23/08/2017

Le véhicule autonome va bouleverser totalement nos vies

Imaginer une voiture se déplacer sans pilote était de la science-fiction il y peu. Désormais, le véhicule autonome est une réalité. Encore sous forme de prototype, il va devenir une évidence dans les années à venir.


Cette avancée technologique va changer profondément nos sociétés axées grandement sur les voitures. Comme tout changement spectaculaire, celui-ci représente de grands avantages, mais crée aussi de grandes inquiétudes. Tesla a rendu semi-autonomes plusieurs de ses nouveaux modèles. Aux Etats-Unis, en 2012 déjà, le Nevada a été le premier Etat à autoriser la voiture autonome. Google prévoit de commercialiser son véhicule autonome dès 2020. Ford et BMW ont agendé une production en série de ce type d’automobiles en 2021. Tokyo va mettre en place 11'000 taxis, sans pilote, d’ici aux Jeux Olympiques sur son territoire. Une étude de Juniper Research estime qu’environ 22 millions de véhicules sans chauffeur seront en circulation, dans le monde, en 2025. La même année, 14,5 millions de nouveaux véhicules autonomes devraient être construits, selon le même rapport. Des villes, comme Amsterdam, vise à réserver leur centre-ville qu’à ce type de véhicules, dès 2025. Le patron de Renault-Nissan Carlos Ghosh, annonce une « révolution par étapes ». Selon lui, dès 2020, l’intelligence artificielle prendra en charge un grand nombre de commandes. Mais, il faudra attendre jusqu’en 2025 pour voir la propagation des véhicules 100% autonomes. La Poste suisse a mis en service, à Sion, un minibus autonome dans son hyper-centre. Uber teste à Pittsburgh des taxis sans chauffeur. Dans son ouvrage « la quatrième révolution industrielle », Klaus Schwab mentionne les véhicules autonomes dans les 4 méga-tendances technologiques, avec l’impression 3D, la robotique de pointe et les nouveaux matériaux. Grâce à ces nouvelles technologies, la sécurité routière augmentera, l’ordinateur étant plus fiable que l’humain. La propriété des véhicules autonomes sera, très rarement, individuelle. Avec son smartphone, nous passerons commande d’un véhicule et le plus proche de notre géolocalisation viendra nous chercher et nous amener où l’on veut. Les véhicules seront donc peu parqués. Les milieux urbains chasseront leurs « tas de tôles » encombrant la voie publique. Au niveau de l’aménagement du territoire, le vieux débat entre les pro et anti-bagnoles que nous vivons dans toutes les villes devrait s’atténuer fortement. L’humain reprendra la place laissée libre par l’abolition d’une multitude de places de parking qui deviendront obsolètes. A Genève, par exemple, si nous regardons ce proche avenir avec un sens prospectif, la construction, très onéreuse, d’une traversée de la Rade ne devient plus du tout utile. Les êtres humains gagneront du temps et verront leur stress diminuer. Dans le véhicule, ils pourront vaquer à leurs occupations, dialoguer, dormir ou admirer tranquillement le paysage. Plus besoin de conduire. Plus besoin de chercher une place de stationnement. Plus d’agacement à stagner dans les bouchons ou à subir les actes d’incivilité des voyous de la route. Du temps, très précieux, sera ainsi libéré. La diminution de nombre de véhicules et leur consommation basée, le plus souvent, sur des énergies renouvelables seront bénéfiques pour l’environnement. Les personnes très âgées ou les personnes se trouvant en situation handicap pourront accroître leur mobilité, et ne plus subir une interdiction ou une restriction de conduite. Comme dans tout changement, nous devrons profiter des avantages, tout en gérant au mieux les inconvénients. Une des inquiétudes soulevées par la propagation des véhicules sans chauffeur est la perte d’emplois. Les chauffeurs, les coursiers ou les livreurs sont en danger. Orienter, en masse, des personnes sans formation et/ou sans emploi vers ces métiers est une vue court-termiste. Il faut plutôt les former à des métiers axés sur l’humain ou l’artisanat. D’autres métiers seront en difficulté, tels que les contrôleurs du stationnement ou les profs d’auto-écoles. Par contre, d’autres métiers verront le jour et se développeront comme les automaticiens, les informaticiens et les pros de la cybersécurité. Les responsabilités juridiques en matière de circulation ou la gestion des assurances des véhicules vont muter considérablement. Là encore, l’anticipation évitera les fractures brutales. Qu’on le veuille ou pas, cette nouvelle technologie arrive en force. Aucune résistance n’est possible. Utilisons ces bouleversements comme des leviers pour imaginer une vie meilleure et pour réinventer notre civilisation à bout de course. Christian Brunier, Directeur général de SIG (Services industriels de Genève)

Commentaires

Cher Monsieur, il y a sans doute du vrai dans ce que vous dites (avec certes une très grande dose d'optimisme), mais permettez-moi quand même de penser que le besoin en déplacements ne sera pas forcément moindre, que ce soit en véhicules autonomes ou pas.

