18/12/2010

Les partisans du chanvrier ont convoqué hier la presse étrangère. Pour que le débat prenne une ampleur mondiale

Renaud Michiels – Le Matin

 

Sur le front médical ou judiciaire, rien de nouveau dans l’affaire Rappaz. Après cent treize jours de grève de la faim, le chanvrier emprisonné continue à s’affaiblir. Mais aucune suspension de peine n’est en vue. Reste que ses défenseurs ne baissent pas les bras. Mieux, ils veulent maintenant internationaliser le combat. «Si la Suisse veut avoir honte jusqu’à la fin de ses jours, qu’elle laisse mourir Rappaz! Ce serait une tache de sang sur le drapeau suisse!» s’est emporté hier à Genève Michel Sitbon, éditeur français, cofondateur de Cannabis sans frontières et porte-parole du Comité international de soutien à Bernard Rappaz.

 

Avec le sociologue Jean Ziegler, il avait convoqué la presse – surtout étrangère – pour donner une dimension planétaire au débat et exiger une interruption de peine pour le Valaisan. «C’est une question de principe qui dépasse de loin la réalité helvétique, a plaidé Jean Ziegler. Une vie vaut plus que n’importe quel règlement, loi ou décision de justice.» Titre de la conférence de presse: «Veut-on rétablir la peine de mort au cœur de l’Europe?». Un peu exagéré? «Ici, ne rien faire est assimilable à une peine de mort», a rétorqué le Genevois.

 

Un avis manifestement partagé par le conseiller national Jean-Charles Rielle (PS/GE) et l’ancien patron du PS genevois Christian Brunier, également présents. «Il est simplement insoutenable, inqualifiable qu’un homme meure dans une prison suisse en 2010», a clamé Jean-Charles Rielle. Christian Brunier a fustigé la lourdeur de la peine – 5 ans et 8 mois de prison – infligée à Bernard Rappaz pour violation grave de la loi sur les stupéfiants. «C’est plus que pour un viol ou même un meurtre s’il est passionnel», a noté le socialiste.

 

Michel Sitbon, lui, a voulu jeter un regard extérieur sur l’affaire Rappaz. «En France, par exemple, on est éberlué. Rappaz demande une simple interruption de peine, on répond: «Qu’il meure!» Les Suisses se rendent-ils compte de l’indécence de ce qui est en train de se passer?» Et l’éditeur de préciser que des personnalités telles que Daniel Cohn-Bendit, José Bové ou Mgr Gaillot ont rallié le comité de soutien. Jean Ziegler a ajouté avoir parlé de l’affaire Rappaz avec la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey: «La présidente n’a aucun pouvoir de décision dans le domaine, mais elle m’a dit son inquiétude, y compris, si Rappaz mourait, pour les dommages sur le prestige de la Suisse.»

 

Malgré ces soutiens, l’affaire Rappaz semble toujours enlisée. Le chanvrier refuse de s’alimenter et tous les recours sont épuisés. «Il reste le recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg», a précisé Maggie Loretan, l’ex-compagne du chanvrier et mère de sa fille de 12 ans. «Bernard est très faible mais un peu euphorique. J’essaie de lui dire que pour continuer un combat il faut être vivant. Mais j’ai peur qu’il s’en aille avant 2011. Il m’a déjà dit que ça ne vaut plus la peine de vivre dans cette société-là.»

Conf presse Rappaz 4.jpg

Image : Keystone

Christian Brunier, Jean Ziegler, Michel Sitbon et Jean-Charles Rielle

 

 

Comité international de soutien à Bernard Rappaz

Le Comité international de soutien à Bernard Rappaz a exposé le combat du chanvrier valaisan vendredi à Genève devant la presse étrangère.

LeMatin.ch

 

Le Comité international de soutien à Bernard Rappaz a exposé le combat du chanvrier valaisan vendredi à Genève devant la presse étrangère. Ce groupe emmené par Jean Ziegler demande une suspension de peine pour que le prisonnier en grève de la faim depuis 113 jours ne meurt pas.

 

«C’est une question de principe qui dépasse de très loin l’événementialité helvétique», a déclaré le sociologue genevois. «La loi est la loi, mais rien ne vaut une vie humaine», a poursuivi Jean Ziegler. Il était accompagné du conseiller national Jean-Charles Rielle (PS/GE) et de l’ex-député socialiste Christian Brunier.

