12/01/2014

Ne jamais banaliser le racisme et l’antisémitisme

« Ecoutez, je ne peux pas vous dire que Dieudonné n’est pas antisémite, ça c’est clair. Quand je vois les vidéos, les interviews qu’il fait, c’est clair qu’il y a vraiment un problème

par rapport aux juifs. »

Elie Semoun

 

« Pour moi, les Juifs, c'est une secte, une escroquerie. C'est une des plus graves parce que c'est la première. » ; « Quand j'entends Patrick Cohen, je me dis, les chambres à gaz ... Dommage ! » ; « Etant donné que le noir dans l'inconscient collectif porte la souffrance, le lobby juif ne le supporte pas parce que c'est leur business ! Maintenant, il suffit de relever sa manche pour montrer son numéro et avoir droit à la reconnaissance. » Voici quelques exemples de propos abjects tenus par Dieudonné. Qui peut prétendre que ses inepties représentent une forme d’humour ? Rien à voir avec les provocs de Pierre Desproges ou les gags de Coluche, même les plus durs. Les déclamations de Dieudonné sont une vomissure de haine. De l’antisémitisme à l’état le plus dégoutant. Dans le Journal du Dimanche (JDD), Dieudonné salissait, une fois de plus, les Juifs en leur collant l’étiquette de « négriers reconvertis dans la banque ». Dans l'une de ses vidéos, l’ancien humoriste, enfermé désormais dans une sorte de sectarisme du complot, plongeait dans le sordide et transformait une chanson d’Annie Cordy, « Chaud cacao » en « Shoah nanas ». Ce propagateur d’idées nauséabondes a même osé qualifier la Shoah de « pornographie mémorielle ». Toujours plus ignominieux, Dieudonné a balancé : « Dans les livres de classe de mes enfants, j’ai arraché les pages sur la Shoah. » A plusieurs reprises, ce triste individu a été condamné pour ses déclarations antisémites.

 

En sus de ses mots exprimant son intolérance, ses amitiés prouvent son engagement sur les terrains de la malveillance. Rappelez-vous les courbettes qu’il réalisait devant le tyran iranien Mahmoud Ahmadinejad ou les leaders du Hezbollah. Ses sympathies pour le clan Le Pen s’inscrit dans le même registre. De son voyage au Cameroun avec Jany Le Pen, la femme de celui qui ironise sur les fours crématoires, à sa participation à la Fête du Front national du Bourget, les liens de Dieudonné sont forts avec les milieux d’extrême-droite. A ses côtés, parmi ses proches ou dans les salles de ses spectacles ségrégationnistes, on y croise toutes les figures de l’extrémisme et des thèses excessives : Ginette Skandrani, éditrice exclue des Verts pour antisémitisme ; Serge Thion, renvoyé du CNRS pour négationnisme ; l’écrivain Thierry Meyssan, polémiquant sur les attentats du 11 septembre et défendant nombre de dictateurs, comme Bachar el-Assad ; Mohamed Latrèche, Président d’un Parti fondamentaliste, sympathisant du Hamas et du Hezbollah ; Marc Georges, responsable frontiste, proche du régime baasiste irakien, s’affirmant « judéophobe » ; Frédéric Châtillon, ancien chef de file du Groupe Union Défense (GUD), organisation étudiante de la droite extrême ; Kémi Séba, racialiste noir, antisémite, condamné pour incitation à la haine raciale ou Alain Soral, cadre du Front national, plume de Le Pen, anti-féministe et anti-homosexuel. Une belle brochette de personnages sordides, élevant, en religion, la rancune envers les autres.

 

Lorsque Bruno Gollnisch fut exclu, pour cinq ans, de l’Université de Lyon-III pour avoir tenu des propos controversés sur les chambres à gaz nazie, Dieudonné se solidarisa avec ce prof falsificateur de l’histoire.

 

Sur un plateau de TV, Dieudonné joua un « sketch » mettant en scène, comble du mauvais goût, un rabbin nazi, hurlant « Heil Israël ». La mémoire des millions de morts des camps nazis était lamentablement humiliée.

 

Dieudonné poussa l’immonde à son paroxysme en faisant monter sur scène, lors de l’un de ses show, Robert Faurisson, tristement célèbre pour nier l’existence des chambres à gaz nazie. Ce faussaire de faits avérés a été condamné à de multiples reprises pour contestation de crime contre l’humanité et incitation à la haine raciale. Le public de Dieudo a assisté, ce soir-là, à un plébiscite de l’infâme.

 

Pierre Desproges, tout en subtilité, a cessé de plaisanter sur le peuple juif lorsqu’il a perçu quelques rires s’exprimer au premier degré, incapable de percevoir l’antiracisme de fond de Desproges. Dieudonné, lui, se réjouit de ces rires grossiers, aveuglé par sa volonté de discriminer certains milieux. Les rangs hilares de ceux s’amusant des gags racistes le dopent.

 

Le rôle des humoristes est de faire avancer les libertés et de propager la réjouissance. Les équipes d’Hara-Kiri ou de « Charlie Hebdo », les Siné, Bedos, Coluche, Desproges, Jean Yanne, les Nuls, ou les Guignols de l’info ont repoussé la frontière des interdits, joué avec l’irrévérence, secoué le politiquement correct. Jamais, ils n’ont utilisé la dérision pour prôner des idées de haine. Les propos racistes sont un délit, pas un droit d’expression. Il y a une trentaine d’année, lorsque j’étais un jeune adulte, jamais de telles dérives n’auraient été acceptées. La mémoire de la Seconde Guerre mondiale était encore très vivante. L’oubli nous guète. Sous le couvert d’une sorte de liberté d’expression, on tolère l’intolérable. On voit désormais des portraits de Mussolini dans certains magasins en Italie. On accepte, dans les démocraties, des affiches politiques rappelant celles des mouvements fascistes d’antan. On rie aux propos de Dieudonné. Le fascisme se banalise.

 

Dieudonné a pris en otage l’humour. Il faut le libérer. La sortie de ce kidnapping passe par l’interdiction de ses « spectacles » qui ne sont que de la promo de doctrines à ranger définitivement dans les poubelles de l’histoire. Nicolas Bedos paraphrasant Desproges m’offre le meilleur mot de la fin : « On a le droit de rire de tout, avec n’importe qui, si on n’est pas n’importe qui ! »

 

Christian Brunier