise dans le temps. Le jugement d’une politique ne peut pas se réaliser, sérieusement, dans l’empressement. Gouverner est un marathon, pas un sprint. L’évaluation d’un Président doit être calquée sur un quinquennat, pas sur quelques mois.

 

A titre d’illustration, la loi sur la transition énergétique est génératrice d’espérance tant en termes environnementaux qu’en termes économique. Selon le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et non pas selon le PS, cette nouvelle législation pour mieux et moins consommer les énergies et développer les énergies renouvelables devrait créer 632'000 emplois d’ici 2030. François Hollande l’avait classée dans ses priorités. Et bien, ces 12 premiers mois de Présidence ont servi à élaborer le texte, à le soumettre à consultation, à le déposer devant les Chambres et à le voter finalement le 15 avril 2013. Désormais, il faudra le mettre en œuvre pour qu’il porte enfin ses fruits. On peut le constater, il faut donner du temps au temps pour ancrer les réformes. Cet espace temporel est difficile à « vendre » dans une société de l’instantané, face à des populations qui veulent tout, tout de suite.

 

Autre exemple, concernant l’école, élevée au stade de priorité de la politique gouvernementale. Sarkozy avait supprimé 11'200 postes d’enseignement en 2008 ; 13'500 en 2009, 16'000 en 2010 et 16'000 en 2012. Pour corriger ces coupes irresponsables dans l’enseignement public, François Hollande va réinjecter 60'000 postes en 5 ans. Là encore, la cadence est peut-être insuffisante. Cependant, il est tout à fait impossible de recruter, de former et d’implanter dans les écoles des professionnels plus rapidement. La réalité rattrape vite les désirs des gens.

 

Les réformes, parlons-en. Sur tous les terrains, l’équipe Hollande plante des germes de changement : retraite à 60 ans pour les métiers pénibles, loi contre le harcèlement sexuel, moralisation de la vie politique (malgré le scandale Cahuzac condamné sans concession unanimement par l’équipe Hollande), relance de la police de proximité, indépendance accrue de la justice, redressement budgétaire sans précédent, fiscalité plus équitable, suppression de niches fiscales pour quelques privilégiés, loi sur le blocage et le contrôle des loyers, légère augmentation du SMIC, loi sur la biodiversité,  horaire scolaire tenant mieux compte des besoins de l’enfant, mariage pour tous, …

 

Et au niveau de l’emploi, priorité Une du Peuple de France ? La machine est en route : emplois d’avenir ciblés sur les 500'000 jeunes au chômage sans formation, contrat de génération, pacte de compétitivité, simplification des démarches administratives et de la comptabilité des PME, crédit d’impôt compétitivité-emploi, création de la Banque publique d’investissent, stimulation des nouvelles technologies créatrices d’emplois à travers le  « Plan France très Haut Débit », projet de loi pénalisant les entreprises fermant des sites industriels rentables, … Les chantiers sont nombreux et générateurs de redémarrage économique.

 

L’héritage est lourd. La crise européenne est forte. Le populisme cataloguant tout le monde politique dans le clan des nuls plane dans un univers simpliste, bien relayé par des médias s’intéressant plus aux petites phrases percutantes qu’aux réalisations concrètes. Toutefois la politique, la gestion de l’évolution de la société, est complexe et ne se résume pas à cette douteuse simplification.

 

Si le bilan se dessine positivement ; pourquoi l’insatisfaction est-elle si grande ? Les explications sont certainement multiples. Les styles apaisants de Hollande et de son Premier ministre enracinent leurs images d’indécision et de mollesse émanant de leurs caricatures et de leurs marionnettes des « Guignols ». La communication du time Hollande manque de punch, ne correspond plus à l’emballement médiatique actuel. Qu’on le regrette ou pas, le constat est sans appel. Si François Hollande veut infléchir sa courbe de popularité, il devra naturellement redresser celle du chômage et du pouvoir d’achat. Il doit relever, de surcroît, le défi de modifier profondément sa communication. La France de Hollande a besoin d’un électrochoc. Choisir une nouvelle Première ministre, femme, énergétique, gagneuse, comme Martine Aubry, pourrait être une opportunité pour rebondir. A lui de jouer !

 

Christian Brunier, ancien député socialiste

21:28 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Merci, j'avais l'impression d'être bien seul à avoir ces impressions et constats.

Écrit par : Slr | 07/05/2013

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