 

La dimension internationale du comité était assurée par l’éditeur français Michel Sitbon. Cet homme, qui est aussi président de «Cannabis sans frontières», a entamé un jeûne solidaire depuis 26 jours. Il a expliqué comment, selon lui, l’affaire Rappaz est perçue avec surprise à l’extérieur de la Suisse.

 

Il s’étonne du décalage entre le sentiment général souvent hostile qui prévaut en Suisse à l’encontre de M.Rappaz et le sentiment universel en faveur de sa libération. Il est très facile de récolter des signatures pour l’appel à la libération immédiate de Bernard Rappaz, affirme M.Sitbon.

 

A l’étranger, les gens ne comprennent pas pourquoi les juges suisses appliquent avec tant de rigueur la loi sans apprécier les circonstances, a souligné M.Sitbon. Daniel Cohn-Bendit, José Bové, Mgr Jacques Gaillot ont notamment rallié le comité international de soutien.

 

Etat euphorique

 

L’ex-compagne de M.Rappaz était aussi présente lors de cette conférence de presse qui a eu lieu au Club suisse de la presse. Elle a évoqué l’état euphorique dans lequel se trouve Bernard Rappaz. Elle craint qu’il ne meurt avant la fin de l’année.

 

Le chanvrier purge depuis mars une peine de cinq ans et huit mois pour violation grave de la loi sur les stupéfiants et d’autres délits. Il proteste contre sa condamnation depuis le début de sa détention avec une grève de la faim interrompue à deux reprises. Alors que les voies de recours sont épuisées en Suisse, son avocat a saisi le Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg.

Conf de presse Rappaz 2.jpg

Image : Keystone

Jean Ziegler, Christian Brunier, et Le conseiller national Jean-Charles Rielle (PS/GE), de gauche a droite, puis devant Michel Sitbon, porte-parole du Comite international de soutien a Bernard Rappaz.

21/11/2010

Production de chanvre : le bal des faux-jetons

En 1971, 343 femmes courageuses signaient le « Manifeste des 343 salopes » affirmant s’être faites avortées clandestinement et demandant le droit à l’interruption volontaire de grossesse. Par leur action de provocation, elles jetaient un pavé dans la marre de l’hypocrisie de l’époque et ouvraient la voie de la liberté ou non de procréer.

 

Aujourd’hui, une telle hypocrisie existe par rapport au chanvre en Suisse. Sa consommation à des fins personnelles est largement tolérée. On utilise cette substance pour élaborer des tisanes, des tissus naturels, des baumes de massage, des huiles ou des confitures.

 

Par ailleurs, les applications thérapeutiques du chanvre sont de plus en plus reconnues. Le monde médical calme des douleurs grâce à cette plante. Elle est prescrite dans bon nombre de cas de sida, d’anorexie, de traitement de chimiothérapie et de sclérose en plaques.

 

Si sur son utilisation, la Suisse est tolérante. Elle l’est beaucoup moins sur sa production.

 

Bernard Rappaz a écopé, en Valais, près de 6 ans de prison ferme principalement pour en avoir cultivé, une peine bien supérieure à celle infligée aux auteurs de violences conjugales, aux tueurs de la route, aux blanchisseurs d’argent sale ou aux violeurs.

 

La justice valaisanne sanctionne, dans l’excès, le marginal, le provocateur, celui qui dérange. Déjà son grand-père et son père, anticléricaux, bouffaient du curé dans ce canton si chrétien, et pourtant si peu dans la compassion. Aujourd’hui, l’establishment local tient sa vengeance.

 

Par rapport à cette peine démesurée, le monde des bien-pensants – les intellectuels, les journalistes, les religieux, les décideurs économiques, les politiques ou le monde juridique -  se tait ou se cache derrière la sacro-sainte justice intouchable. Pis, certains en rajoutent une couche contre Rappaz, le qualifiant même de grand trafiquant de drogue. Quelle hypocrisie !

 

J’ai vécu mon enfance et mon adolescence dans un quartier très populaire de Genève : Aïre-Le-Lignon. Ce n’est pas dans cette cité que j’ai été confronté le plus au cannabis. C’est bien dans ce monde des bien-pensants que j’ai vu le plus de fumeurs de marijuana. C’est parmi les politiciens, les dirigeants d’entreprise, les journalistes et les milieux juridiques que j’ai croisé le plus d’adeptes de la fumette. Certes souvent dans un contexte festif et sans abus gigantesque. Et je ne parle pas de l’alcool, de la cigarette, du cigare ou des médicaments.

