13/05/2018

Christian Brunier : « SIG tire la sonnette d'alarme : il faut une traçabilité du gaz naturel ! »

En Suisse, le gaz naturel est essentiellement importé de l'Union européenne, de Norvège et de Russie. Mais le gaz de schiste américain vient bousculer le marché du gaz naturel. Sa production bondit aux Etats-Unis, à tel point que ces derniers sont en situation de surproduction, et l'exportent à bas prix. En mars 2016, un premier méthanier est arrivé sur les côtes européennes pour livrer une cargaison de gaz de schiste. Christian Brunier, Directeur général de SIG, revendique un marquage du gaz naturel.


SIG ne distribue que du gaz naturel, un combustible bien moins polluant que le mazout. Alors, pourquoi s'inquiéter du gaz de schiste ? C'est aussi un gaz naturel ... Christian Brunier : Le problème est ici la technique d'extraction du gaz de schiste. La fracturation hydraulique de la roche, à l'aide de produits chimiques, pollue les nappes phréatiques. Pourtant, les Etats-Unis en produisent à large échelle : ils en ont produit 4'200 TWh en 2015, l'équivalent de 120 fois la consommation annuelle suisse de gaz ! A titre d'exemple, l'Europe importe 3'500 TWh de gaz naturel chaque année. Les premiers tankers de gaz de schiste arrivent en Europe. Ce gaz est injecté dans le réseau et personne n'en parle. On ne sait plus ce qu'on consomme. Mais comment agir ? On ne peut pas faire de distinction entre le gaz naturel conventionnel et le gaz de schiste, qui circulent dans les mêmes gazoducs ... Le problème, c'est qu'il n'y a aucune traçabilité pour le gaz au niveau international. En Suisse, la loi fédérale imposera le marquage complet de l'électricité dès 2018. Chaque fournisseur d'électricité est tenu d'indiquer l'origine et la qualité du courant qu'il distribue. SIG le fait depuis 2002. Chaque kWh d'électricité fourni par SIG est assorti d'une garantie d'origine. C'est pourquoi nous tirons la sonnette d'alarme : la Suisse doit se positionner pour une traçabilité du gaz. Il est urgent que les entreprises qui ont une conscience écologique, qui veulent agir conformément à leurs valeurs, puissent acquérir des garanties d'origine. La traçabilité de tous les produits, c'est quelque chose que l'on doit au consommateur. Ne pouvez-vous pas agir plus concrètement ? Nous considérons le gaz naturel comme une énergie de transition. La stratégie de SIG, c'est d'augmenter la production thermique renouvelable. Ceci grâce à l'eau du lac ou à la géothermie. On ne va plus construire de réseaux de gaz dans les nouveaux quartiers du canton de Genève. Partout où nous pouvons adopter des solutions de chauffage renouvelable ou moins polluant, nous le faisons. Ou encore en donnant la priorité à la récupération des rejets thermiques pour chauffer des quartiers entiers. Mais cette stratégie est menacée par l'irruption du gaz de schiste sur le marché, qui entraîne une chute mondiale des prix. Cela met en difficulté la chaleur thermique renouvelable : sans taxe et sans traçabilité sur le gaz de schiste, c'est tout le modèle économique de la chaleur renouvelable qui est menacé. Dans l'immédiat, la priorité de SIG est de refuser le gaz de schiste dans notre approvisionnement. Ce refus suit les valeurs de SIG, de la population et du gouvernement genevois. Le résultat du canton sur le vote de la Stratégie énergétique 2050 le prouve. Le Conseil d'Etat a d'ailleurs décidé d'interdire l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste, dont l'extraction est polluante et désastreuse pour nos ressources en eau. Dans un deuxième temps, nous souhaiterions que la Confédération se positionne en faveur d'un marquage complet du gaz, sur le modèle de ce qui a été fait pour l'électricité.

Commentaires

J'apprécie beaucoup votre engagement au niveau des SIG et de la population. Grand merci de nous informer aussi clairement!
Il serait bon aussi de connaître quels sont les autres pays d'Europe sensibles à cet envahissement américain d'un nouveau genre. Qui en-dehors de la Suisse est sensible à ce processus de traçabilité, ou un autre processus porteur de la même intention ?
Par où arrive ce gaz de schiste en Europe?

Écrit par : Marie-France de Meuron | 13/05/2018

Actuellement, seuls les pays scandinaves semblent s’intéresser à cette problématique. Pourtant, toute l’Europe a intérêt, écologiquement, socialement et économiquement, à lutter contre cette énergie très polluante.

Écrit par : Christian Brunier | 13/05/2018

"Par où arrive ce gaz de schiste en Europe?"


http://www.gasinfocus.com/wp-content/uploads/2013/02/Infra_11_titre_ENG-1.png

Écrit par : Chuck Jones | 13/05/2018

Bravo pour la cohérence de votre politique et votre vigilance par rapport à cette nouvelle menace sur le climat!
Il se trouve que la Coordination Climat Justice Sociale va justement recevoir à Genève la porteparole de communautés autochtones mexicaines menacées par des projets de gaz de fracking liés aux exportations Etats-Uniennes auxquelles vous faites référence, ainsi qu'un journaliste menacé de mort pour ses écrits sur le sujet. Ceci dans le contexte d'une tournée européenne "United Beyond Gas".
Nous serions ravis de pouvoir discuter avec vous de cette problématique importante et difficile, par exemple à la soirée publique que nous organisons le 30 mai, 19H. au 3 Quai des Saules.

Écrit par : Olivier de Marcellus | 14/05/2018

Quel chance avons nous d'imposer ce marquage non existant au niveau international ?
Un voeu pieux ?

Bravo pour votre engagement !

Écrit par : peter | 14/05/2018

Une dépêche de Largeur.com dit: "une étude de l’EPFL a conclu que le nombre d’emplois en Suisse dans les secteurs liés à l’énergie augmenterait d’environ 14% dans un scénario reflétant la SE 2050 par rapport à la situation énergétique actuelle ou à un modèle où le nucléaire est remplacé par du gaz naturel. «Ce résultat s’explique principalement par les postes créés dans le domaine de l’efficacité énergétique, relève François Vuille, directeur du développement de l’Energy Center de l’EPFL." Le gaz n'est non seulement pas une énergie de transition, c'est une usurpation de terme dans le cas du gaz de schiste importé des USA. Quand on compte les fuites de méthane et les procédés d'extraction, le bilan carbone est pire que celui du charbon. Bravo pour votre initiative en faveur de la labellisation du gaz naturel. Espérons que vous ferez en sorte qu'elle fasse tache d'huile parmi vos partenaires de la branche.

Écrit par : Philippe de Rougemont | 16/05/2018

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