Toulouse-Lautrec, l’illustrateur de la fête parisienne

Visitons l’expo d’Henri de Toulouse-Lautrec, au Grand Palais, à Paris. Plus de 200 œuvres expriment la singularité de cet artiste moderniste. Peintre, dessinateur, lithographe, affichiste, cet artiste a représenté les plaisirs des nuits parisiennes. Malgré sa courte vie, il est mort à même pas 37 berges, ce précurseur a été un gros producteur d’œuvres d’art : 737 peintures, 275 aquarelles, 369 lithographies et affiches, et plus de 5'000 dessins.

Atteint d’une maladie génétique orpheline affectant les os, la pycnodysostose, il avait un tronc de taille normale, couplé à des membres très courts. Cet avant-gardiste de la fin du 19ème siècle, référence de l’Art nouveau, est l’âme de Montmartre. Il reflète l’humeur festive de ce quartier parisien dans lequel il résidait, au 19bis, rue Fontaine. Il passait son temps dans les bistrots, les maisons closes et les cabarets, à peindre et à boire beaucoup, souvent de l’Absinthe mélangée avec du Cognac. Ses peintures généralement très gaies sont de véritables témoignages sociologiques de cette vie artistique et de bohème. Provocateur, il s’est fait photographier nu ou déguisé en enfant de cœur barbu. Il a peint le Moulin-Rouge, les excentriques de la Butte Montmartre, les prostituées, les danseuses de cancan ou l’ambiance des troquets que ce futuriste fréquentait. Il a abusé de tous les plaisirs de la vie. Il a brûlé la chandelle par les deux bouts. Il aimait s’amuser et devint, très logiquement, l’illustrateur de l’hebdomadaire humoristique « Le Rire ». Ce p’tit bonhomme, plaisantin et bon vivant, avait aussi le sens de la formule : « La peinture, c’est comme la merde ; ça se sent, ça ne s’explique pas. » Découvrir ou redécouvrir son génie est un plaisir qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte.

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Commentaires

  • Peintre de la fête parisienne ? Fut-il vraiment à la noce lui-même ?
    Oui bien sûr, on est en pleine «Belle-Epoque ». Pas pour tout le monde…
    Vous passez comme chat sur braises sur la souffrance et les frustrations que ce petit homme a dû éprouver au long de sa vie. Gauguin disait justement

    « La souffrance vous aiguise le génie. Il n'en faut point trop, cependant, sinon elle vous tue. »

    Le nanisme dont Toulouse-Lautrec a souffert, c’est le combat de sa vie, entraînant sa marginalité pour ne pas dire son exclusion - il était un aristocrate de belle lignée, cela devait quand même aider -, oublier son infirmité, cacher son désespoir …Alors effectivement, tout au long d’une production frénétique, ce sont les demi- mondaines, tout un petit monde de fêtards, d’ouvriers, les prostituées des bordels qu’il croque sans complaisance, mais sans cruauté non plus. Elles le surnomment par dérision affectueuse la « cafetière », rapport à son physique et ses attributs virils, le pauvre souffre en effet de priapisme. Précisons pour les plus jeunes que ce n’est pas l’époque des percolateurs automatiques…

    Son humour? Une façade évidemment : « Je boirai du lait quand les vaches brouteront le raisin ». Suzanne Valadon, la mère d’Utrillo, fut son modèle, peut-être son seul amour. L’alcoolisme, la syphilis le détruiront à 37 ans. Classe jusqu’au bout, il dira à son père, grand-chasseur, présent lors des derniers jours : « Je savais que vous ne rateriez pas l’hallali. » De l’humour, souvent grinçant.

    Pour ceux qui en ont l’opportunité, courez vite au Grand Palais, vous serez enchantés, même si vous n’êtes pas seuls.

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