Tranches de vie

  • "Lettres à Anne"

    Je dévore le bouquin « Lettres à Anne » de François Mitterrand. C’est le recueil des missives que l’ancien Président de la République française a envoyées à sa maîtresse, le grand amour de sa vie, Anne Pingeot, de 1962 à 1995. Sur près de 1’275 pages, s’écoule une vie de passion, forte en émotions exaltantes, pleine d’intérêts divers, souvent tourmentée. A travers des phrases enflammées, les mots d’amour mettent en lumière une double vie d’une personnalité écartelée entre son couple public formé avec Danielle, la militante, peut-être sa plus fidèle amie, la mère de ses premiers enfants, et celle qui le fait vibrer et qui lui offrit une fille cachée durant des années. Cœur tendre, amoureux romantique, l’élu socialiste est bien loin du politique cynique qu’il incarnait. La belle plume mitterrandienne jette sur le papier des écrits que toutes les femmes rêveraient de recevoir de leur amoureux, surtout à l’heure des tweets et des sms. Le talent littéraire de cet homme d’Etat offre encore davantage de volume à ces envois entichés. A travers ces 1'218 lettres, nous rentrons dans les coulisses de cet amour : bonheur, politique, art, envie, doute, espoir, … nous passons en revue tous les états de la vie. Indécence, d’avoir publié ces écrits secrets ? Non, juste l’envie, pour cette femme dissimulée, de partager cet amour, de prendre une place à la hauteur de cette relation intime d’une force incommensurable. Nicolas Sarkozy a jugé ce livre comme une impudeur. Qui sommes-nous pour juger la vie des autres ? Moi, j’aime cet hymne dédié à la femme, que « Tonton » a tant aimé. Les dernières lignes de son ultime courrier résument bien ce bouquin, ce récit d’une vie amoureuse : « Mon bonheur est de penser à toi et de t’aimer. Tu m’as toujours apporté plus. Tu as été ma chance de vie. Comment ne pas t’aimer davantage ? »

  • Miscellanées du 11 février 2013

    « Il n’y a que du désir et du social, rien d’autre. »

    Gilles Deleuze

     

    Lis le journal « Gauchebdo ». Myriam Tétaz-Gramegna évoque le livre d’Anne Cuneo « La Tempête des heures ». Cet ouvrage évoque l’aventure du Schauspielhaus durant la Seconde Guerre mondiale. Ce théâtre zurichois était devenu un haut lieu de la culture de résistance contre la haine. Plusieurs comédien-ne-s et professionnel-le-s de la scène ayant fui l’Allemagne nazie y avaient trouvé refuge pour poursuivre leur carrière sur les planches. Souvent ces artistes étaient engagés à gauche et/ou d’origine juive. Le pouvoir nazi avait décidé de raser ce lieu culturel en cas d’invasion de la Suisse. Comme disait Lucie Aubrac : « Ils (les Nazis) nous avaient volé la Liberté et l’Egalité. Ils n’avaient pas pu interdire la Fraternité. »

     

    Le Pape démissionne. Enfin, une bonne décision ! Nous allons peut-être voir arriver un Pape progressiste, ouvert, jeune, dynamique, faisant émerger les racines philosophiques du christianisme (solidarité, paix, fraternité, amour, …) et pourquoi pas, une Papesse. Nous pouvons toujours rêver.

     

