01/09/2013

Faire du social, en ouvrant les yeux sur la réalité de terrain

A Genève, le débat gronde sur les emplois de solidarité (EDS). Quand j’étais encore député, j’avais voté contre la loi instituant ce type d’emplois, craignant le sous-paiement de collaboratrices et collaborateurs.

 

Depuis, dans mes activités associatives, j’ai rencontré ces EDS sur le terrain. Un peu en retrait du monde politique, je peux observer les débats électoraux avec plus de hauteur et affirmer qu’anéantir ce statut d’employé-e, pour soi-disant combattre le dumping salarial, est une simplification extrême. La réalité est bien plus complexe, comme la plupart des dossiers politiques. Sous le couvert de ces EDS, nous retrouvons des personnes bien différentes.

 

Si les EDS permettent de moins payer des personnes bien formées au terme de leur période assez courte de chômage - souvent des jeunes à la recherche de leur premier emploi - plutôt que de les engager en tant que personnel fixe, ceci n’est pas acceptable. Les syndicats et la gauche ont raison de combattre ce genre de situation. Si les EDS permettent à des gens à l’assistance, en grande rupture sociale, de retrouver une occupation, de se former, et surtout de reconstruire des liens sociaux, ces statuts ont du sens.

 

Naturellement, les salaires définis par la loi, et non pas fixés par les associations qui les emploient, sont assez bas. Si je reprends mon premier cas cité ci-dessus, ce niveau de salaire est indécent. Si nous considérons le second exemple, ce revenu est bas, mais offre à des personnes, « larguées socialement », ayant quasiment aucune chance de trouver un emploi - même au sein d’un syndicat - d’entrer dans un sas de reconstruction personnelle. Cette étape, entre l’assistance et le marché du travail, est une possibilité d’ouvrir, à ces personnes, de nouvelles perspectives d’avenir. Là, les EDS ont du sens. D’autant plus, que ces salaires modestes sont au-dessus de l’assistance et souvent complétés par des aides sociales.

 

Dans cette situation, anéantir tous les EDS, repousserait ces personnes dans la marginalité. Les syndicats et la gauche devront être prudents afin de ne pas casser de l’humain, en voulant défendre les droits des salarié-e-s sans toujours se confronter suffisamment à la réalité de terrain.

 

Christian Brunier, ancien député socialiste et militant associatif

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