Maîtrisons durablement notre approvisionnement électrique

Alors que la crise du coronavirus focalise toutes les attentions, le Conseil fédéral a confirmé sa volonté d'ouvrir totalement le marché de l'électricité, en annonçant l'élaboration d'une nouvelle modification de la loi sur l’approvisionnement en électricité (LApEl) d'ici à 2021 alors que ce marché est déjà libéralisé pour les grand-e-s consommateur-trice-s.

Tandis que les énergies fossiles, telles que le charbon ou le nucléaire, heureusement en fin de vie, sont bradées sur le marché européen, croire que la concurrence va être saine et stimulante, tient davantage du dogmatisme que de la raison. Libéraliser totalement le marché, aujourd’hui, c’est ouvrir les portes aux énergies polluantes et dangereuses pour la santé publique, et en conséquence, à une concurrence déloyale contre nos énergies locales et vertes.

Comme l’affirme le gouvernement genevois : « Ces distorsions de concurrences au détriment des énergies renouvelables et de la promotion de l'efficacité énergétique ne peuvent que fragiliser la capacité de la Suisse à atteindre les objectifs qu'elle s'est fixée, alors qu'ils sont indispensables pour répondre à l'urgence climatique. »

Le modèle économique va aussi se complexifier, vu la multitude de transferts de données, que les vendeurs d’énergies devront échanger avec les distributeurs d’énergies (les propriétaires des réseaux qui resteront naturellement monopolistiques, les réseaux ne pouvant être multipliés). Lorsqu’un concept devient plus lourd et tortueux, jamais la performance économique n’est au rendez-vous dans la durée.

Une libéralisation totale, pour quoi faire ? Si un fournisseur cassait agressivement le prix de l’électricité à court terme, on estime l’économie réalisée, pour un ménage locataire de 4 personnes, à environ 30 francs par an. Un gain équivalent à un café par mois vaut-il vraiment la peine que l’on ferme les yeux sur la qualité écologique et sociale de l’énergie fournie ?

En France comme en Allemagne, où le marché est libéralisé depuis plus de 10 ans, les prix n'ont pas baissé de manière significative pour les ménages alors que les offres se sont multipliées sur le marché.

Dans le secteur de l'électricité, en effet, la concurrence ne peut opérer que sur une part minime des coûts. La part incompressible des frais de transport et des taxes pèse sur la facture finale. Les tarifs ne peuvent pas dégringoler comme dans d'autres marchés, par exemple celui des télécoms.

Nous devrions tirer quelques conclusions de la crise sanitaire que nous vivons. L’une d’elle est la maîtrise de nos biens communs de base. Bénéficier d’une énergie locale, verte, fiable, en mains publiques, sans critères spéculatifs sur le court-terme, me semble plutôt judicieux. L’esprit de l’intérêt collectif et de la lutte pour répondre à l’urgence climatique doit souffler sur nos décisions.

Christian Brunier, Directeur général de SIG

 

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Commentaires

  • Désignez l'ennemi. Donnez des noms. Nommez des lobbyistes, leurs parlementaires attachés, les liens d'intérêt et le fonctionnement des alliances. L'heure n'est plus aux bienveillantes généralités. Nous voyons se défaire le monde, nous sentons la glissade, la défaite des consciences. Les idées sont claires, les chemins de traverse sont ouverts. Qui les bloque ? Qui savonne la pente ? Qui défait le monde ? Un ennemi invisible terrifie ou indiffère. L'indifférence ne cesse de gagner du terrain. Désignez l'ennemi ou celui-ci vous aura dévorés avant l'aube d'un monde pacifié.

  • Entierement d`accord avec vous. Par ailleurs, une guerre des prix de l`énergie, pour ne représenter qu`un gain minime pour le consommateur, risque d`entrainer une tendance a comprimer le nombre des employés du secteur puisque, on le sait, les salaires sont les premiers a etre dans le viseur lorsqu`on veut comprimer les couts. Il peut également y avoir d`autres effets pervers comme la réduction des frais de controle et d`entretien (heures de travail) qui se répercutent fatalement sur la qualité du service. Y a t-il moyen de bloquer cette libéralisation potentiellement nocive pendant qu`il est temps ?

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