    Content de savoir que Willem a remporté le Grand Prix de la BD à Angoulême … de son vrai nom Bernhard Wiléem Holtrop, mais ça on s’en fout. L’important, c’est de savoir que Willem est un dessinateur satirique néerlandais né en 1941 à Ermelo. Après l’Ecole des Beaux-Arts dans son pays natal, il adhère au mouvement « Provo » et fonde, en 1966, le journal satirique « God, Nederland & Oranje ». Son journal est interdit. Il s’exode en France en 1968. A son arrivée, il dessine pour « L’Enragé ». Il participe à l’aventure de la création des magazines « Hara-Kiri » et de « Charlie-Hebdo ». Non-francophone, il publie des rubriques contenant des fautes d’orthographe qui créent un style et ajoutent une touche rigolarde à ses dessins et textes décapants. Adepte d’un graphisme très détaillé, cet ancien rédacteur en chef de « Charlie Mensuel », exerce la critique cinglante, ne cédant pas aux sirènes du près-à-penser. C’est grâce à son humour décapant, qu’il  remporte le Grand prix de l’humour vache 1996 au Salon international du dessin de presse et d’humour de Saint-Just-le-Martel. Il est connu pour avoir été l’un des grands dessinateurs du journal « Libération ». Il publie une cargaison de BD et de recueils de dessins de presse. Quelques exemples au hasard : Chez les obsédés, Jack l’éventreur en vacances, La crise illustrée, Taisez-vous l’ennemi écoute, Dick Talon heureux comme un con, Complet !, L’amour sera toujours vainqueur, Rats Hamburger 1 et 2, Plus mort que moi tu meurs, Willem à Libération, Plutôt crever, Odeurs de campagne, Poignées d’amour, Anal Symphonies, Tout va bien ou La Droite part en couilles. Il accumule aussi les illustrations d’ouvrages dont « Provo, la tornade blanche » avec des textes pondus par Yves Frémion, « Par la bande » avec des écrits de Daniel Varenne ou « Un hiver au musée de l’érotisme » élaboré avec Medi Holtrop. Il est l’une des grandes figures de la BD et de l’humour dur, comme j’aime.

     

    Je soutiens l’appel de la Coordination en Suisse du Front populaire (FDROR)  Assassinat politique en Tunisie : Le camarade Chokri Belaïd n’est plus ! Le peuple tunisien vient de perdre un des symboles de la lutte pour la souveraineté nationale et populaire. En effet le camarade Chokri Belaïd, secrétaire général du Parti unifié des patriotes démocrates (PUPD) et un des dirigeants du Front populaire pour la réalisation des objectifs de la révolution en Tunisie (FPror) vient d’être lâchement assassiné par balles devant chez lui à Tunis ! Maître Chokri Belaïd, âgé de 49 ans et père de deux petites filles, a été objet d’appel à la mort dans les mosquées de la part des obscurantistes contre lesquels il menait avec ses camardes une bataille politique sans merci. Il a également reçu plusieurs autres menaces de mort sur les réseaux sociaux. Plusieurs agressions ont été menées contre les meetings et les assemblées générales du FPror et d’autres partis et associations. Celles-ci ont déjà causé la mort d’un cadre du parti Nida Tounés, le regretté Lotfi Naguadh battu à mort par des représentants des soi-disant « Ligues de défense de la révolution » (LDR) qui ne sont rien d’autres que les milices des islamistes au pouvoir ! Ce samedi 2 février 2013, lors du congrès régional du Parti unifié des patriotes démocrates (PUPD) à Kef, une ville du Nord-Ouest tunisien, ces milices criminelles ont attaqué les militant-e-s présent-e-s sur les lieux du congrès et ont même essayé de monter à la tribune pour agresser le camarade Chokri Belaïd.La politique menée par le gouvernement de la troïka avec à sa tête les islamistes d’Ennahdha n’a engendré que violences, criminalisation des mouvements sociaux et misère sociale. En effet, le dernier communiqué de l’instance dirigeante d’Ennahdhaappelle à la libération des assassins de Monsieur Lotfi Naguadh, ce qui ne peut être compris que comme un feu vert à ses milices criminelles. L’accueil des représentants de ces « LDR » par le Président provisoire de la République est également une légitimation de la violence menée par ces milices !Les militants de la Coordination en Suisse du Front populaire (FDROR) tiennent à : 1) présenter leurs sincères condoléances à la compagne de Chokri Belaïd, la camarade Besma Khalfaoui, à ses enfants, à toute sa famille et au peuple tunisien qui vient de perdre une étoile de la lutte pour la liberté et la justice sociale : 2) dénoncer avec la plus grande fermeté cet assassinat lâche et criminel ; 3) dénoncer le mouvement Ennahdha et ses alliés comme premiers responsables de cet assassinat ; 4) dénoncer aussi la complicité et la lâcheté du gouvernement tunisien qui a banalisé la violence des milices obscurantistes envers des militant-e-s des droits humains et sociaux et affirmer la responsabilité en la matière du ministre de l’intérieur ; 5) exiger la dissolution de ces LDR et la poursuite de tous ceux qui sont impliqués dans les agressions depuis le début de la révolution ; 6) appeler les forces vives, et toutes et tous les militant-e-s pour l’émancipation sociale et politique en Tunisie à l’union et la vigilance pour la poursuite du combat mené par le camarade Chokri Belaïd, martyr de la liberté et de la dignité nationale !