Donc, je n'imagine pas que le nombre de véhicules en circulation (au contraire de ceux en stationnement) diminue drastiquement. Ni que cette nouvelle mobilité rende caduc le bouclement Est du périphérique genevois, ici la position me semble plus politique que pragmatique.

Et vous n'évoquez pas les deux défis majeurs de la mobilité autonome, soit la stabilité des systèmes informatiques, loin d'être acquise à ce jour (et lorsque l'on voit les "bugs" auxquels nos sommes confrontés dans la vie de tous les jours, on ne peut s'empêcher de trembler à l'idée qu'un tel souci arrive au pilote automatique de votre automobile lancée au milieu du trafic), et la sécurité des réseaux face aux hackers (imaginez qu'un hacker prenne le contrôle de votre auto et vous lance à pleine vitesse sur la route en vous menaçant d'un accident si vous ne lui virez pas immédiatement une rançon)

Écrit par : mikhail | 24/08/2017

"Orienter, en masse, des personnes sans formation et/ou sans emploi vers ces métiers est une vue court-termiste."

Allez expliquer cela à Pierre Maudet qui vient de faire passer sa Lex Uber et qui double le parc de taxis sur la voie publique !

La raison, inavouable, est le simple fait que, comme le projette M. Schwab dans son ouvrage, ce seront près de la moitié des emplois qui vont disparaitre d'ici 2030 et que les structures de l'Etat ne pourront absorber le choc. En suggérant à tout un chacun de s'improviser chauffeur, on ne fait que repousser le problème en contraignant ces pauvres à sauter la case chômage puisqu'ils sont indépendants. Ils finiront donc à l'assistance sociale à peine auront-ils commencé leur activité.

Et c'est lui que nous voudrions envoyer à Berne pour piloter le pays ?

Écrit par : Pierre Jenni | 24/08/2017

Je ne dis pas que les véhicules autonomes sont une bonne chose ou pas. J’affirme juste que cette technologie va arriver, plus rapidement que prévu, et qu’il faut l’anticiper. Devancer un défi technologique permet de le gérer et de favoriser les points positifs plutôt que de subir le négatif ; notamment en termes d’emplois. Fermer les yeux est assurément nocif !

Écrit par : Brunier | 24/08/2017

@Mikhaïl: Toutes les études le démontrent : Le développement des véhicules autonomes sera accompagné du partage de cette ressource. Nous n’aurons plus besoin d’avoir chacun son propre véhicule, ce moyen de transport sera mutualisé. De plus, même si la mobilité ne va être réduite, nous gagnerons de la fluidité, grâce à la diminution des espaces réservés au parcage qui servira d’espaces de vie ou de déplacement ; et grâce à une gestion plus fine des vitesses et des itinéraires par l’ordinateur plutôt que par l’être humain. Plusieurs blocages de circulation sont causés notamment par des comportements humains. Un exemple : l’automobilisme qui passe à l’orange foncé, puis bloque le carrefour.
Au niveau sécurité, oui le risque de bug ou de virus existe. Mais un ordinateur est nettement plus fiable qu’un humain, bien malheureusement. Son risque d’erreurs est beaucoup plus faible.
Je le redis. Ce modèle de société comporte des risques et ne représente pas ma vision idéale de la société. Mais, comme l’avancée technologique ne peut pas être vraiment bloquée, mieux vaut anticiper ces risques pour les transformer en opportunités, ou en gérant au mieux leurs impacts.

Écrit par : Christian Brunier | 25/08/2017

Cher Monsieur, merci pour vos réponses argumentées. Même si je reste sceptique pour la question de la sécurité, vous avez raison, on ne peut pas arrêter les avancées techologiques, pour le meilleur comme pour le pire. Cordialement.

Écrit par : mikhail | 25/08/2017

Il est clair que ceux qui naissent en 2017 nous demanderons un jour: "et c'est vrai que dans votre temps, vous deviez savoir conduire une voiture pour l'utiliser ?".

Écrit par : archi-bald | 25/08/2017

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