14/02/2016

Salman Rushdie a le droit à la liberté

« Au nom de Dieu tout puissant. Il n'y a qu'un Dieu à qui nous retournerons tous. Je veux informer tous les musulmans que l'auteur du livre intitulé Les Versets sataniques, qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l'Islam, au Prophète et au Coran, aussi bien que ceux qui l'ont publié ou connaissent son contenu, ont été condamnés à mort », lâchait, le 14 février 1989, il y a juste 27 ans, l’Ayatollah Rouhollah Khomeini, guide de la Révolution islamique iranienne, sur les ondes de Radio Téhéran. La fatwa à l’encontre de l’écrivain, d’origine musulmane, Salman Rushdie était lancée. Quel crime avait commis cet artiste pour mériter la mort ? Simplement le fait de publier un ouvrage jugé irrévérencieux envers l’Islam et Mahomet. Cet écrit de fiction se veut plutôt une histoire complexe, teintée parfois d’humour et de sexualité, prônant un islam de discussion et de progrès. Affrontant le bien avec le mal, Rushdie évoque, à travers un style littéraire original, ses rêves et ses hallucinations. Ce roman est, de surcroît, prophétique, vu notre actualité, mettant en garde contre la montée du fanatisme religieux. Mais, cet écrit dépeint finalement peu l’Islam, se résumant à une fiction bien éloignée de toute religion. Brocarder la dérision semble, cependant, peu compatible avec l’esprit des écrits musulmans. L’humour fait partie de l’ADN de la religion musulmane, n’en déplaise aux assassins de « Charlie Hebdo ». Ahmad El-Shaf’ei, sur le site Web de « Musulman productif.com », le prouve avec talent : « L’Islam est descendu sur terre pour guider les gens vers un meilleur comportement en enjoignant à la maîtrise de soi. Ainsi, en s’amusant, on prouve que nous ne sommes ni moroses, ni malheureux. » Les exemples du caractère joyeux de Mahomet sont pléthoriques, lui qui avait, selon plusieurs écrits, toujours le sourire. Layla Labidi a même consacré un ouvrage sur cette thématique, intitulé « L’humour en Islam ». Elle y présente un Mahomet, très humain, qui usait du rire et de l’humour pour mobiliser ses adeptes afin de raffermir leur foi et leur détermination. Accuser l’ouvrage de Salman Rushdie de dérive au niveau de la sexualité paraît tout aussi étonnant. Effectivement, la religion musulmane, dans ses écrits fondateurs, ne tenaille pas la sexualité. Au contraire, le plaisir sexuel se retrouve en bonne place dans bien des écrits islamiques. Martine Gozlan dans son ouvrage « Le Sexe d’Allah » appuie cette thèse : « Le Coran est là-dessus très causant. La Sunna - la tradition islamique - volubile. Les biographes autorisés sur Mahomet intarissables. Le sexe du Rassoul, l’envoyé de Dieu, mais aussi celui des croyants et des croyantes, occupe une place centrale dans un Islam aussi gaillard que guerrier. » La religion musulmane est l’une des rares religions à évoquer le plaisir sexuel, assez librement. L’homme de plume Tahar Ben Jelloun, prônant un Islam d’ouverture, donne son avis sur cet appel au meurtre contre Rushdie : « Ce qu’il faut dire à ces foules qu’on a poussées dans les rues d’Iran, de Pakistan et d’ailleurs, c’est qu’un écrivain est un homme libre, qu’une fiction est de l’imagination et non la réalité, que la culture est aussi essentielle à l’homme que le pain, que la critique est libre aussi et que sans tolérance la vie ensemble est impossible. » En 1999, l'État iranien a annoncé qu'il renonçait à appliquer la fatwa, ce qui n’empêche pas l’auteur indien à vivre toujours dans un haut niveau de danger et sous une protection rapprochée asphyxiant sa liberté. « Ne tuez pas la personne humaine car Allah l’a déclarée sacrée », dit le Coran. Il suffirait simplement d’appliquer ce verset pour que certains deviennent moins sataniques.

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