  • Journal de bord : 27 janvier 2013

    « Rien ne me terrifie plus que de faire de l’eau une marchandise. »

    Manuella Maury, journaliste

     

    Journée mondiale de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité.

     

    Comme d’hab, dès que le jour pointe timidement son nez, mes deux chattes foncent sur moi pour conquérir caresses et surtout bouffe. Je les nourris, puis me remets aux pieux. Jazzy, la plus jeune de mes Felis silvestris catus se jette sur moi pour obtenir des nouvelles doses de câlins. Je me lève.

     

    Je signe une pétition pour dire Oui à la reconduction de l’aide alimentaire européenne, 18 millions d’Européennes et d’Européens ne mangeant pas à leur faim, sans ces dons alimentaires.

     

    Sur Facebook, je clique « J’aime » la cyberaction pour la sauvegarde du thon rouge. La surpêche est une catastrophe contre laquelle les consom’actrices et consom’acteurs doivent lutter à travers, par exemple, le boycott de ses produits.

     

    Communique avec l’un de mes neveux actuellement en Australie, en formations d’anglais et de surf : Salut Vincent, En cas d’attaque de requin, sors-le de l’eau. Tu verras il sera tout de suite vachement moins à l’aise et rapidement plus calme, limite mal dans sa peau. Abuse bien de ton voyage !!!

     

    Le journaliste Pascal Décaillet écrit sur son mur Facebook : Un fonctionnaire siégeant comme député ne devrait en aucun cas se trouver dans les commissions s'occupant du Département dont il est employé. Tout à fait d’accord avec Pascal. Ceci s’appelle de la déontologie ! J’avais présenté un projet de loi dans ce sens à mon groupe. Il l’avait malheureusement balayé.

     

    Les Maliens, avec l’aide de la France, libèrent la ville de Gao des intégristes. Plusieurs femmes jettent leur voile et la population fait la fête. Des sourires, quelle belle victoire !

     

    Fêtons, lors d’un bon banquet, les 4 ans de notre filleule et de sa sœur jumelle.

     

    Fume, c’est du belge … Lapsus révélateur de l’ancienne Ministre française Roselyne Bachelot confondant gaz de schiste avec gaz de shit. Maintenant, on sait ce qu’elle fume pour se retrouver dans cet état.

     

    Hillary Clinton, durant son mandat, au Ministère US des Affaires étrangères, a doublé le budget d’aide au développement. Chapeau bas Madame ! Je vois bien cette femme remplacer Obama dans quatre ans, elle qui possède une cote de popularité de 70% auprès des Américaines et Américains. La première femme à la Présidence des USA, après avoir placé le premier Noir, honorerait le Parti démocrate, d’autant que cette richesse de diversité s’ajoute à un haut niveau de compétence.

     

    Une foule dense défile dans les rues de Paris en faveur du mariage pour toutes et tous, un droit bien normal dans une démocratie digne de ce nom.

     

    Regardons le film « L’amour ne dure que 3 ans », signé Frédéric Beigbeder, avec Louise Bourgoin, Gaspard Proust et Nicolas Bedos. Un moment plaisant, montrant qu’en amour les grandes théories sont souvent bien éloignées de la réalité. Heureusement !

  • Nos bobines dans « Libé » …

    Jean-François Mabut m'interviewe, par téléphone, sur la présence de nos bobines dans le journal « Libération ». Quelques minutes après, il publie sur le net :

     

    Un ponte du PS genevois fête la victoire de Hollande et se retrouve en photo dans Libé. Deux anciens députés Christian Brunier et sa femme Ariane Blum Brunier s'affichent sur trois colonnes dans le quotidien de gauche.

     

    Il y avait foule à la rue Solférino puis sur la place de la Bastille, dimanche soir à Paris: quelques dizaines de milliers de personnes, des militants socialistes pour la plupart, venus des quatre coins de France, et quelques Suisses aussi. Tendus à bout de bras, les appareils photos et les smartphones immortalisent la victoire de François Hollande, saisissent la liesse populaire, twittent, facebookent à tout va un moment historique. Parmi ces millions de clichés, Libé en a choisi une bonne dizaine pour illustrer les 28 pages qu'il consacre à l'événement.

