12/12/2008

Le MCG se pose en victime mais est dépeint en arroseur arrosé

Grand Conseil genevois – Vendredi, trois députés du Mouvement citoyens (MCG) ont été exclus de la fin de la séance. Il était temps, estiment leurs collègues.

Dans « Le Courrier » sous la plume de Philippe Bach.


«Qui sème le vent, récolte la tempête». Vendredi soir, trois députés du Mouvement citoyens genevois (MCG) – Eric Stauffer, Henry Rappaz et Roger Golay – ont été expulsés, pour le reste de la séance, de l'enceinte du parlement genevois (voir Le Courrier du samedi 6 décembre). En cause, leur comportement jugé insultant à l'égard d'autre députés ainsi que du conseiller d'Etat Charles Beer. Parmi les reproches faits aux représentants du MCG, le plus grave est sans doute l'attaque ad personam d'une députée verte – Ariane Blum Brunier – accusée de n'être qu'une marionnette entre les mains de son époux – Christian Brunier – qui siège sur les bancs du Parti socialiste. D'autres députés en ont pris pour leur grade, comme l'élue démocrate-chrétienne Anne-Marie von Arx-Vernon.
Après deux interruptions de séance, aux alentours de 22h30, le président du Grand Conseil Eric Leyvraz a annoncé l'expulsion des trois députés. De fait, c'est ensuite l'ensemble du groupe, moins un député, qui a quitté la salle.


«Ivre du pouvoir»


Depuis, les communiqués – genre dont le MCG est friand – se succèdent. Après avoir claironné que «le président viticulteur du Grand Conseil [est] ivre du pouvoir qu'il a reçu!», le président du MCG, Eric Stauffer, a poursuivi crescendo. Il a demandé la démission du président du Grand Conseil dans un communiqué qui fait le lien entre cette décision et l'Espagne fasciste, ainsi qu'avec des républiques bananières. Avec aussi la menace d'une saisine de l'ONU.


Tournée des partis faite, il apparaît qu'aucune formation politique ne s'inscrit en faux contre la décision de M. Leyvraz. En l'occurrence, ce dernier a agi conformément au règlement et, surtout, il s'est appuyé sur l'avis du bureau du Grand Conseil pour décider de l'expulsion. Cet organe directeur, où tous les partis sont représentés, a voté à l'unanimité –moins la voix du MCG – l'expulsion des droits députés contestés.


Surtout, la décision prise à chaud est assumée par tous les partis. Franchement à droite où, globalement, on estime que la coupe était pleine «et débordait déjà», selon Philippe Guénat, chef de groupe udéciste. Certains estiment même que le président du Grand Conseil aurait pu sévir plus rapidement.


Avec davantage de retenue à gauche. Anne Emery-Torracinta, cheffe de la fraction rose, ne minimise pas la portée de l'acte et conclut que la réponse était proportionnée. En tous les cas si l'on se place dans la durée. En effet, des divergences peuvent apparaître sur la simple soirée de vendredi. Pris isolément, l'incident ne méritait peut-être pas une éjection de l'enceinte du parlement. Mais toutes les personnes interrogées relèvent que, depuis trois ans, le MCG, et plus particulièrement son président Eric Stauffer, jouent la carte de la provocation systématique et testent les limites du système. «A un moment, c'est comme avec les enfants, c'est le dernier qui fait une bêtise qui est puni pour les autres qui ont fait bien pire», selon Frédérique Hohl, chef du groupe radical.


«Il devait s'imposer d'emblée»


M. Leyvaz n'avait guère le choix, estiment les chefs de groupes. Récemment élu, il devait mettre au pas M. Stauffer. «Ce dernier m'a fait vivre un enfer pendant un an», raconte la présidente sortante du Grand Conseil, la socialiste Loly Bolay: «Il n'a eu de cesse de me dénigrer, de me traiter de dictateur.»


Et plusieurs députés de relever que le MCG a le procès facile, ce qui ne facilite pas les rapports sereins. Plusieurs plaintes ont été initiées contre des députés. La dernière en date est celle déposée hier contre M. Guénat pour avoir estimé, dans une interview, que les députés du MCG s'étaient comportés «comme des voyous».
Sur tous les bancs, on relève que le MCG s'arroge le droit d'user de qualificatifs peu flatteurs, voire insultants, à l'égard des autres formations, mais se montre particulièrement chatouilleux sur son propre honneur.

06:10 Publié dans Politique | Tags : mcg, genève | Lien permanent | Commentaires (0)