 

Le monde s’offusquant de l’attitude de Bernard Rappaz, le poussant à l’auto-peine de mort, forme une belle équipe de faux-jetons.

17/11/2010

Appel contre l’hypocrisie liée à la production de chanvre : Bernard Rappaz ne doit pas mourir !

Aujourd’hui, une hypocrisie existe par rapport au chanvre en Suisse. Sa consommation à des fins personnelles est largement tolérée. On utilise cette substance pour élaborer des tisanes, des tissus naturels, des baumes de massage ou des confitures.

 

Par ailleurs, les applications thérapeutiques du chanvre sont de plus en plus reconnues. Le monde médical calme des douleurs grâce à cette plante. Elle est prescrite dans bon nombre de cas de sida, d’anorexie, de traitement de chimiothérapie et de sclérose en plaques.

 

Si sur son utilisation, la Suisse est tolérante. Elle l’est beaucoup moins sur sa production.

 

Bernard Rappaz a écopé, en Valais, près de 6 ans de prison ferme principalement pour en avoir cultivé, une peine bien supérieure à celle infligée aux auteurs de violences conjugales, aux tueurs de la route ou aux violeurs.

 

Nous, défenseur-euse-s des droits humains, demandons respectueusement, aux parlementaires valaisans de revoir le jugement de Bernard Rappaz en le graciant afin que la justice puisse commuer sa peine infligée en un arrêt à domicile (par exemple avec bracelet, une loi dans ce sens pourrait être votée en urgence en Valais) ou en un régime de semi-détention pour une durée proportionnelle au délit commis.

 

Laurence Fehlmann Rielle, anc. Députée, anc. Présidente du PS Genevois ;

Jean Ziegler, Vice-Président du Comité consultatif du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies;

Liliane Maury Pasquier, Conseillère aux Etats

Ueli Leuenberger, Président des Verts suisses, conseiller national,

Carlo Lamprecht,

Erica Deuber Ziegler, Historienne de l’Art;

Philippe Cohen, Auteur, comédien;

Ariane Blum Brunier, anc. Députée ;

Cyrille Schnyder-Masmerjan, Directrice artistique,

Didier Bonny, anc. Député ;

Alain Vaissade, anc. Maire de Genève ;

Raymond Burki, Dessinateur  de presse ;

Anne-Catherine Menétrey-Savary,

Loly Bolay, Députée, anc. Présidente du Parlement cantonal de Genève,

Mathias Buschbeck, Conseiller municipal de la Ville de Genève,

Christian Brunier, anc. Député, anc. Président du PS Genevois

 

 

14/11/2010

La question du jour :

Genève, Capitale mondiale des droits de la personne, va-t-elle laisser mourir Bernard RAPPAZ (80 jours de grève de la fin) dans son Hôpital universitaire, condamné pour avoir cultivé du chanvre à 6 ans de prison ferme, une peine bien supérieure à celle infligée aux auteurs de violences conjugales, aux tueurs de la route ou aux violeurs ?

 

Un nouveau procès doit avoir lieu pour que la peine soit proportionnelle au délit commis !

Declaration_des_Droits_de_l_Homme_1789-2-e4bb7.jpg

 

12/11/2010

Sauvons le nouveau Farinet

Le Valais célèbre Farinet. Malgré la dévotion à cet insoumis, on incarcère son héritier : Bernard Rappaz. Son crime : avoir planté du cannabis, vieille plante servant à la fumette, mais aussi à produire tissus, confiture, tisane ou baumes médicinaux.

 

Bien sûr, son excès de consommation est dangereux, comme le tabac ou l’alcool. Pourtant, est-ce normal de condamner ce provocateur à près de 6 ans de prison ?

 

En Suisse, on a trop de complaisance par rapport aux maris violents et aux voyous du volant. Par contre, la justice valaisanne montre les dents face à l’indocilité. Au Royaume de la démocratie chrétienne rigide, la marginalité est condamnable et dérange l’establishment traditionaliste.

 

Pour non respect de la loi, Rappaz est condamné. On rajoute une couche parce qu’il n’entre pas dans le moule du prêt-à-penser. Au regard de ses infractions, sa condamnation est disproportionnée et injustifiable du point de vue des droits humains.

 

Dans ce règne de l’arbitraire, les défenseur-euse-s des libertés doivent se mobiliser pour obtenir sa grâce ou la réduction de sa peine afin de la rendre proportionnelle aux infractions commises.