     

    Surprise à la page 8, deux visages connus des Genevois occupent un gros quart de l'espace rédactionnel. Christian Brunier, un ponte du Parti socialiste, directeur de la campagne électorale des Municipales l'an dernier, et son épouse Ariane Blum Brunier, ex-députée verte au Grand Conseil, laissent éclater leur joie. La photo est signée Benoît Grimbert. Elle a été prise peu avant 18 heures dans les studios de France 2. Les visages des deux Genevois occupent l'immense écran vidéo qui sert de décor. Quelques minutes plus tard, Catherine Gaillard poste sur Facebook: « On vous a vu avec Christian au journal de France 2. J'ai cru que je m'étais trompée de chaîne ! »

     

    « Nous avons reçu des dizaines de SMS à trois heures du matin, raconte Christian Brunier. Les communications étaient totalement saturées à la Bastille. Mais nous n'avons rien vu dans Libération, car les Parisiens ont droit à une autre édition. » L'ancien député socialiste genevois est double national. Il a voté dimanche matin aux Vernets et a sauté dans le TGV. « C'est mon épouse qui m'a fait la surprise. Elle a réservé les billets il y a six mois. » En fin d'après-midi ils sont à la Bastille. « Quelle cohue ! Soudain une caméra amateur nous cible, un micro, celui d'une télé locale, dont je n'ai pas retenu le nom, un journaliste recueille l'avis des militants qui viennent faire la fête en couple. Quelques minutes plus tard, un autre caméraman tente de sortir du mouvement de foule qui le fait tanguer, il se retourne, c'est France 2, nous apparaissons en direct. »

     

    Nous sommes rentrés à 4 heures. A 7 heures, nous étions au 138, Faubourg Saint-Antoine où Didier Porte réalise sa revue de presse hebdomadaire, accoudé au comptoir d'un bistrot. Trois minutes qui sont ensuite diffusée par Médiapart. La victoire de Hollande, un plus pour Anne Emery-Torracinta le 17 juin prochain ? L'ancien député socialiste genevois en est convaincu : Les Genevois sont très influencés par la politique française. « Pour le PS, le temps est au beau, ça ne sera sans doute pas aussi facile dans deux ans. »

     

    La Tribune de Genève écrit des articles sur pas grand chose. Il me semble avoir accompli des actes plus importants, sans grand support médiatique. Mais bon, c'est tout de même agréable ...

    Libé du 7 mai 2012.jpg
  • Mon 6 mai ...

    « Pour être aimé, il faut savoir être aimable. »

    François Hollande

     

    Notre bébé chatte, Jazzy, fête ses un an !

     

    Je me lève à 5h.45. Impossible de dormir. Je suis trop excité par cette journée potentiellement de retour de la gauche en France et par mon court séjour dans la plus belle ville du monde : Paris.

     

    Message reçu de Dani Solana : Bonsoir Christian, j'appartiens au gouvernement basque libéré, par nous, les socialistes. Tu peux imaginer ma sensibilité et mon admiration envers Hollande, et ma répulsion envers la droite et les nationalismes. En Espagne, où nous avons un grand espoir en Hollande, nous souffrons des coups de l'extrême-droite du président Rajoy avec ses amis néoconservateurs de l'église catholique. Pour nous la victoire de Hollande est vitale pour récupérer la sinistre Europe et battre l'expansion de la droite raciste, xénophobe, homophobe et réactionnaire. Tous avec Hollande !

     

    Second tour de la Présidentielle française : Je donne une petite dose de solidarité et de justice sociale à la France. A 8h. 39, je vote pour François Hollande.

     

    A la sortie du bureau de vote, un petit enfant regarde les affiches des deux candidats, montre Hollande et dit à son papa : « Lui, il a une tête plus sympa. Et c'est mieux écrit (ciblant avec son doigt l'écriture du slogan). » Il ira loin ce p'tit.

     

    11h.49 Je prends connaissance des premiers résultats. Ils proviennent de Guadeloupe et sont nets : Hollande 71,03% des voix, Sarkozy 28,07%. Ça commence bien ! François Hollande arrive aussi en tête à Saint Pierre et Miquelon (65,31% contre 34,69%), en Martinique (68,46% contre 31,54%), en Guyane (62% contre 38%) et à Saint Martin (51,5% contre 48,5%). Mon beau-fils nous confirme ces chiffres par téléphone.

     

    A peine le bulletin glissé dans l'urne, nous partons pour Paris, en TGV, dans l'espoir de fêter ce soir la victoire du socialiste François Hollande. Dans le train, j'écris, notamment un projet de texte sur la « désadministration » des entreprises. Nous logeons en plein du cœur du Quartier Latin, zone estudiantine et animée du beau Paris.

     

    Vers 18 h, mon fils m'appelle alors que le métro arrive. Les premières estimations globales sont publiées sur le site Web de la Tribune de Genève. François Hollande a gagné. Nos sourires sont radieux, même si nous en étions persuadés depuis quelques jours. C'est bon, Sarko, malgré ses actes de prostitution sur les terres du Front national, est dehors !

     

    A la Bastille, les scènes et stands se mettent en place dans ce lieu symbolique de la Révolution française. Mais aussi haut site de fête, puisque le 14 juillet 1790, les Révolutionnaires avaient planté une tente au milieu des ruines et posé un écriteau mentionnant « Ici on danse ». C'est là que les socialistes fêtèrent déjà leur prise de pouvoir en mai 1981. Nous allons boire un coup et avaler un plat de charcuterie pour fêter cette victoire historique pour la France, le socialisme et espérons-le pour le peuple français.

     

    En mai 1981, Jacques Attali raconte que la chanteuse Dalida, en déplacement au Koweït, avait appelé les proches de Mitterrand pour connaître le résultat avant l'annonce officielle. Le camp Mitterrand avait appris la victoire par la SOFRES, célèbre institut de sondages, quelques minutes avant. Dalida, transcendée par l'élection socialiste, avertit ensuite le tout Paris, depuis le Golfe persique.  En apprenant, avant nos ami-e-s parisien-nes, la nouvelle via les médias helvétiques, nous devenons, assez discrètement, les Dalida de 2012.

     

    Des milliers de personnes arrivent pour entendre l'annonce des résultats à 20 heures précises. Même si nous connaissons  le score, avec une quasi certitude, nous frémissons en patientant jusqu'à l'affichage sur les écrans géants du portrait du nouveau Président. Il est l'heure, la victoire est annoncée. Le visage de François Hollande s'affiche. Notre joie éclate. Nous sautons de joie comme des cabris. Sur « France 2 » et sur plusieurs chaînes reprenant les images de la plus grande chaîne publique, dont les Télévisions suisses, Ariane et moi apparaissons durant plusieurs secondes les bras levés en direct à la téloche et sur les écrans géants de la Bastille. Nous sommes fous de joies, comme lors du 10 mai 1981, alors que je n'avais même pas 18 berges. Malgré les problèmes de communications, celles-ci étant saturées sur la Place de la Bastille, nous recevons un tas de sms et de messages Facebook d'amis nous ayant vu à la TV.

     

    En mai 1981, les socialistes, durant la fête de la victoire de Mitterrand criaient « Mitterrand, du soleil ! », tant la pluie s'abattait sur Paris. Ce soir le ciel est gris, mais la pluie épargne la Bastille, ce qui n'est pas le cas au rassemblement des supporters de Sarko où les parapluies sont ouverts lorsque leur leader arrive pour prononcer un discours exceptionnellement digne et serein. Même la météo est du côté du PS.

     

    François Hollande va prononcer son discours depuis sa ville de Tulle, son bastion de Corrèze. La Place de la Bastille passe du brouhaha au silence en quelques secondes. Nous écoutons le nouveau Président socialiste : Mes chers concitoyens, Les Français, en ce 6 mai, viennent de choisir le changement en me portant à la présidence de la République. Je mesure l'honneur qui m'est fait et la tâche qui m'attend. Devant vous, je m'engage à servir mon pays avec le dévouement et l'exemplarité que requiert cette fonction. J'en sais les exigences et, à ce titre, j'adresse un salut républicain à Nicolas Sarkozy qui a dirigé la France pendant cinq ans et qui mérite à ce titre tout notre respect. J'exprime ma profonde gratitude à toutes celles et à tous ceux qui ont, par leurs suffrages, rendu cette victoire possible. Beaucoup attendaient ce moment depuis de longues années, d'autres, plus jeunes, ne l'avaient jamais connu. Certains avaient eu tant de déceptions, les mêmes tant de souvenirs cruels. Je suis fier d'avoir été capable de redonner espoir. J'imagine ce soir leur émotion, je la partage, je la ressens. Et cette émotion doit être celle de la fierté, de la dignité, de la responsabilité. Le changement que je vous propose, il doit être à la hauteur de la France. Il commence maintenant. Aux électeurs, et ils sont nombreux, qui ne m'ont pas accordé leur suffrage, qu'ils sachent bien que je respecte leurs convictions et que je serai le président de tous. Ce soir, il n'y a pas deux France qui se font face. Il n'y a qu'une seule France, une seule nation, réunie dans le même destin. Chacune et chacun en France, dans la République, sera traité à égalité de droit et de devoir. Aucun enfant de la République ne sera laissé de côté, abandonné, relégué, discriminé. Et la promesse de la réussite sera honorée pour l'accomplissement pour chacun, pour sa vie et pour son destin personnel. Trop de fractures, trop de blessures, trop de ruptures, trop de coupures ont pu séparer nos concitoyens. C'en est fini. Le premier devoir du président de la République est de rassembler et d'associer chaque citoyen à l'action commune pour relever les défis qui nous attendent. Et ils sont nombreux, ils sont lourds. Le redressement d'abord de notre production pour sortir notre pays de la crise, la réduction de nos déficits pour maîtriser la dette, la préservation de notre modèle social pour assurer à tous le même accès aux services publics, l'égalité entre nos territoires, je pense aux quartiers de nos villes et aux départements ruraux, la priorité éducative, l'école de la République qui sera mon engagement, l'exigence environnementale, la transition écologique que nous devons accomplir, la réorientation de l'Europe pour l'emploi, pour la croissance, pour l'avenir. Aujourd'hui même où les Français m'ont investi président de la République, je demande à être jugé sur deux engagements majeurs: la justice et la jeunesse. Chacun de mes choix, chacune de mes décisions se fondera sur ces seuls critères: est-ce juste? Est-ce vraiment pour la jeunesse? Et quand, au terme de mon mandat, je regarderai à mon tour ce que j'aurai fait pour mon pays, je ne me poserai que ces seules questions: est-ce que j'ai fait avancer la cause de l'égalité? Est-ce que j'ai permis à la nouvelle génération de prendre toute sa place au sein de la République ? J'ai confiance en la France, je la connais bien. J'ai pu autour de cette France-là, que j'ai visitée, que j'ai rencontrée, mesurer à la fois les souffrances, les difficultés de bien trop nombreux de nos concitoyens et en même temps, j'ai pu relever tous les atouts, toutes les forces, toutes les chances de notre pays. Je nous sais capable, nous peuple de France, de surmonter les épreuves, de nous redresser, nous l'avons toujours fait dans notre histoire, nous avons toujours su surmonter les épreuves, nous y réussirons encore pour les cinq ans qui viennent. Les valeurs de la République, la liberté, l'égalité, la fraternité, la dignité humaine, l'égalité aussi entre les hommes et les femmes, la laïcité. Tout cela, c'est autant de leviers pour nous permettre d'accomplir la mission qui est la mienne. J'ai évoqué tout au long de ces derniers mois le rêve français, il est notre histoire, il est notre avenir, il s'appelle tout simplement le progrès, la longue marche pour qu'à chaque génération, nous vivions mieux. Ce rêve français qui est celui que vous partagez tous de donner à nos enfants une vie meilleure que la nôtre. C'est ce rêve français que je vais m'efforcer d'accomplir pour le mandat qui vient de m'être confié. Mais aujourd'hui même, responsable de l'avenir de notre pays, je mesure aussi que l'Europe nous regarde, et au moment où le résultat a été proclamé, je suis sûr que dans bien des pays européens, cela a été un soulagement, un espoir. L'idée qu'enfin l'austérité ne pouvait plus être une fatalité, et c'est la mission qui désormais est la mienne, c'est-à-dire de donner à la construction européenne une dimension de croissance, d'emploi, de prospérité, bref d'avenir et c'est ce que je dirai le plus tôt possible à nos partenaires européens et d'abord à l'Allemagne, au nom de l'amitié qui nous lie et au nom de la responsabilité qui nous est commune. Mesdames, messieurs, chers concitoyens, nous ne sommes pas n'importe quel pays de la planète, n'importe quelle nation du monde, nous sommes la France. Et, président de la République, il me reviendra de porter les aspirations qui ont toujours été celles du peuple de France, la paix, la liberté, le respect, la capacité de donner au peuple le droit aussi de s'émanciper de dictatures ou d'échapper aux règles illégitimes de la corruption. Eh bien oui, tout ce que je ferai sera aussi au nom des valeurs de la République partout dans le monde. Le 6 mai doit être une grande date pour notre pays, un nouveau départ pour l'Europe, une nouvelle espérance pour le monde. Voilà le mandat que vous m'avez confié. Il est lourd, il est grand, il est beau. J'aime mon pays, j'aime les Français et je veux qu'entre nous, il y ait cette relation, celle qui permet tout et qui s'appelle la confiance. Enfin, avant de vous quitter, mais je reviendrai, je veux saluer tous ceux qui m'ont permis d'être ce que je suis aujourd'hui: ma famille, ma compagne, mes proches, tout ce qui fait finalement la force d'âme d'un homme ou d'une femme au moment où il brigue une grande responsabilité, et là, au moment où je vais l'exercer. Je salue aussi les forces politiques, le mouvement que j'ai dirigé. Je suis socialiste, j'ai toujours voulu le rassemblement de la gauche mais, plus largement, le rassemblement de tous les républicains. Et je salue les humanistes qui ont permis aussi notre victoire ce soir. Enfin, je salue mon département de la Corrèze. Je vous dois tout, vous m'avez toujours apporté vos suffrages, et encore pour cette élection, je pense que nous serons le département qui m'a donné le plus, non pas en nombre, mais en ampleur par rapport à la population. Je salue ma ville de Tulle, la ville que j'ai dirigée, là où nous sommes. Vous m'avez permis par la légitimité du suffrage de pouvoir convaincre aujourd'hui tous les Français. Mais désormais, je suis au service de la France et je suis mobilisé dès à présent pour réussir le changement. Telle est ma mission, tel est mon devoir. Servir, servir la République, servir la France, servir au-delà de nous-mêmes, servir les causes, les valeurs que, dans cette élection, j'ai portées et qui auront à être entendues ici en France, et partout en Europe et dans le monde. Vive la République et vive la France !

     

    Explosion de joie ! Le public est transporté. Surtout les jeunes. Je suis heureux de voir l'espoir naître dans leurs yeux. La Présidente des Vert-e-s genevois-es Emilie Flamand nous retrouve dans le public. La foule est gigantesque à la Bastille. Sur la grande scène, proche de nous, des artistes se produisent : Anaïs, Yael Naïm, Yannick Noah, Axel Bauer, ... Plusieurs leaders de la gauche se succèdent pour crier leur joie : Ségolène Royal, Martine Aubry, Cécile Duflot, Eva Joly, Jean-Marc Ayrault, Harlem Désir, Bertrand Delanoë, Arnaud Montebourg, Lionel Jospin, Robert Hue .... Le meilleur est assurément Benoît Hamon.

     

    Enfin, après de longues heures d'attente, le héro du jour débarque, avec sa compagne Valérie Trierweiler. La Bastille exulte. Il est minuit 40. Chut, il parle : « Vous êtes une foule immense. Moi, je vous ai entendus, j'ai entendu votre volonté de changement. Je veux vous exprimer ma gratitude. Merci peuple de France. Merci de m'avoir permis d'être votre président de la République. (...) » Ensuite, François Hollande promeut les valeurs de la République. Le Président fait vibrer la foule : « Souvenez-vous de ce jour toute votre vie. Il doit donner envie à d'autres peuples en Europe. Dans toutes les capitales, au-delà des chefs d'Etat, il y a des peuples qui n'en peuvent plus de l'austérité. »

     

    Le discours terminé, un tonnerre d'applaudissements et de cris se fait entendre. Nous allons boire une bière, crevant de soif après des heures coincés au milieu des supporters de Hollande. La soirée est magnifique.